CHAPITRE XIV
Suite de la sixième période de 1650 à 1660. — Des précieuses. — Naissance du mot substantif Précieuse, — Différentes classes de précieuses. — Leur caractère général. — Écrits relatifs aux précieuses. — L*abbé d' A ubignac, l'abbé de Pure^Somaise Molière.
Nous avons dit, dans un chapitre précédent,, qu'en 1648 la guerre de la Fronde ayant com-^
mencé, elle avait restreint beaucoup, sinon interrompu tout à fait, les relations de société privée. L'essor des coteries en fut arrêté. Mais lorsque la pacification eut lieu, en 1652, les coteries se multiplièrent. Ce fut alors que le mot de précieuse commença à trotter dans toutes les bouches, c'est-à-dire que d'adjectif il devint substantif; on disait avant : Une chose précieuse, une femme précieuse; on commen^-a à dire d'une femine précieuse, une précieufe, et ce mot, au lieu d^étre adjectif, en reçut luimême à la suite.
Ce substantif n'eut pas d'abord le sens absolu que l'usage lui a donné depuis, et ne fut pas pris généralement en mauvaise part, n ne désignait proprement qu'une distinction marquée entre le commun des femmes de la société. Celui qui l'employait pouvait à son gré en faire un éloge ou une injure, une moquerie ou un hommage, pai* lesépithètes qu'il y ajoutait, par les accessoires dont il l'entourait, par les circonstances où il le plaçait.
Le premier écrit qui en fit mehtion, qualifia les précieuses indistinctement de coquettes et de femmes galantes, et leur donnait pour domaine le royaume de coquetterie. Ce fut le roman de d'Aubignac. Vint ensuite la comédie que Molière fit représenter à Béziers en 1654, et qui ne fut point imprimée alors; cette comédie, reproduite à Paris, en i 659, sous le titre de Précieuses ridicules, met en scène les peckes provinciales, c'est-à-dire des bourgeoises de Béziers, qui prétendaient au bel esprit et au bel air des femmes de qualité. Molière, en les qualifiant de précieuses ridicules y reconnut et marqua une distinction entre les précieuses qui étaient ridicules et celles qui ne Tétaient pas.
En 1656, entre la représentation de la pièce de Molière à Béziers, et sa représentation et son impression à Paris, l'abbé de Pure fit, dans un roman intitulé la Précieuse, ou les Mystères des ruelles, un portrait des femmes ainsi qualifiées dans le public ; il rassembla en elles les traits divers qui les distinguaient du reste de la société; il fut peintre impartial : la beauté des traits principaux, les imperfections, quelques taches môme, furent représentées avec fidélité. L'auteur mit, dans le même temps, les précieuses sur la scène, avec ce mélange de mérite et de défauts que son roman avait présenté.