‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 238 sur 359 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Les auteurs soudoyés étaient les Ilotes de la république ; aussi, se rencontrait-il des précieuses de mauvais caractère, qui, oubliant la politique du corps, se donnaient habituellement le plaisir de mettre les auteurs et les beaux esprits de ce genre à la gêne, et de mortifier leur vanité; et elles se vantment de cette habitude: mais leur sévérité, dit de Pure, était combattue par d^autres précieuses.

Mademoiselle de Montpensier en a remarqué, parmi elles, qui font les dévotes par politique; et cette remarque rappelle qu'en 1657, la reine mère, vieillie et mécontente du cardinal Mazarin, qui désormais comptait moins sur elle pour sa fortune que sur ses nièces, et surtout sur Tinclination du jeune roi pour Hortense Mancini , était devenue dévote : de ce moment il y eut des dévotes à la cour.

a Dans le n[K>nde, dit Mademoeelle, elles af- « fectent de paraître fort retirées, quoiqu'elles a cherchent fort le monde, ne bougeant de tourtes les maisons de qualité où il va le plus d'honanétes gens; et cela même ne leur suffit pas, a puisqu'elles vont dans celles où la marchana dise est la plus mêlée, et qui reçoivent toute a sorte de gens sans distinction. Elles voient les « plus coquettes et les plus évaporées fenmies a de Paris. Pour la cour, elles y vont rarement, «parce qu'elles n'y sont pas bien venues. « Mais cela ne regarde que quelques-unes des a précieuses, car il y en a qui ne se wetieni a pas tant à tous les Jours. »

Mademoiselle de Montpensier les représente dans la société des gens du monde, comme « fort sottes et fort niaises quand elles y sont a seules de leur genre, comme fort insolentes 0 quand elles y sont plusieurs. Isolées, elles « disent des niaiseries, dont elles rient aux « éclats quand on les leur fait remarquer... — a Ah ! madame, c'est qu'on ne songe pas à ce « qu'on dit. — Jésus 1 e5t-îl possible ! — Sont- « elles deuxensemble ou un plus grand nombre, « elles rient au nez des gens, trouvent à redire a à tout ce qu'on dit... Ce sont les plus insup- « portables personnes du monde. »

Mademoiselle de Montpensier fait une description assez grotesque de leur figure, et surtout de leurs minauderies, et Elles pendient, « dit-elle, la tête sur l'épaule, font des mines a des yeux et de la bouche, ont une mine mé- « prisante et une certaine affectation en tous

« leurs procédés, qui est extrêmement déplai- « santé.»— La princesse ajoute: a II y en a peu « qui dansent, parce qu'elles dansent mal. « Mais, plusieurs jouent,, pour être en quelque « chose à la mode. »

Nous n'avons rien à dire des années 4666 ^ suivantes, jusqu'à l'année 1659, où Molière donna à Paris la première repr^^tation des Précieuses ridicules. Toutefois, dans l'inte^ yaile de 1652 è 1657, les mœurs de la cour éprouvaient un diangement notable. Ce fut dans cette période que la reine, âgée de 50 ans, dépouillée du pouvoir de la régence, brouiDée avec le cardinal depuis Finclination du roi pour Marie de Mancini, subit la destinée ordinaire des femmes galantes, et devint dévote et jakMiaa. Ce sont les Mémoires de Mademoisefle qui nous appr^nent ce changement (I).

Au mois de novembre 1659, la paix ftitcoiK due aux Pyrénées, et, au mois de juin 1660, le roi épousa l'infante d'Espagne.

L'arrivée de la jeune reine en 1660, la réforme de la reine mère, obligèrent la cour à plus de décence et de réserve ; mais le îosA des moeurs était le même.

Venons à la comédie de Molière.

U importe beaucoup aux historiens qui , comme M. Taschereau, veulent que la comédie des Précieuses ait été faite contre l'hôtel de Rambouillet , qu'elle n'ait pas débuté en province cinq ans avant de paraître à Paris. Quoique la pièce entière résiste à Taf^lication qu'on en veut faire, nous ajo^erons à nos précédentes observations que k pièce semble donner, elle-même, la date du temps et du lieu de la première représentation. C'est dans la scène d'exposition de son sujet. Un de ses interiocu-

(1) Depuis la Fronde, cotte princesse avait véca dans une espèce d'exil. Elle ne reparut qu'au mois d'août 1657, à la cour, qui était alors à Sedan. Le 6 de ce mois, on y apprit la prisedeMontmédi. «Lareîne,

• dit Mademoiselle, alla le soir au salut, pour lemer « cier Dieu de cet avantage. Je trouvai qu'elle éUit « devenue joueuse. Elle ne jouait jamais quand je li « quittai. Je lui dis : 11 n'y a pas de changement égal « à celui de voir V. M. jouer tous les jours, et que « mon père ne joue plus. Elle me répondit que cela

• était vrai. . . » A l'occasion du si^ de Dunkerque et de la bataille gagnée par le marchai de Turenne sur le prince de Gondé, en 1668, elle dit : « La reine

• f^is^i sa vie ordimk-e de prier Dieu et de Jouer,»

Page 1