‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 241 sur 359 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Il faiit se persuader que la satire du poète répondaitau goût et aux opinions de madame de Rambouillet^ loin d^eftleurer sa personne; à moins qa*on n*aîme mieux croire nos biographes doués de plus de discernement et de tact^ qu'elle n'en avait sur ce qui la concernait elle même. Pour achever d^éclaircir la vérité sur la maison de Rambouillet^ et écarter d'elle toute application de la comédie de Molière, il faut revenir à mademoiselle de Scudéry, et montrer que c'est à elle et à ses cercles qu'en voulait Molière, s'il envoûtait à quelqu'un.

Entre i 645 et 1650^ après le mariage de Julie d'Angennes, sa contemporaine^ mademoiselle de Scudéry se mit à tenir ruelle. Avant cette époque elle. avait fait des romans, mais elle s'était bien gardée de les publier sous son nom. En 1641, elle fit paraître, sous le nom de George de Scudéry, son frère, Ibrahim, ou r Illustre Passa. En 1650 encore, elle publia, toujours sous le nom de son frère, Artamène, ou le Grand Cyrus^ en 10 vol. Mais quand sa nielle fut bieu accréditée, elle publia sous son nom propre le roman de CléliCy en 1656, 1658, 1660. Vintensuite A Imahide, ou l'Esclave reine, en 1660; et ensuite... une infinité d'autres ouvrages du même genre.

Ce fut une grande gloire pour les précieuses du second ordre, que la suprématie romancière dont fut, alors, investie mademoiselle de Scudéry. Sa ruelle devint pour le parti le centre de ralliement, l'école normale, le château fort des précieuses de mauvais goût. Que disait-on, que faisait-on dans ce fameux cercle? On mêlait un travail manuel aux conversations; on composait des habits sur des mannequins pour servir de règle à la parure, pour créer une mode (4). On y conversait d'une manière si alambiquée, que, sur quel-

de ce tout. Ménage la comprend dans Tapplaudissement général donné par Thôtel de Rambouillet, puisqu'il ne l'excepte pas. Ce qui rend la méprise de Téditeur du Ménagiana très-facile à concevoir, c'est qu'il était d'usage dans les impressions du temps de n'écrire qu'en abiégé le mot de madame ou de made^ fnoiselle;oïï écrivait If' . ou if"*. Aujourd'hui qu'on imprime madame ou mademoiselle en toutes lettres, on ne se tromperait pas de même.

(1) J'ai vainement cherché dans les écrits du temps l'occupation que les femmes de la haute société mêlaient à la conversation. J'aurais voulu voir en ac-

que sujet que ce fût, on finissait toujours par ne pas s'entendre. On faisait assaut d^mpromptus et de madrigaux; on a des recueils pleins de ces fadaises. On en chercherait vainement de pareils provenant de l'hôtel de Rambouillet.

Cependant beaucoup d'honnêtes gens suivaient les cercles de mademoiselle de Scudéry ; entre autres, le bon duc de Saint-Aignan, que madame de Sévigné appelait le paladin par éminence, le vengeur des torts, l'honneur de la chevalerie; M. et madame Duplessis- Guénégaud , Sarrazin, Godeau, qui chez madame de Scudéry était le mage de Sidon, et à l'hôtel de Rambouillet n'était que le nain de Julie^ tant les proportions étaient différentes entre lui et chacune de ces deux femmes. Madame de Sévigné allait, aussi, voir mademoiselle de Scudéry ; mais elle se moquait tout doucement de ses romans étemels, quand elle écrivait à madame de Grignan (1),

tion, entre leurs mains, l'aiguille, la navette, le fuseau, la fusée, le dévidoir ; j'aurais désiré de voir ces femmes broder, faire de la tapisserie, des nœuds, des pelotons, en même temps qu'elles écoulaient une lecture, ou entendaient discourir sur quelque sujet moral ou littéraire. Une occupation manuelle est pour les femmes une contenance ; elle permet de reposer l'esprit de conversation ; elle dispense de parler quand on n'a rien à dire ; elle donné' un moment de i;^Qexion avant de parler ; elle sert de prétexte pour ne point écouter, et autorise une distraction quand ou ne veut point répondre. L'habitude du travaU en famille, la réunion de la mère de famille et de ses tilles autour d'une table de travail, est le seul moyen d'enseigner les usages (fiimoTK/eoù les jeunes personnes sont destinées à vivre, le seul moyen de donner à leur esprit le développement convenable, à leur langage la facilité et la mesure appropriées à leur condition. La gouvernante la plus habile est d'une condition diCTércnte de son élève, et n'a jamais la biepséanpe rigoureusement nécessaire. J'aime avoir madame de Maintenon dévider ses fusées, compter ses pelotons , et préparer son métier à tapisserie, devant Louis XIV et ses ministres, délibérant en conseil d*Êtat sur les affaires de l'Europe, dans la chambre de cette femme illustre et bonne. J'aimerais à savoir que madame de Sévigné brodait ou faisait de la tapisserie. Il y avait sûrement de l'élégance et de l'esprit dans ses dessins, et le/ac-shmUe d'un fauteuil de son aiguille me ferait autant de plaisir que Xe/ac^simUe d'une de ses lettres.

(i) Lettres du 27 novembre 1667, du 20 mars 1671 et du 25 novembre 16S0.

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