CHAPITRE Xlir
« amies, et pour ne rien 6ter à sa reconnais^ « sance et à leur gloire. » 11 ajoute icc Je leur <c dois rendre le témoignage que leurs inno- <c centes faveurs ont adouci tout le chagrin de « ma vie^ et m^ont mis en état de me passer a plus aisément de ce qu'on appelle fortune... «i Les femmes de qualité ont poli mes mœurs « et cultivé mon esprit ; et comme je ne leur <x ai jamais eu d'obligation pour ma fortune^ c< je n'ai jamais souffert auprès d'elles de ser- « vitude ni de contrainte. » Ces paroles ne sont pas d^]n homme méprisable.
Ici^ Pordre des faits amène sur la scène une personne dont le nom rappelle les plus agréables souvenirs, c'est madame de Sévigné. Elle fit son entrée dans le monde dans cette même année 1654, où l'abbé d'Aubignac et Molière faisaient la guerre aux précieuses, l'un à Paris, Fautre en province. Orpheline depuis Fâge de cinq ans, élevée par un oncle respectable, instruite par Ménage, mariée à dix-huit ans, veuve à vingt-six, retirée pendant deux années qu'elle emploie à l'éducation de ses enfants et à l'arrangement de leur fortune, sachant le latin, l'espagnol, Fitalien et la littérature, ses premiers pas dans la société se tournent vers l'hôtel de Rambouillet; la marquise, âgée, isolée par le mariage de sa fille, désolée de la mort de son mari et de celle d'un fils de trente et un ans, arrivées à un an de distance, fut la première personne dont madame de Sévigné, belle, brillante de jeunesse, d'esprit et de savoir, rechercha la société et ambitionna la confiance. Elle se dévoua à consoler de respectables douleurs, au lieu de rechercher des plaisirs ou des avantages personnels : en entrant dans le monde, elle sembla vouloir s'y placer sous un vénérable patronage qui la préservât des écarts et des calomnies. L'entrée à rhôtel de Rambouillet de cette femme charmante, dont l'esprit et la grâce n'ont pas vieilli depuis deux siècles, dont la vertu a été aussi souvent citée que sa grâce et son esprit, n>st pas moins un hommage à la pureté de principes et de goût de la marquise de Rambouillet, que ne l'ont été la noble sagesse et l'austère vérité de Montausier, quand il s'y est établi.
On a peu de lettres de madame de Sévigné antérieures à 4661. Les anciens recueils ne commencent même qu'à 1671. On doit aux recherches de M. de Monmerqué les lettres
qui ont précédé ; et celles-ci nous apprennent qu'une multitude d'autres sont perdues. On pourrait assurer, sans les connaître, que ce sont les plus curieuses, les plus piquantes, les plus variées, les plus charmantes. Dans les lettres publiées, on voit un peu trop, peut-être, la mère de madame de Grignan; et, malgré le charme des narrations, la justesse des observations, la finesse naïve des expressions, la grâce des tours, et, enfin, la solidité des pensées que répand en courant sa plume légère, on ne peut se dissimuler qu'il y règne au fond un peu de monotonie. Au contraire, les lettres qui nous manquent nous montreraient madame de Sévigné livrée à elle-même, jetant ses premiers regards sur la société, sur ses connaissances, sur ses amis; réglant son esprit à mesure qu'il se développe; sa conduite, à mesure qu'elle avance entre les écueils du grand monde; répandant l'admiration, faisant naître l'amour dans tout ce qui l'entoure, et restant attentive et vigilante sur elle-même. Qui ne serait charmé devoir les lettres qu'elle écrivait, étant encore mademoiselle de Chantai, à Ménage, son maître de latin et d'italien, qui était devenu amoureux d'elle, et dont elle ne voulait ni enivrer la folle passion, ni rebuter les soins, dignes de sa reconnaissance? Quelles devaient être ses lettres à son cousin le comte de Bussy-Rabutin, qui avait aspiré à devenir son amant, et qu'elle avait amené à se contenter de son amitié? Il lui écrivait, le 30 juillet 1654 : « Mon Dieu, que vous avez d'esprit, « ma belle cousine I que vous écrivez bien ! « que vous êtes aimable !» Le 7 octobre 1655, à propos de l'estime que M. de Turenne lui avait témoignée pour elle : a II faut que je « vous dise, madame, que je ne pense pas a qu'il y ait au monde une personne si généa ralement estimée que vous... On s'accorde à « dire qu'il n'y a point de femme de votre âge a plus vertueuse et plus aimable que vous. Je « connais des princes du sang (1), des princes « étrangers (2), de grands seigneurs façon de « prince, de grands capitaines (3), des gentils- « hommes, des ministres d'État (4) , des ma-
(0 Le prince de Conli.
(2) M. de Bouillon.
(3) M. de Turenne.
(4) M. Fouquet,