CHAPITRE XV
sèment comme les blasphèmes d'un insensé contre les prêtres.
Les prêtres ne sont pas ce qu'un vain peuple pense, Noire crédulité fait toute leur sgence,
attireraient, aujourd'hui, Tassentiment d'une multitude dégagée du respect qui, alors, était encore dans les âmes pour le sacerdoce.
Le respect de moins dans nos mœurs, le reste éprouve une détente qui se prête à tous les tons, à tous les langages.
La littérature anglaise n'a jamais présenté cette séparation des styles qui a été si rigoureusement observée en France, parce qu'elle n'a jamais connu, comme les Français, ce quadruple culte des prêtres, des grands, des rois, et des femmes.
On pourrait croire que Tunité de ton était, au moins pour notre théâtre, la conséquence nécessaire de cette loi de Tart qui établissait Tunité de lieu, de temps, d^action :
Qu'en un lieu, qu'en un temps, un seul fait accompli Tienne, jusqu'à la Ou , le théâtre rempli.
En effet, on ne peut méconnaître la convenance de l'unité de ton dans une crise d'un moment, entre les mêmes personnes, dans un même lieu.
Mais, renfermer Pespace accordé à une pièce de théâtre en un temps, en un lieu, c'est imposer une sujétion qui se conçoit mieux dans la littérature d'une nation alignée et symétrisée par des habitudes de respect, que dans celle d'un peuple moins ordonné, et à qui il prendrait de fréquents accès d'anarchie.
Revenons à l'état historique de la langue et des lettres, à la fin de la sixième période du xvii«"sièecle.
La Bruyère, qui a publié ses Caractères en 4687, mais qui a passé vingt années à les écrire, nous dit, en peu de mots, quel était l'état de la langue au milieu du siècle, à Fépoque des Provinciales et des écrits de Port-Royal. « L'on c( est, dit-il, esclave de la construction; l'on a c( enrichi la langue de nouveaux mots, secoué « le joug du latinisme, et réduit Je style à la « phrase purement française. L'on a presque « retrouvé le nombre que Malherbe et Balzac « avaient les premiers rencontré, et que tant « d'auteurs depuis eux ont laissé perdre. L'on
a a mis, enfin, dans le discours tout Tordre, et « toute la netteté dont il est capable : cela a conduit insensiblement à y mettre de Tes- « prit (i). »
Ce n'est pas sans raison que la Bruyère dit : L'on a enrichi la langue de nouveaux mots. Les curieux qui font des recherches sur les locutions dont on veut nous persuader que le bon goût s'indignait du temps de Molière, sont fort surpris de rencontrer, parmi ces locutions prétendues précieuses, une foule de mots qui sont aujourd'hui dans la bouche de tout le monde.
Le mot d'obscénité, rebuté par Molière, est aujourd'hui vulgaire. On voit dans la première lettre de Balzac à la marquise de Rambouillet, qu'il a le premier hasardé le mot d'urbanité, pour opposer un caractère de la civilisation romaine à Vatticisme qui caractérisait l'esprit des Grecs.
Le petit Dictionnaire des Précieuses de Somaise renferme, parmi une multitude de locutions rebutées, un grand nombre d'images qui, de son temps, étaient réputées précieuses, et qui sont aujourd'hui réputées justes et heureuses.
On réputak précieux ce vers de Corneille concernant le crime de Laïus, et la peine que les dieux en font porter à ses enfants :
Et s'il faut, après tout, qu'un grand crime s*^ace Par le sang qtte Laïus a transmis à sa race...
Sans doute il aurait fallu dire, par le diàtiment des enfants de Laïus ! mais Corneille n'écrivait pas en prose.
On relevait aussi, dans Corneille,
Un concert éclatant de rares qualités.
On remarquait, comme précieux, dans un autre ouvrage : que Daphné avait toute son âme dans ses yeux; '
Dans un autre : qu'un malheureux avait k front chargé d'un sombre nuage;
Dans un autre : qu'un grand homme voit les troubles des petites ârnss du haut de sa vertu.».:.., qu'il échappe un sourire de son sérieux qye \a frayeur court dans une assemblée,
(I) La Bruyère : Des Ouvrages de l'esprit, p. 96, édil. in-4".