‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 256 sur 359 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

(le mœurs honnêtes est condamnée à entendre et à parler un langage qui respire le mépns de rhonnételé et de la morale ; c'est avancer que le langage peut mettre à découvert des mœurs que la morale oblige à cacher ; c^est, aussi, établir en principe que des esprits délicats et polis , n'ont pas le droit d'exclure de leur langage des expressions grossières et brutales ; et j'observe, ici, que si la décence est une loi de la morale, c'est, aussi, une loi du goût. Bien que les bonnes mœurs soient la plus sûre garantie du bon goût, cependant le bon goût a ses lois à part ; elles procèdent d'un instinct qui se développe dans la société avec la politesse des esprits, avec la délicatesse des âmes, avec l'élégance des manières, et s'exalte dans les douceurs des communications habituelles des esprits. Cet instinct, c'est la pudeur. Le cynisme prive de tous les charmes qu'elle répand dans la vie sociale, à tous les degrés des liaisons et des intimités qu'elle procure. Le goût veut donc, comme la morale, que moins les mœurs sont pures, et plus on les déguise sous un langage exempt de leur souillure.

(t Agnès, si Ton en croit Molière, ne dit pas a un mot qui de soi ne soit fort honnête; et si tf vous voulez entendre dessous quelque chose, a c'est vous, dit-il, qui faites l'ordure et non (c pas elle, puisqu'elle parle seulement d'un « ruban qu'on lui a pris. » Il y a peu de bonne foi dans cette réponse. D'un autre que Molière, on dirait qu'il y a de l'impudence. Si la scène ne roulait pas sur une équivoque, et sur une équivoque fort claire , elle serait la plus plate du monde, au lieu d'être une des plus comiques.

Disons-le franchement : une telle excuse n'était bonne que pour un public devant lequel Molière, approuvé par la cour et autorisé par la licence générale des mœurs, n'avait pas besoin d'excuse. Molière, devenu nécessaire au roi pour les fêtes de Versailles et du Louvre, poëtede tous les divertissements de la cour, était absous d'avance de toutes les libertés qu'il prenait avec le public. Le 1" juin 1663, jour où la Critique de l* École des Femmes fut jouée à Paris, n'était pas loin du 14 octobre, jour de la grande fête projetée pour Versailles, et où devait être joué l* impromptu de Versaiiiesy pièce où les marquis sont l'objet

du plus sanglant outrage, et du plus direct qu'on puisse imaginer. Tout était permis à Molière. Ce n'est point assez dire, tout ce qu'il faisait était récom[>ensé : ce fut trois mois après l'impromptu de Versailles, que le roi et Madame tinrent sur les fonts de baptême le fUs qui lui était né quelque temps auparavant.

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