CHAPITRE XiV
accès de trois côtés. Cette dispositiœi était plus commode que celle qui a lieu de nos jours^ laquelle ne rend le lit accessible que d'un côté^ et rend très-difficile le service des malades. L'espace qui restait libre de chaque côté du lit^ jusqu'au mur de côté^ s'appelait la ruelle, quelle qu'en fût la largeur. C'est ainsi que, dans les ordonnances du palais de Louis XIV et de Louis XY, s'appellent les deux côtés du Ht; c'est ainsi que cet espace s'appelait du temps de Henri lY, qui jouait de son lit avec ses courtisans dans la ruelle à droite, et donnait des audiences dans la ruelle à gauche (i).
Ce qui avait lieu dans les chambres sans alcôves, avait lieu dans celles où se trouvaient des alcôves; elles étaient de toute la largeur de l'appartement.
Quant aux rédvils et aux celhtles, qui sont aujourd'hui i*eprésentés par nos boudoirs, Boileau en a parlé deux fois; la première dans V Art poétique :
Ne vous enivrez point des éloges flatteurs Qu'un amas quelquefois de vains admirateurs Vous donne en ces réduits ^ prompts à crier: Merveille !
Il a encore employé ce mot dans une petite préface qu'il fit en 1670, au-devant des œuvres posthumes de Gilles Boileau son frère, de l'Académie française, «t La traduction du qtuitrième « livre de VÉnéide, dit-il, a déjà charmé une « partie de ta cour, par la lecture que l*au- « leur, de son vivant, a été comme forcé d'en c faire en plusieurs béddits célèbres, d
Ce que l'abbé d' Aubignacappelle tenir ruelle, est, comme nous l'avons vu, un moyen employé
(1) On voit, dans les Mémoires de Bassompierre , que Henri IV, alité par la goutte , jouait avec lui et d*autres courtisans dans la ruelle à droite, et qu'il laissa son jeu pour donner audience à madame d'Angouléme et à Charlotte de Montmorency, dans la ruelle de la gauche. Les ministres donnaient aussi des audiences particulières dans la ruelle de leur lit, mais, sans y étie couchés. On lit dans les Mémoires de mademoiselle de Montpensier, qu'étant rentrée à la cour après la Fronde, et s'étant raccommodée avec le cardinal Mazarin, qui lui rendait toute sorte de respects, elle voulut aller le voir chez lui. La cour était alors à Sedan, et le cardinal habitait le château. Mademoiselle s*y fit porter dans la chaise de la reine : « 11 (le cardinal) vint au-devant de moi , dit-elle ; «* puis, nous nous mimes à la i^uelk de son Ut. y>lMy elle et lui, parlèrent d'affaires.
quelquefois par une précieuse coquette, pour diversifier son jeu, ou d'autres intérêts que l'expérience seule peut apprendre. Une insinuation est renfermée dans ces paroles, mais elle s'évanouit par l'énoncé même qui suppose la personne tenant ruelle, exposée à la vue de toute sa société ; et, au reste, la satire de d*Aubignac n'était pas l'expression d'une opinion générale, mais celle des personnes intéressées à déprimer des sociétés qui se distmguaient, par l'esprit et les mœurs, du vulgaire des gens de la cour et des gens du monde. Cependant elle a servi de texte à un biographe noodeme de Molière, poiu* imputer positivement à toutes les précieuses, comme ime des habitudes qui leur étaient communes, les plus ridicules exercices. Selon lui, « la précieuse devait se meta fre au lit à l'heure où, sa société habituelle « lui tendait visite. Chacun venait se ranger a dans son alcôve, dont la ruelle était ornée « avec recherche. Il fallait y être présenté par a les introducteurs en titre des ruelles. Outre a ces mtroducteiu^ , un individu, revêtu du «t titre d'alcoviste, était le chevalier servant de a la dame; il l'aidait à faire les honneur» de « sa maison, et à diriger la conversation; rôle a sans conséquence, parce que, selon Sainta Évremont, une précieuse faisait consister € son principal mérite à aimer tendrement son a amant sans jouissance, et à jouir solidement a de son mari avec aversion. »
Ce tableau ne serait que ridicule, si Tauteur s'était borné à la prétention d'en faire une facétie littéraire. Mais il veut que ce soit un tableau historique ; il le fait à l'occasion de Thôteltle Rambouillet, et comme tableau de ses usages. Nous verrons plus loin ce que cette prétention a d'absurde et d'odieux. Reprenons ici l'ordre des faits.
En 1654 , pendant que la satire de l'abbé d'Aubignac courait Paris et répandait le ridicule suf les précieuses, Molière égayait la province aux dépens des précieuses^ qui s'y rencontraient et qui s'y étaient façonnées à l'exemple de Paris. Les romans de d'Urfé , de la Calprenède, des Scudéry, frère et sœur, y avaient semé la galanterie précieuse et vaniteuse, jusque dans li^ petite boui^feoisie. Molière, et sa troupe, étaient à Béziers, comme comédiens de M. -le prince de Conti, qui y présidait les états do Provence. La princesse de