‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 235 sur 359 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Maintenant, voyous quels documents nous sont restés sur Fesprit des précieuses^ et sur Tusage qu'elles en faisaient ; sur leurs mœurs^ et sur Pusage qu'elles faisaient de leur beauté.

« La première partie d'une précieuse^ dit « Somaise^ est d'avoir de l'esprit , ou fa préa tention d'en montrer. » — a Une précieuse, « dit de Pure, est un précis de l'esprit et un a extrait de l'intelligence humaine. Il n'est « rien d^obscur à ses yeux. Ses yeux ont des « rayons de lumière qui pénètrent jusqu'aux a pensées et jusqu'aux secrets des cœurs. Rien a ne peut se dérober à leur curiosité, ni se «c soustraire à leur connaissance, o

Une autre condition de la préciosité, c'est d'appliquer son esprit à la lecture des romans et des vers galants; c'est de l'exercer à écrire, à critiquer, à corriger ce que les autres écrivent, a Elles censurent les mauvais vers, dit a de Pure, et corrigent les passables. Elles ju- « gent des beaux discours et des beaux ou- <i vrages; elles en font ellesHonémes. n

Voici quelques exemples fournis par de Pure, de leurs conversations et de leurs discours. On examine à qui, des sciences ou de la poésie , est due la prééminence. On agite la question de savoir si T histoire doit être préférée aux romans, ou les romans à l'histoire. On demande quelle est la liberté dont les femmes jouissent, et ont droit de jouir dans la société, et dans la vie conjugale : la liberté préconisée à cette occasion est plus près de la domination que de l'indépendance; il semble, 4lit la discoureuse, que les soupçons du mari donnent à la femme le droit de faillir. Une précieuse fait l'éloge de Corneille, une autre lui préfère Benserade, poète plus galant, et homme de cour. Une troisième prend le parti de Chapelain. Chez les Scudéry, on disserte sur Quinault; et l'on est partagé sur son mérite : il est, selon les uns, un bon auteur ; selon les autres, un mauvais. Il arrive une autre fois qu'une précieuse pleure un ami, et se met tout à coup à disserter sur la douleur; elle prétend que la douleur doit avoir pour objet de faire revivre le plaisir qu'on a goûté avec le défunt. Une antagoniste s'élève contre ce système, dans lequel elle ne trouve que de la barbarie.

Les questions sur la langue sont innombrables; elles viennent à tout propos. Je ne sais qui, de Somaise ou de de Pure, cite une belle

précieuse qui ne permet i>as de dire J'aime le melon, parce que c'est prostituer le moifaimtf et qui n'autorise pas au delà du moi fesUme pour cet usage.

Le petit Dictionnaire des Précieuses est un recueil de néologismes bons et mauvais, attribués aux précieuses du temps. Les discours de Cathos et de Madelon , dans les Précieuses de Molière, renferment les plus ridicules. Une partie des autres a passé dans la langue, et oe la dépare point.

Somaise dit dans sa préface que, tâchant de bien parler, elles disent quelquefois des mots nouveaux sans s'en apercevoir, et qu'elles les font passer avec toute la légèreté et la délicatesse imaginables. Ces mots, qui naissaient dn travail de la pensée et du mouvement de la conversation, n'étaient sûrement pas les plus mauvais.

De Pure diffère à cet égard de Somaise : a L'objet principal de leurs soins, c'est, dit-il, « la recherche des bonô mots et des expresa sions extraordinaires, pour conser\'er, dans « l'empire de la conxersation, un juste tem- (( pérament entre le style rampant et le pom- « peux. » Mais ce but n'était pas condamnable.

Au reste, il assure a qu'elles font solennel- <r lement vœu de pureté de style, d'extirpaa tion des mauvais mots, de guerre immortelle a aux pédants et aux provinciaux. »

Somaise leiu* attribue un notable changement dans l'orthographe. Voici comment il s'exprime : a Quand la renommée des précr cieuses fut l'objet de tous les entretiens d'Aa thènes (de Paris), les nouvelles précieuses, a voyant que chacune d'elles inventait de jour « en jour des mots nouveaux et des phrases exa traordinaires, voulurent aussi faire quelque a chose digne de les mettre en estime parmi a leurs semblables; enfin, s'étant trouvées ena semble avec Claristène (M. Leclerc , de l'Aa cadémie française), elles se mirent à dire a qu*il fallait faire une nouvelle orth(^rapbe, «.afin que les fenmies pussent écrire aussi asr « sûrement et aussi correctement que les a honmies. Roxalie (madame Leroi), qui fut a celle qui trouva cette invention , avait à « peine achevé de la proposer, que Siléflie « (madame de Saint-Loup) s'écria que la chose a était faisable. Didamie ( madame de Ladu-

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