CHAPITRE XIl
cauld dans ses chaînes. Le maréchal d'Hocqnincourt se battait pour madame de Montbasou. Le cardinal de Retz était gouverné par madame de Chevreuse, alors âgée de plus de cinquante ans ; le -prince de Conti , originairement un des chefs de la révolte^ épousa ensuite Marie Martinozzi^ nièce du cardinal Mazarin^ et se rangea du parti de la cour. Le prince de Condé lui-même, après avoir défendu la cause du pouvoff, se trouva glorieux de soutenir celle de mademoiselle de Montpensier contre le pouvoir.
La galanterie n'était pas la seule cause des variations qui avaient lieu; la cupidité^ la vanité, la turbulence , enfin inconstance naturelle à certains caractères et à certaines situations, y avaient part aussi.
Le duc d'Orléans, père de Mademoiselle, flotta toujours entre les deux partis; il passa plusieurs fois de Tun à l'autre. L^inconstance était son caractère.
L'esprit de révolte était héréditaire dans la maison de Condé.
Les bâtards de Henri IV, qui n'ont cessé de troubler la France tant qu'ils ont vécu , ne faisaient que suivre la vocation naturelle des bfttards avoués^ qui, ne pouvant marcher les égaux des princes légitimes, ne veulent cependant point se soumettre à la condition de simples sujets. L'ambition de ceux-ci, leur orgueil, leur turbulence, les poussaient alternativement vers le parti qui leur présentait le plus de chances pour acquérir le pouvoir, qui se dérobait toujours à leurs poursuitqis.
Dans le parti de la Fronde, les sexes, les ftges étaient mêlés et confondus. Mademoiselle de Montpensier, madame de Longuevilie, la princesse de Condé, étaient chargées de commandements militaires. Elles avaient sous leurs ordres et pour aides de camp, d'autres femmes de qualité. Mademoiselle rapporte, dans ses Mémoires, une lettre du duc d'Orléans, son père, à mesdames les comtesses maréchales de camp dans l'armée de ma JlUe^ contre le Mazarin. Ces comtesses' étaient mesdames de Fiesque et de Frontenac, dont Mademoiselle a tant parlé dans ses Mén^res. Quelles mœurs ce devaient être que celles de la Fronde ! quelle indépendance, quelle légèreté, quelle gaieté, quelle folie devaient régner dans un camp dont les chefs étaient de la jeunesse des deux sexes;
dans un camp où les relations étaient toutes militaires, où tous les dangers étaient communs, où le chagrin des revers et l'ivresse des succès étaient également partagés, où régnait la familiarité la plus dégagée des formes habituelles du respect; en un mot, dans irae armée de deux sexes qui, en révolte contre les lois de l'État, ne devaient pas s'assujettir bien strictement à celles de la bienséance !
Le parti de la cour n'en était pas plus esclave. Durant la guerre de la Fronde , Mazarin mit en jeu la séduction de celles de ses nièces qui étaient en âge de fixer les regards. Il maria Laure Mancini au duc de Vendôme. Il fit épouser Marie Martinozzi par le prince de Conti. H maria au comte de Soissons Olympe Mancini. La maison de la comtesse de Soissons, devenue bientôt célèbre par ses intrigues galantes, réunit les autres nièces du cardinal, et fut ouverte à tous les grands.
La guerre de la Fronde finit en 1652, ayant duré quatre ans. Le prince de Condé, qui avait été condamné à mort, se retira à la cour d'Espagne ; le roi avait recommencé la guerre contre la France. Mademoiselle vécut dans ses terres, h^ayant pas la permission de rentrer à la cour.
De 1652 à 4658. La guerre rallumée avec l^spagne n'empêcha pas Mazarin de rentrer triomphant à Paris, le 3 février i653, avec une petite armée qu'il avait levée à ses dépens. Les princes, les ambassadeurs, le parlement, le peuple, tout s'empressa à lui rendre hommage. 11 voulut que le roi, alors âgé de seize ans, se rendît à l'armée; le jeune prince fit les campagnes de 4653, 4654, 1655 , à Mouzon, à Stenay, à Landrecies, à Condé , à Saîot-Guillain. D les fit assez durement. Point de table, point d'équipages, toujours à cheval, même en route. Il mangeait chez le général. On lui lais^ sait parcourir les tranchées, et courir aux escarmouches à travers les balles et les boulets.
Aussi, quelle réception l'attendait dans la capitale, au retour de ces campagnes, où il s'était toujours passé quelque chose à son honneur ! Quelle imagination n'a été frappée du récit de ces fêtes somptueuses et magiques, où le jeune roi n'était pas simple spectateur, et qu'il embellissait par son grand air, sa bow^ grâce, et sa galanterie ! Carrousels , cavalcades, courses de bague, beaux chevaux , supe^