CHAPITRE XHI
« gistrats et des philosophes qui fileraient pour a vous^ si vous les laissiez faire. »
Quelles devaient être les lettres de madame de Sévignéau surintendant Fouquet, lorsqu*en 1654 il se mit en tête de la séduire ! Elle était veuve depuis 1654^ et avait vingt-sept ans. Elle ne voulait point Fouquet pour amant; elle ne voulait point s'en faire un ennemi. N'être ni prude , ni coquette , avec im surintendant : grande difficulté ! Qu'il serait curieux de voir coomient elle lui écrivait! En 1661, quand Louis XIV fit arrêter Fouquet, on saisit une cassette où l'on supposait renfermées des preuves des délits qui lui étaient imputés. On n'y trouva que des lettres d'amour, parmi lesquelles étaient celles de madame de Sévigné. a Le roi prit un grand plaisir à les « lire, parce qu'elles contrastaient avec les « douceurs fades des autres lettres. » Le Tellier, qui les avait lues avec le roi, dit que le surintendant avait mal à propos mêlé Tamour etPamilié(l).
L'entrée de madame de Sévigné dans la société intime de la marquise de Raml)Ouillet la lia d'une étroite amitié avec la duchesse de Montausier, qui revenait souvent faire des visites à sa mère, et faisait à chaque visite un séjour de quelque temps à Paris.
Je remarque ces circonstances, pour que le lecteur ait une idée juste de l'état de la maisou de Rambouillet depuis plusieurs années, lorsque Molière mit ses Précieuses au théâtre de la capitale.
Dans la période de 1650 à 1660, nous ne revoyons plus que dans d'autres sociétés, la marquise de Sablé, âgée de quarante-deux à cinquante-deux ans ; la comtesse de la Suze, âgée de trente-huit à quarante-Jiuit; madame de la Fayette, âgée de dix-huit à vingt-huit.
Les deux maisons principales qui s'ouvrirent à la bonne compagnie , quand l'hôtel de Rambouillet se ferma au grand monde, furent l'hôtel d'Albret et Phôtel de Richelieu , vers
Le duc de Saint>-Simon parle^de Thôteld'Albret comme d'une maison somptueuse, oii af-
(1) Lettre de Bussy-Rabutin à mademoiselle de Sévigné, du 16 (ou 14) juin 1644 (ou plutôt 1664). — Lettre de mademoiselle de Sévigné à Bussy-Rabutin, du 17 août suivant, 1. 1" de Tédilion de 1818, p. 344 et 350.
fluait la meilleure compagnie, et il en suppose FexisCence du vivant de Scarron, mort en 1660. Ce fiit chez Scarron que le marédial d'Albret fit la connaissance de madame ScaN ron, et l'attira chez lui Ce fait est attesté par madame de Caylus. « Madame d'Albret, dit- « elle, eut le secret de s'attacher madame Sca^ a ron, que le maréchal avait connue chez son a mari. » La maréchale d'Albret était une excellente personne, de peu d'esprit, trèwlévote; mais, sa bonté jointe aux dignités du maréchal, à sa passion pour le bel esprit, an grand état de sa maison, y attirait la meilleure compagnie.
Madame de Caylus parle, ausâ, de IMd de Richelieu : «M. et madame de Richelieu « avaient Tun et l'autre du goût pour les gens « d'esprit. Ils rassemblaient, dit-elle, chez eux, a comme le maréchal d*Albret, ce qu'il y avait « de meilleur à Paris en hommes et en femmes; « et c'étaient, à peu près, les mêmes gens, ex- « cepté que l'abbé Testu, intime ami de maa dame de Richelieu, dominait à l'hôtel de « Richelieu et s'en croyait le Voiture. Madame a Scarron y allait souvent , désirée partout c( également. Madame de Coulanges en auga mentait la bonne compagnie. M. de Barilce Ion , amoiu*eux de madame Scarron , mais a maltraité comme amant, fort estimé comme « ami, n'était pas ce qu'il y avait de moins bon <x dans cette société.
« Le cardinal d'Ëstrées, M. de GuiUeragues, a aussi amouieux de madame Scarron, faia saient partie des cercles de Richelieu. »
On voit tous ces détails dans les Souvenus de madame de Caylus, p. 140 et 141.
On y Ut, aussi, que l'hôtel d'Albret et Thôlel de Richelieu « étaient une* suite et vne imitaa tion de r hôtel dé Rambouillet, quoique avec (a des correctifs, et qu'il leur manquât un Voia ture pour en faire passer à la postérité les a plaisirs et les amusements. »
Avant les hôtels d'Albret et de Richelieu, j'aurais dû citer en première ligne les cercles de mademoiselle de Montpensier. Huet, évèque d'Avranches, était attaché à sa personne ainsi que Segrais. Ils nous apprennent que, « dans le c palais de Mademoiselle, on faisait accueil au a mérite, et que tout ce qu'il y avait de beaux n esprits y trouvaient leur place comme chei « Mécénas. o