‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 224 sur 359 · CHAPITRE Xllf · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xllf

marquise de Rambouillet donnait à ses filles^ prouvent mieux son bon goût, que le contraire n'est prouvé par la fréquentation de quelques écrivains ridicules dans sa maison, qui était ouverte à tout le monde.

De 1650 à 1660, nous voyons donc la marquise, âgée de soixante-dix à quatre-vingts.ans; sa seconde fille, mariée au comte de Grignan; et, de temps à autre, madame de Montausier; mais on ne retrouve que rarement , à Fhôtel de Rambouillet, madame de Longueville; sa fille, madame de Nemours; madame de Sablé, les Scudéry même.

Descartes était mort en 1650; Sarrazin et Balzac, en 1654. Il né restait en honmies, à madame de Rambouillet, que ses plus anciens amis. Chapelain, Cotin, Ménage, Vaugelas, Montausier quelquefois; le comte de Grignan demeurait avec sa belle-mère, mais, homme du monde fort dissipé, il n'était nulle part plus rarement que chez elle.

Cette maison n'était plus que la réunion, très-bornée, de la famille et des vieux amis; ce n'était plus le fameux hôtel de Rambouillet; c'était la demeure, peu fréquentée, d'une femme qui se survit à elle-même, entre la caducité et la décrépitude ; c'était le séjour de ces souffrances et de ces infirmités dont le ciel, dit la Bruyère, a pourvu la vieillesse, pour la consolation de ceux qui partent et de ceux qui resr tent.

En nommant Chapelain, Cotin, Ménage, entre les amis qui demeurèrent attachés à la marquise octogénaire, je ne m'inquiète guère, pour sa mémoire, des satires dé Boileau contre les deux premiers ; et je suis fort rassuré sur leur compte, par les éloges que Boileau, luimême, a mêlés à ses épigranrmies; par l'estime de Montausier,^ par celle de Voltaire , et surtout, parleurs œuvres. C'est en parlant des satires de Boileau contre eux, que Montausier, mécontent , avait prononcé ce jugement, mis en vers par Boileau lui-même :

Tout n*en irait que mieux.

Quand, de ces médisants, l'engeance tout entière Irait, la tête en bas, rimer dans la rivière.

Ce fut Chapelain qui attira sur Racine les premiers bienfaits de Louis XIV, rédigea la critique du Cid, conçut le plan du Dictionnaire de l'Académie. Il était plein d'érudition. Boi-

leau trouvait fort bon que l'on vantât, dans Chapelain, l'honneur, la foi, la probité : ce qu'il ne pouvait souffrir, c'était qu'il fût le mieux rente de tous les beaux esprits , qu'en tous lieux on vantât ses écrits. Voltaire, aussi, le déclare mauvais poète, mais homme fort savant, et, ce qui est étonnant, bon critique.

Voltah^ s'exprime ainsi sur Cotin : « Non moins plat poète (que Chapelain), et» de plus, plat prédicateur; mais homme de lettres, et aimable dans la société. i>*Il blâme Boileau de l'avoir accablé, ainsi que Cfuipelain, sous ses satires, bien qu'Us ne lui eussent donné mteun sujet de plainte. Voltaire ne tenait donc pas J'hôtel de Rambouillet pour déprécié, par la fréquentation de Chapelain et de Cottiu.

Cependant, je ne puis dissimuler que, dans son épitre à Boileau, il accuse la société de Rambouillet d'avoir réuni les sots ennemis du poëte ;

Je veux t'écrirc encor sur tes sots ennemis, A Thôtel Rambouillet contre toi réunis.

L'auteur dit, en note, que Y hôtel de Rambouillet se déchaîna longtemps contre Boileau, qui avait accablé Chapelain et Cotin par ses satires.

Voltaire est évidemment dans l'erreur : c'est seulement en 1064 et 4665 que Boileau, pour la première fois, a publié des épigrammes contre Chapelain. Or, en cette année 4665, est morte la marquise de Rambouillet, âgée de quatre-vingt-un ou quatre-vingt-deux ans. On ne voit pas la possibilité du déchaînement suplM)sé, de rhôtel de Rambouillet, ep représailJe des épigrammes et satires de Boileau, durant les derniers jours d'une femme de quatre-vingtdeux ans.

C'est, pourtant, sur cet anachronisme de Voltaire que se sont établis les principaux détracteurs de l'hôtel de Rambouillet; c'est sur la foi du poëte, inexact chronologiste, que les biographies et les commentaires se sont, à qu» mieux, épuisés en mépris sur l'hôtel de Rambouillet.

Revenant à Cotin, je dirai qu'en 4663, il fi^ imprimer des œuvres galantes en vers et efh prose. Cette collection renferme, en grande partie, des lettres qui lui ont été écrites par des dames. « Il les publie, dit-il dans sa prc- « face, pour faire valoir l'esprit de ses ilins^'^^

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