CHAPITRE XIL
reni de modèle à la multitnde; viendra ensuite rétude de la société d'élite; et, enfin, celle des précieuses,
Louis XÏV, roi à l'âge de cinq ans , sous la régence d'Anne d'Autriche sa mère, assistée du cardinal Mazarin, avait passé l'intervalle de 1643 à 1648, époque de sa minorité, à écouter chaque jour le récit des victoires que le prince de Condé, âgé seulement de vingt-deux ans, remportait sur les ennemis de la France.
Le roi, enfant, n'entendait parler que de la" gloire de ses armes; en 1646, à l'âge de huit ans, il était conduit par sa mère à l'armée de Flandre, et la passait en revue : alors, il n^avait pas encolle atteint l'âge où Marie de Médicis faisait donner le fouet à Louis XIH. La différence de ces commencements dut contribuer à celle des caractères qui ont distingué le père et le fils.
En 1648, la paix se fit avec l'Espagne; mais la guerre civile éclata dans Paris. Celait la guerre de la Fronde : guerre singulière, assez mal observée et fort mal caractérisée par les historiens, qui n'y ont vu qu'un soulèvement à l'occasion d'un accroissement d'impôts, ou une suite de l'esprit de révolle dont la Ligue avait fait une habitude. Entre les éléments de cette guerre, ils auraient dû reconnaître Pesprit de galanterie corrompue; c'est-à-dire d'incontinence, de vanité et d intrigue, qui régnait en France, et avait fait des gens de cour un assemblage d'intrigants et de brouillons.
Il est vrai que de nouvelles taxes, imposées parla régente et Mazarin, furent l'occasion de cette guerre. Le parlement en refusa Penregistrement. La cour fit arrêter les magistrats les plus ardents de l'opposition; le peuple se souleva. Voilà le commencement de la Fronde. Jusque-là ce n'était qu'une sédition.
Mais, des ambitions, des vanités de cour et des intérêts de cœur, si l'on peut donner ce nom à des relations de galanterie, se saisirent des griefs populaires. Une partie des grands méprisaient la reine et encore plus le cardinal. Ils ne leur pardonnaient aucun refus, aucune résistance, et se faisaient un jeu de les bafouer, de les humilier, de les combattre.
Des femmes de la cour se mirent de la partie. Elles trouvaient la reine et Mazarin assez ridicules pour être justiciables de leur autorité ; les motifs d'une guerre étaient si frivoles ; le
but des grands qui en parlaient , si médiocre, qu'elles n'y voyaient qu'un amusement de courte durée, une tracasserie armée, un trigaudage travesti en entreprise guerrière, dont elles n'étaient pas indignes de partager la gloire.
Elles se liguèrent donc avec les mécontents, firent corps avec eux, s'armèrent comme eux, partagèrent leurs entreprises. La cour, de son côté, mit sous les armes les femmes dont elle disposait. Pour la première fois, on vit une guerre civile tombée en quenouille.
Les premiers frondeurs qui se déclarèrent, en 1 648, furent le duc d'Orléans, frère de LouisXIU, oncle du roi, âgé de quarante ans; le prince de Conti, frère puîné du prince de Condé, âgé de vingt-cinq à vingt-six ans; le duc de Beaufort, fils de César de Vendôme, et petit^fils d'Henri IV, âgé de trente-deux ans; le duc de Vendôme (César), fils aîné d'Henri IV, père du duc de Beaufort, âgé de cinquante-quatre ans; le duc de Nemours; le duc de Bouillon; le maréchal de Turenne, âgé de trente-sept ans; le prince de Marsillac, depuis duc de la Rochefoucauld, âgé de quarante-cinq ans; lecoadjuteur, depuis cardinal de Retz; le maréchal d'Hocquincourt. Dans le principe, la cour eut pour elle le prince de Condé, âgé de vingt-sept ans , le maréchal de Grammont, le duc de Châtillon. Mais, des deux parts, il y eut des transfuges qui passèrent d'un côté à l'autre.
Les femmes qui prirent parti contre la cour furent : mademoiselle de Montpensier, âgée de vingt et un ans; la duchesse de Longueville , sœur du prince de Condé, âgée de trenteneuf ans; la princesse de Condé elle-même; la duchesse de Chevreuse, âgée de quarante-huit ans; la duchesse de Nemours, fiÛe de la première duchesse de Longueville (l'Uranie de Cotin ) ; la duchesse de Montbazon ; la comtesse de Fiesque; la comtesse de Frontenac.
Dans les intérêts du gouvernement étaient les femmes de la maison de la reine, et les sept nièces du cardinal, qu'il avait fait venir dltalie en 1647 : cinq du nom de Mancini, deux du nom de Martinozzi.
La galanterie régnait à la cour; elle régnait dans le parti opposé. L'amour, dit Voltaire, faisait et défaisait les partis. Turenne se laissa aller à la révolte, pour plaire à madame de Longueville, qui tenait le duc de la Rochefou-