‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 247 sur 359 · CHAPiTRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPiTRE XVI

On lisait avec éionncment, dans un autre ouvrage, cette phrase : cet homme laisse mourir ia conversation, cet autre la tyrannise.

On rejetait, ici, la turbulence de la cour; ailleurs, une âme paralytique.

On consentait difficilement à entendre dire : Cet homme-là est des gens de bon sens qui ne tUvfrtissent guère.

On souffrait à l'idée de revêtir ses pensées d'expressions nobles et vigoureuses^ ou de voir quelqu'un pénétré des sentiments d'une personne.

Vomir des injures, qui est du même temps, était aussi réprouvé.

On souriait avec dédain à l'idée qu'on pût se permettre de dire : qu'tin^ poésie £st bien chânée; qu'un souris est fin ^ qu'w/i souris est amer; qu'un mauvais poète est un bâtard d'Apollon ; que les peintres sont des poètes Muets; que le soleil est l'époux de la nature.

On trouvait ridicule qu'un amant dit à sa maîtresse : Je ne fais des vers qu'en rêvant, mais je vous aime avec étude et de tout mon sens. Enfin, on citait comme locution précieuse, cette modeste phrase : Je sais bien ce que je veux dire, mais le moi me manque.

L^usage, arbitre suprême entre l'innovation et la résistance de l'habitude, a consacré ces locutions.

Voici la liste des principaux ouvrages dont la France était en possession au milieu du 3tvii' siècle, quand le règne de Louis XIV a eflTectivement commencé.

n existait un grand nombre de lettres de Se- \igné, modèles de style épistolaire; on en avait de son cousin Bussy-Rabutin, homme de mauvais cœur, de mauvais esprit, mais d'assez bon goût;

£u morale, on avait les nobles écrits de Balzac;

En métaphysique, la Méthode de Descartes;

En didactique et en polémique, les Lettres provinciales ;

En critique, plusieurs bons écrits de Port- Royal, la critique du Gid ;

Eu poésie, les belles odes de Malherbe, quelques ouvrages de Racan, de Segrais, de Benserade; les chefs-d'œuvre de Corneille, le Cid, les Horaces, Ginna, Polyeucte, la Mort de Pompée, le Menteur, Rodogune.

Nous avions plusieurs comédies de Molière ;

Plusieui's ouvrages de la Fontaine.

Ce n'étaient pas encore les chefs-d'œuvre de ces deu5t poètes, c'en étaient les prémices.

Telles étaient les richesses qui entouraient la naissante autorité de Louis XIV, en 1661.

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