CHAPITRE XllI
Les Mémoires de la princesse, et son petit roman allégorique de la princesse de Paphlagonie^ renferment les portraits d* une multitude de personnes célèbres par leur esprit. Mademoiselle affectionnait particulièrement madame de Montausier ; et le désir de mériter son estime ^ comme fenmie spirituelle^ est entré pour beaucoup dans les motifs qui l'ont déterminée à composer son petit ouvrage. Elle parait avoir^ aussi^ fait grand cas de la marquise de Sablé et de la comtesse de Maure, fort recherchées alors comme beaux esprits.
Dans la période, de 1650 à 1660^ Mademoiselle était âgée de vingt-trois à trente-trois ans. Serais, âgé de vingt-six à trente-six, était son secrétaire, sous le titre de. son gentilhomme ordinaire. Il parait qu'il a revu les écrits de la princesse, sans en avoir fait néanmoins disparaître les imperfections et les négligences qui caractérisent d'ordinaire les ouvrages venant de si haut
Le duc de la Rochefoucauld , âgé de quarante-huit an^en 1661, époque où madame de Longueville commença à se retirer du monde, firéquenunent attaqué de la goutte, réunissait chez lui , au moins quand la goutte l'y retenait, des personnes de son affection particulière, avec celles qui fréquentaient les maisons d'Albret et de Richelieu, et qui se partageaient entre elles et lui.
En 1660, madame de Longueville était âgée de quarante-deux ans. Ses habitudes d*intrigue finirent en 1661, à la mort du cardinal Mazarin. Elle devint dévote. En 1663 , quand elle perdit son mari, elle se voua à la retraite, ne conserva des liaisons d'amitié qu'avec mesdames de Rambouillet, fort retirées elles-mêmes; elle les réunit quelquefois à l'hôtel qu'elle acheta, alors, rue Saint-Thomas du Louvre, et qui prit le nom d'hôtel de Longueville. Après avoir perdu son fils au fameux passage du Rhin du là juin 1672, elle s'établit à Port-Royal des Cîhamps. Là, les Amauld, les Nicole, les de Sacy s'assemblaient chez elle, et formèrent toute sa société.
En 1655, une nouvelle maison s'ouvrit : ce fut celle de madame de la Fayette, de qui Boileau a dit : C était la femme de France qui avait le pltts d'esprit, et qui écrivait le mieux (1) . A
(1) Madame de la Fayette, aateurde Zcâde, de la
l'époque de son mariage, elle était âgée de vingt-deux ans.
Du moment qu'elle fut établie, elle se plut à rassembler chez elle des hommes distingués dans les lettres, du nombre desquels était la Fontaine, que son goût portait vers toutes les femmes agréables, et qui leur savait plaire. Segrais y trouva, plus tard, un asile, quand mademoiselle de Montpensier Féloigna d'elle comme désapprobateur de sa passion pour le duc de Lauzun. Le savant Huet, évoque d'Avranches, fut, aussi, de sa société habituelle ; mais, Tami le plus ancien et le plus intime fut le duc de la Rochefoucauld. Madame de la Sablière disait de lui : « Il m'a donné de Tesprit, a mais j'ai réformé son cœur. » C'était à l'occasion des Maximes, publiées en 1665, qu'ils faisaient l'utile échange de leurs sentiments et de leurs pensées. Plus tard, M. de laRochefoucauld étant devenu goutteux, et madame de la Fayette maladive, leur mauvaise santé les rendit nécessaires l'un à l'autre. «Je crois, disait « madame de Sévigné, que nul amour ne peut a surpasser la force d'une telle raison. » Madame de Sévigné date des lettres à sa fille , tantôt de chez M. de la Rochefoucauld, où était madame de la Fayette, tantôt de chez madame de la Fayette, où était M. de la Rochefoucauld. Quelquefois les trois amis se trouvaient ensemble à l'hôtel de Longueville. M. de la Rochefoucauld appelait madame de la Fayette la Vraie. Ce fut pour elle que ce mot fut employé originairement comme désignation d'un caractère. En 1671, madame de Sévigné écrit à sa fille qu'elle a la première place dans son cœur, madame de la Fayette la seconde. Elle écrivait à madame deGuitaud, après la mort de madame de la Fayette, que leur amitié de quarante ans n'avait jamais eu le moindre nuage ; que son goût pour madame de la Fayette avait toujours été vif et nouveau. Mais nous anticipons, ici, sur la période suivante.
Madame Comuel, née en 1609, en 1650 avait quarante et un ans. Son mari était tréso» rier de l'extraordinaire des guerres, grand emploi de finance. Elle est morte en 1694, à qua-
Princesse de Clèves^ a aussi publié la Comtesse' de Tendes, la Princesse de Montpensier, V Histoire d'Hen- Tiette d* Angleterre, les Mémoires de la Cour de France de 1688 et 1689.