‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 232 sur 359 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

CouU^ et sa cour^ y étaient venues avec le prince pour ajouter à Téclat de sa présidence; c'était Marie Martinozzi^ Talnée des sept nièces que le cardinal Mazarin avait appelées de Florence pour faire leui* fortune et assurer la sienne. Le mariage de Marie avec le prince était le premier fruit de l'école de séduction et de plaisir ouverte à la cour durant la minorité de Louis XIY^ et où le jeune roi avait été presque entraînée épouser Hortense Mancini, la même qui^ depuis, fut la connétable Golonna, et courut le monde en chercheuse d'aventures avec sa sœur la duchesse Mazarin, comme elle galante sans retenue.

Toute la famille du cardinal, le prince de Conti et sa femme plus que tout autre, étaient intéressés à rendre ridicule la galanterie tenfimentaie. Molière, poëte de la cour de ConU, avait donc beau jeu pour mettre sur le théfttre de Béziers sa comédie des Précieuses ridicules. Il prit ses personnages en province, parce que ce fut là qu'il les trouva ; il les prit dans une condition médiocre, parce qu'elle faisait mieux ressortir la vanité de leurs prétentions. £n un mot , il voulait peindre des précieuses ridicules^ et non pas indistinctement et absolument les précieuses.

Cette pièce des Précieuses ridicules est la même que Molière fit représenter à Pai*is cinq ans plus tard, en 4659, et qui fit tant de bruit. Plusieurs de nos biographes modernes ont contesté qu'elle eût jamais été jouée en province, et faite contre des femmes de province : ils affirment qu'elle a été faite à Paris, contre l'hôtel de Rambouillet qui n'existait plus, contre la marquise de Rambouillet qui, selon eux, venait de changer son nom en celui d'Arthénice qu'elle portait depuis plus de cinquante ans; et Molière la désigne, disent-ils, par sa Madelon, qui veut absolument être appelée Polixène.

Pour soutenir ce système, qui calomnie Molière et la maison de Rambouillet tout ensemble, on a besoin de persuader que la pièce a été faite à Paris, pour Paris, et non en province, pour la province. Mais la représentation de cet ouvrage à Béziers^ en 1654, durant la tenue des états de . Provence, est indubitable. Grimarest, auteur d'une Vie de Molière, rédigée sur les témoignages de Baron, et publiée en 1705, Taffirme. Il n'a été, alors, contredit par personne. Bref ,

le plus ancien commentateur deMolière,le confirme. Voltaire n'en doutait pas. Personne, entre ceux qui le nient aujourd'hui, ne donne la nK)indre preuve du contraire. Le fait est de ceux qui ne s'inventent point, parce qu'il aurait pu être trop facilement démenti, et parce qu'il n'était bon à rien, ni bon à. personne de Tinvenler. Il n'en est pas de même de la dénégation d'écrivains qui ont cru se faire une place distinguée au temple de Mémoire, en accusant de mauvais goût des personnages de haute célébrité ; ils ont un grand intérêt à mettre à couvert leurs accusations sous une autorité telle que celle de Molière, et ont de bonnes raisons pour nier que les Précieuses aient été représentées à Béziers, cinq ans avant de l'être à Paris. '

Quand nous parlerons de cette comédie, à la date de sa première représentation dans la capitale, nous verrons que, quelle qu'ait été l'époque de sa composition, elle ne peut s'appliquer le moins du monde à l'hôtel de Rambouillet.

La satire de d'Aubignac et les Précieuses de Molière, deux ouvrages de la même année i 654, prouvent l'existence des Précieuses dans cette même année, et aussi leur nouveauté. En voici une autre preuve. En 4656, parut le roman de Pin«, intitulé la Précieuse y ou les Mystères des ruelles. Cet ouvrage ne ressemble point à celui de d^Aubignac; il ne peint les précieuses, ni comme des folles ni comme des hypocrites; il ne les exalte pas non plus comme toutes et toujours merveilleuses : il les présente plutôt comme singulières, ayant du bon et du mauvais. Ce n'est point une apologie ; ce n'est point une satire : c'est une narration plus ou moins suivie, plus ou moins fidèle d'une multitude de faits et d'anecdotes qui concernent cette classe de la société, distincte du reste. «C'est, dit-il, a la vanité et la coquetterie qui ont amené en «t France la mode des précieuses. La guerre, et a la pauvreté, ont empêché et beaucoup dimi- « nué leur négoce. Mais la paix a tout ranimé ; a et il n'est pas facile de dire comment elles a sont devenues si communes. Les premiers « beaux jours que la paix nous a donnés^ ont « fait cette heureuse production. » La guerre dont parle l'auteur, c'est la Fronde, qui a éclaté en 1648, et fini en 4652.

Aussi, de Pure dit-il dans ce même roman, publié en 1656, que le mot de précieuse « est

iiO

Page 1