‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 236 sur 359 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

a randière) ajouta que c'était même facile^ et « que pour peu que Claristène (M. Leclerc) leur H voulût aider, elles en viendraient tnentôt à « bout. U était trop civil pour jie pas répon- « dre à leur prière en galant homme.

« Roxalie ( madame Leroi ) dit qu'il fallait « faire en sorte que Ton pût écrire de même a que Ton parlait; et, pour exécuter ce des- « sein y Didamie (madame de Ladurandière) a prit un livre, Claristène (M. Leclerc) prit une a plume^ et Roxalie (madame Leroi), et Silénie c (madame de Saint-Loup), se préparèrent à a décider ce qu'il fallait ajouter ou diminuer a dans les mots. On décida qu'on ôterait de « tous les mots les lettres superflues. Je vous ff donne ici Une partie de ceux qu'elles corria gèrent :

Teste, tête.

Prosoe, prône,

Aathear, auteur.

Ho%Uii,hâiel,

Extresme, extrême,

S'esleve, s'élève.

Esloigner, éloigner.

Seureté, seûrté,

Reejouissanoes, r^ouUsances.

Escloses, Closes.

S'esvertuê, s'évertue,

fivLs\es, fiâtes,

Tousjours, toujours,

Goust, g<nit,

D'esclat, d*éctat.

Escrits, écrits,

Solemnité, solennité,

Estale,^/!^.

Raisonne, résonne.

Supresme, suprême,

Meschant, méchant.

Troisiesme, troisième,

Establir, étabUr,

Eschaptillon, échantillon.

L*aisné, Vaine,

EGEarez, éfarez,

VXxMsX^plût,

S^esriger, s'ériger.

Nostre, nôtre,

Ifareschal, maréchal.

Des-ja, déjà.

Estrang^, étrange,

Espanouîr, ^tanouïr,

Aussi-tost, aussHôt.

Tesmoigner, témoigner.

Esclaircissement , éclaircissement,

Deffunct, défunct.

Patenostre, patenétre, Dis-je, di'je.

Pressentiment, présenti'

ment.

Treize, tréze, Esvaporés, évaporés.

Sixiesme, sixième, Desbauchez, débauchez.

Taist, tait, Diadesme, diadème.

Estoil, éloU, Masles, mdles, Adjouste, adjoûte, Lasches, lâches, E8b1ouis,é&2ouî5.

Veu, vu.

Chrestien, chrétien.

Paroist, parét.

Esclairée, éclairée.

Extraordinaire, extr'ordl-

noire.

Efficace, éficacc, Respondre, répondre, Accomode, acomode.

Grands, grans.

Dofferat, d^era^ Thrésors, trésors.

Entousiasme, entousidme.

Huictiesmc, huictième, Escuelle, écuelle, Jeusner, jUner, Blesmir, blêmir.

Effroy, ^roy, Empescbe, empêche, Aage, dge, Plaist, plait, Crespules , crépules.

Coastoit, coûtoif.

Mesler, mêler.

Gastoit^pd^é/.

Vouste, voûte.

Bastit, bdtU.

Quester, quêter.

Roideur, rédeur.

Nopces, noces.

Faicts, faits, L'est«, l'été.

Dosme, dame, Opiniastreté, opiniâtreté.

Qualité, calité.

Froideur, frédeur.

Vieux, vieu, Effects, é/ets.

Desplust, d^Mt, Brusle, brtUe, Constume, coutume, Fantosmes , fantômes.

Avecque, avéque.

Indomptable, indontable.

Attend , atten, Sçait, sait.

Aisles, ailes.

Aspre, âpre, Vistres, vitres, Triomphans, trior\fans.

Advocat, avocat.

V\tA,pié.

Reprend, repren.

Sçavoir, savoir.

Chaisne, chaîne.

Mesoonnaissante , mécon-

naissante.

Paroislre, parètre.

Eslargir, éltirglr.

)£spoux, époux.

Vostre , vôtre.

Mesme, même.

Apostre, apôtre.

Estre, être, Fleschir, fléchir.

Mettre, mètre.

Tantost, tantôt', Unziesme, unzième, Menast, menât, Chasteau, clidteau.

Laschement, lâchement, Recounoistre, reconnètre, Maistre, mailre.

Tasche, tâche.

Caresme, carême.

Despit, dépit.

Catéchisme, catechime, Descouvre, découvre, Volasire, folâtre.

Advis, avis, Naistre, naitre.

Brusle, brûle.

Doutast, doutât.

Connoist, conoit.

Souffert, soûfert.

Les changements opérés dans la langue française^ durant la période des précieuses^ ne sont pas le premier exemple qu^on puisse citer du pouvoir de la conversation. Le règne de Henri III nous montre^ aussi^ une révolution produite dans la langue par la conversation; et quelle conversation ! ce n'était pas celle de personnes de deux sexes qui désirent de se plaire : c'était le cailletage d'une cour toute remplie de jeunes hommes plongés dans la plus infâme corruption.

Il nous en reste un monument irrécusable dans les Dialogues concernant le nouveau langage français italianisé et autrement déguisé, principalement entre les principaux courtisans de ce temps : de plusieurs nouveautés {dans les usages) qui ont accompagné cette nouveauté de langage ; de quelques courtisanismes modernes et de quelques singularités courtisanesques. Cet ouvrage est de Henri Ëstienne^ le second des fameux imprimeurs de ce nom , savants auxquels la France doit les premières belles éditions de nos auteurs grecs i et latins, et le Thésaurus, ouvrage auquel au-

CHAPIÏUE XIV.

cun autre du môme genre ne peut se comparer. Les Dialogues ont été imprimés en i579. Henri Estienne remarque que le commerce de la cour de France avec l'Italie prit une grande activité pendant les trois régences de Catherine de Médicis^ au commencement des règnes de François II, Charles IX et Henri IIL Les Italiens affluaient à Paris, et il devint à la mode d'aller visiter Rome et l'Italie. La jeune noblesse se fit particulièrement un point d'honneur de porter ses premières armes en Piémont sous le lieutenant général du royaume^ Brissac, grand et illustre capitaine, qui affectait dans son gouvernement la magnificence d'un souverain. Au retour, on se piquait de rapporter des locutions, des mots, et surtout l'accent italiens, en preuve et en témoignage du séjour qu'on avait fait en ce pays-là.

Or le Piedmont donna commencement A«ce vilain et poure changement (de langage). Jeunes François qui alloient là combattre Vouloient aux mots italiens «'esbaltre ; Puis, quand quelqu'un en France retournoit, Tous ces beaux mots à ses amis disoit ; Ces mots servans comm^ de témoignage . Qu'il avoit lait de Piedmont le voyage.

Je crois aussi que Brissac, lieutenant De nostre roi, en Piedmont gouvernant,

Quand il voyoit

... ces François au combat françoiser, D'armes parlans, italianiser, Il appela souvent un badinagc

ce nouveau langage.

(Épitre de Cetlophile, à la tête des Dialogues.)

Ce ne fut pas seulement dans la nomenclature que l'italianisme s'introduisit : ce fut surtout dans la prononciation (\). A des articulations fortes, et à des diphthongues éclatantes, il substitua la mollesse des élisions et la monotonie des voyelles simples. Henri Estienne déplore, en nombre d'occasions, la perte de la diphthongue ot, qu'on remplace par l'é ouvert.

(1) Henri Estienne ne prétend pas que tous les changements survenus dans la langue, sous les derniers Valois, aient eu pour unique cause le courtisanisme. Il reconnaît que la multiplication des auteurs grecs et latins par Timprimerie, alors récente, et les études des hommes de lettres, nous ont donné beaucoup de mots nouveaux et nécessaires. Mais le commerce de la cour avec l'Italie fut la sourci' fécoide de changements inutiles ou funcsies.

La diphthongue oi venait probablement d» Celtes, comme le gaulois, et elle n'avait pas rebuté les Francs venus de la Gennanie : les autres lartguea de l'Europe ne l'admettaient pas.

La diphthongue oi rend sonores, ennoblit les monosyllabes. Elle donne force à la loi, à la /ot, au roi^ à cet autre mot qui est l'abrégé de toutes nos pensées, le mot mot; enfin, elle donne sa force à la voix.

Les vers les plus nobles, les plus doux , les plus subUmes de la langue, se terminent par des monosyllabes formés de cette diphthongue. Tel est le moi de Médée ;

Jfol, Moi, dis-je, et c'est assez.

Telle est la réponse de Porus à Alexandre :

Comment faut-il que je vous traite?

En roi.

Tels sont les vers de César au sénat :

Un bruit trop confirmé se répand sur la terre Qu*en vain Rome aux Persans ose faire la guerre ; Qu'un roi seul peut les vaincre, et leur donner la Jw. César va l'entreprendre, et César n'est pas roi.

Tels sont ces vers de Titus parlant de Bérénice :

Depuis ^rois ans entiers, chaque jour je la vois, Et crois toujours la voir pour la premiére/oi5.

Au lieu de moi^ dites mé; au lieu de voir, dites tw; au lieu de roi, dites ré; et vous ve^ rez s'évanouir l'énergie et le charme des vers cités. Remarquez, au reste, conune preuve de la force ajoutée par la diphthongue oi aux mots loiy roi y foi ^ qu'elle exige une plusforie émission de la voix que lé^ ré, fé; qu'elle oblige à desserrer les dents et les lèvres pour s'ouvrir un passage plus libre, et conune pour donner aux paroles plus de solennité.

Henri Estienne avait grande raison de dire qu'on enlevait à la langue ses robusles et viriles accents, pour lui en donner de mignards et efféminés. Mais, les mignons de Henri 111 trouvaient trop pénible d'ouvrir la bouche jusqu'à pouvoir prononcer les mots de royne au lieu de reine^ et de roi au lieu de ré. La royne succomba, et Ton dit la reine ,• mais le roi résisU

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