‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 242 sur 359 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

comme elle se moquait de ceux de la Calprenède(l .

Au fond, mademoiselle de Scudéry avait de l'esprit, de l'imagination, une âme délicate et noble. Tout cela était gâté par son mauvais goût; mais elle n'aurait pas été reçue trente années à Phôtel de Rambouillet, si le mauvais goût n'avait laissé habituellement percer en elle un bon naturel. Le quatrain qu'elle fit au château de Vincennes en voyant des œillets que le prince de Condé y avait cultivés durant sa prison, a été souvent cité (2). Sa lettre à révêque de Vence sur la détention du prince, est intéressante et noble. Mademoiselle de Scudéry était bonne, indulgente, généreuse, dévouée à ses bienfaiteurs et à ses amis : témoin son zèle pour le surintendant Fouquet, et son attachement pour Pellisson pendant leur disgrâce. « C'était, à tout prendre, comme Ta « dit Boileau, une fille qui avait beaucoup de « mérite, et passait pour avoir encore plus « d'honneur et de probité que d'esprit. » Un certain mérite est toujours nécessaire à qui veut être à la tête, d'un parti; et,. après tout, le ridicule de la préciosité n'était pas ignoble.

Dans un siècle frivole, de bel esprit, de mauvaises mœurs, sous un gouvernement al>solu, la satire, la comédie satirique, devaient être en grand honneur ; les bonnes qualités ne rachetaient pas le ridicule ; après le besoin (le parler, était venu le besoin de rire. On pouvait, aussi, se croire en droit de s'amuser aux dépens de quelqu'un, dans un temps où le mérite des individus n'était pas la propriété de tous comme il l'est de nos jours, et où il est, d'un moment à l'autre, employé à l'utilité générale. L'estime de Boileau pour mademoiselle de Scudéry ne l'avait pas empêché de parodier ses écrits dans ses héros de roman. Le cas qu'il faisait de Chapelain ne l'avait pas empêché de le sacrifier à la risée générale :

Qu'on vante en lui la foi, Thouneur, la probité, Qu'on prise sa candeur et sa civilité,

(1) Lettre du 12 juillet 1671.

(2) Voici ce quatrain :

Ea ToyaDt les œiUets qu*iin illustre guerrier Arrosa d*une roaia qui gagna des batailles, SoiiTÏenS'toi qu'Apollon bAtissait des murailles, Et ne fclonne pan que Mars soit jardinier.

Qu'il soit doux, complaisant, officieux, sincère; On le veut : j'y souscris, et suis prêt à me taire. Mais, que pour un modèle on montre ses écrits, Qu'il soit le mieux rente de tous les beaux esprits, Comme roi des auteurs qu'on l'élève à l'empire ; Ma bile, alors, s'échauffe, et je brûle d'écrire.

De méme^ Molière était sans pitié pour mademoiselle de Scudéry et ses semblables.

C'est, certainement, bien elle qu'il a voulu désigner par le nom propre de Madelon, et par le nom usurpé dePolixène; mademoiselle de Scudéry se nommait Madeleine, et son nom du Parnasse était Sapho.

C'est, certainement, bien elle qu'il désigne dans la quatrième scène des Précieuses^ lorsqu'il met dans la bouche de Madelon des plaintes contre l'incongruité de demander tout crûment une personne en mariage ; lorsqu'il lui fait dire que le mariage ne doit jamais arriver qu'après les autres aventures, et après que l'amant a parcouru la carte du Tendre, suivant l'exemple de Cyrus et de Mandane, d'Aronce et de Clélie^ héros des deux premiers romans que mademoiselle de Scudéry publia sous son nom, après la dispersion de l'hôtel de Rambouillet.

S'il résulte de ce qui précède que Molière, non-seulement n'en voulait pas à l'hôtel de Rambouillet , mais en voulait à mademoiselle de Scudéry, les arguments des commentateurs de Molière contre la société de Rambouillet s'évanouissent, et l'abus qu'on a voulu faire de l'autorité de ce grand homme contre cette société célèbre, blesse le bon sens ainsi que la justice.

Quoique le secret d'ennuyer soit celui de tout dire, et que j'aie déjà dit beaucoup plus qu'il n'était nécessaire pour détourner de l'hôtel de Rambouillet l'application des Précieuses ridicules, je ne puis m'empôcher de revenir sur l'opinion des écrivains qui donnent pour une adroite précaution, contre les plaintes des personnes de cette société, la pré&ce où Molière déclare que sa pièce regarde uniquement les mauvais singes, les ridicules copies des illustres précieuses. Je demande ici, dans l'intérêt de Molière, de quel droit ses commentateurs lui imputent un plat et bas mensonge, de quel droit ils lui donnent un démenti sur rintention*qu'il déclare avoir eue ei\ composant sa comédie? La licence qu'ils ont

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