CHAPITRE XK
a uu mol du temps, un moi à la mode, qui a u cours aujourd'hui, comme autrefois celui de H prude ou de feuillantine, et qui s'applique à (( certaines personnes du beau sexe gui ont su a se tirer du prix commun, et ont acquis une « espèce et un rang tout particulier. Elles sont^ c( dit-il, une secte nouvelle.
Somaise vient encore à l'appui de ces dates. Il dit au mot Antiquité du Dictionnaire des précieuses, que Voiture «adonné commencement aux ruelles, b II répète au mot Prédiction, qu'en 1647^ Voiture fut le fondateur de Fempire des précieuses. Il dit ailleurs, sous la date de 1661 : «On en parle de plus en plus depuis cinq ou six ans. » — G^est-à-dire, depuis 4655 ou 1656. •
Somaise est, donc, d^accord avec de Pure, sur répoque où les précieuses firent grand bruit, et où le mot de précieuse acquit de la vogue.
Retenons donc,, qu'en 1656, temps où l'hôtel de Rambouillet était dispersé, le mot de précieuse était un mot nouveau, un mot du temps, un mot à la mode. Nous allons voir ce qu*il devint, et, en apprenant le sort du mot, nous apprendrons celui des personnes qu'il désigne. En 1656, Tabbé de Pure fit jouer à Paris une comédie des Précieuses, qui donna lieu à des troubles inattendus. Des femmes de rang se crurent attaquées, et jetèrent les hauts cris. Pour les faire cesser, l'auteur déclara n'avoir voulu jouer que les fausses précieuses ; qu'il fallait distinguer entre les grandes et les petites précieuses, entre les illustres^ qui étaient audessus de toute atteinte, et les ridicules, qui étaient un véritable objet de satire; il assura que ces dernières, seules, étaient représentées dans sa comédie. Alors, dit l'auteur, les fausses précieuses furent en déroute, et les aufres se calmèrent (\).
Il parait, par ce fait, que le mot de précieuse, usité jusqu'en 1656 comme substantif exclusivement, et d'abord entendu diversement par les gens du monde, selon l'estime qu'ils avaient pour les mœurs et le bel esprit, pouvait également servir à l'écrivain satirique pour déprécier, et au bel esprit bienveillant pour louer. Il paraît, aussi, avoir été employé, dans la comédie de de Pure, conmie un mot équivoque
(I) Somaise^ Dicliounaire des grandes Précieuses, au mol Prédiction, \
également applicable à des bourgeoises ridi** cules et sans mérite, et à des feounes distinguées par le rang et les qualités. Ce fut par la rumeur des précieuses de haut rang ou de mérite considérable , et par la nécessité où se trouva l'auteur de faire une distinction entre les précieuses, que ce mot cessa d'exprimer seul une idée déterminée. Il eut besoin d'un adjectif exprimé, ou sous-entendu, pour distinguer trois classes de précieuses : les précieuses ridicules ou caricatures ; les grandes précieuses ou fenmies de rang, sans ridicules, mais de la coterie ; et les précieuses illustres, qui fusaient bande à part, et n'étaient qualifiées de précieuses que pour foire passer la distinction des grandes ou véritables précieuses et des précieuses ridicules. Pour les unes, précieuse était synonyme de prisée, l'opposé de méprisée, ou femme de grand prix, opposée à femme conunune; pour les autres, le mot était synonyme de femme qui se prise beaucoup, surfait son mérite, fait la renchérie, et n'est au fond qu'une hypocrite bel esprit. Une seule idée conunune aux précieuses de tout genre resta attachée à ce mot : ce fiit celle de femmes qui se sont tirées du pair par des mœurs irréprochables, par un esprit plus ou moins cultivé. Ce titre se donne, dit de Pure dans la Précieuse, page 25, uux personnes du beau sexe qui ont su se tirer du prix commun des autres.
Dans le grand Dictionnaire des Précieuses, on plaça, comme illustres modèles, la marquise de Rambouillet, qui avait près de quatre-vingts ans et touchait à sa fin; madame de Montausier, sa fille; mesdames de Sablé, de la Fayette, de la Suze et de Sévigné.
Moyennant les distinctions de de Pure, le titre de précieuse fut accepté par les femmes les plus distinguées du parti que j'appelle de la décence et de l'honnêteté.
Voilà donc une distinction marquée entre la cour et la partie dissolue de la capitale d'une part, et de l'autre les femmes de mœurs réglées, qu'on désignait en général par le mot de précieuses ; et celles-ci subdivisées en illustres, en grandes précieuses, en précieuses ridicules. Ainsi, on ne disait une précieuse simplement, que quand il s'agissait de l'opposer à femme vulgaire ou commune ; on disait une illustre, quand il s'agissait de lopposer à grande pré-