LOUIS
server que n'admettre les grands dans rassemblée des états qu'en vertu d'une élection commune aux trois états^ est plus |)opulaire que de méler^ comme avait fait Louis XI^ des grands nommés par lui avec les députés du peuple.
AiTêtons-nous un moment ici, pour remarquer Fopinion qu'Anne de Beaujeu et le duc d'Orléans avaient du fond de cette nation^ à laquelle ils demandaient des députés pour juger de leurs débats; voyons, pour première réfutation de la calomnie de Mably, à quel point ils étaient éloignés de Fcspéranceet du projet de corrompre l'assemblée qui serait formée, à quel degré de considération les communes étaient parvenues, et combien le prince qui devait être Louis Xll , et Anne de Beaujeu qui désirait d'être aimée de lui (1), s'honoraient à l'envi d'un noble respect pour les vœux du peuple qu'ils ambitionnaient de gouverner.
Chacun d'eux, pour obtenir des élections favorables à sa cause, emploie le même moyen ; c'est de donner au peuple l'assurance qu'il veut travailler efficacement au bien public.
Mais ï^tte assurance, également sincère des deux parts, et dont il ne faut pas répugner à croire que l'amour secret d'Anne de Beaujeu pour le duc d'Orléans fût, en elle, le puissant motif, put se signaler avec plus d avantage du côté de la tutrice désignée par Louis XI, et qui était en possession du gouvernement, que de la part du duc d'Orléans, qui ne faisait qu'y aspirer. Le duc ne pouvait que répandre des promesses sincères : Anne de Beaujeu, plus heureuse, était en position de promettre et de réaliser, par avance, une partie de ce qu'elle faisait espérer.
En conséquence elle s^empresse de soulager le peuple et de diminuer les impôts.
Et, pour que le soulagement qu'elle fait éprouver ne pai-aisse point illusoire, elle diminue les dépenses.
' ouis XI avait laissé sur pied une armée de soixante mille hommes; elle licencie plusieurs <îorps de troupes.
(i) • J'ai ou! dire, dit Brantôme, que du comiuen-
• cernent elle portoit à M. d'Orléans, depuis roi, de l'af-
ficlion, voire de r.imour ; de sorte que si M. d'Orléans
y eût voulu entendre, il y eût eu Iwnnepart (au gou-
vornenienl;, comme je tiens de l)on lieu. •
Louis XI avait pris à sa solde six mille Suisses ; elle les renvoie dans leur patrie.
Elle ouvre les prisons encombrées, rappelle les exilés, dédommage des disgrâces, réintègre les contumaces, réhabilite les condamnés. . En un mot , économie, justice, bonté, tout est mis en œuvre à l'époque de la convocation des états, pour rendre les élections favorables au gouvernement.
Respect aux princes qui corrompent ainsi les assemblées électorales ! honneur aux électeurs qu'on n'espère gagner que par de tels moyens !
Les députés se rassemblent à Tours, et forment une seule et même assemblée, sans mélange avec les grands appelés par la cour.
L'ouverture des séances a lieu en présence du jeune roi.
L'arrangement de la séance va d'abord montrer aux yeux, et dans son ensemble, ce que nous apprendrons en détail par les traditions (i).
C'est la même division, et la même réunion ou confusion, qu'en 1467 ; je veux dire la confusion ou réunion des députés de tous les ordres en une seule chambre, qui est celle des députés; et la séparation de cette chambre d'avec une chambre haute ou chambre des seigneurs appelés par la cour,
La salle était divisée en deux parquets, dont l'un était élevé de quatre pieds au-dessus de l'autre.
Dans le parquet supérieur était placé le trône. A la droite du roi était le duc de Bourbon, connétable, et derrière lui deux cardinaux, six pairs ecclésiastiques, et le duc de Vendôme. A la gauche du roi , le chancelier, vingt-six princes ou seigneurs, entre lesquels les six pairs laïques, placés suivant le rang de leur pairie, rang qui, pour plusieurs, était k rinverse de celui qui leur appartenait comme princes du sang ; circonstance qui prouve que c'était essentiellement comme pairs qu'ils assistaient à la séance d'ouverture, parcfi que, dit Gamier, dans les grandes assemblées les pairs n'avaient d'autre rang que celui de leurs pairies ou de leurs terre,*.
Voilà donc bien distincte, et séparée du corps
(1) Voyez, à la suite de ce mémoire, le plan de la salle des états généraux assemblés à Tours en 14S|.
CHAPITRK XIY.
des éiaiâ> une réunion de (jrawis assez nombreuse ; et je dis de grands^ parce que, outre les pairs laïques et ecclésiastiques, il s'y trouvait, et en plus grand nombre, des seigneurs possédant de grands domaines, qui prirent leur rang en raison de ces domaines mêmes.
Ces grands étaient là revêtus d'un caractère politique, puisque la pairie, dignité constituée, y était en fonction, et donnait la préséance sur le prince du sang.
Ils avaient séance en vertii de leurs droits propres. On ne trouve les noms que de quatre d'entre eux dans la liste des députés des bailliages et sénéchaussées. Ce n'était donc pas l'élection qui leur avait donné droit de séance.
Ainsi, la réunion de ces grands présentait l'aspect d'une véritable chambre haute , ou chambre des seigneurs, ou chambre des pairs, dont les uns étaient constitués» et les autres reconnus de fait par les anciens pairs et par le roi.
Le parquet inférieur, dans lequel lés bancs étaient disposés en amphithéâtre, reçut les députés des trois élats, geulement les évêques, les barons, les chevaliers et les conseillers du roi furent placés sur les premiers bancs, sll faut en croire la traduction que Garnier a donnée, par e!itrait, de la relation manuscrite de Masselin, membre des états (i).
L'appel qui eut lieu pour installer les députés se fit dans les termes que voici : Messeigneur.* Us élus et délégués du pays et du duché de.,., du bailliage de..., de la sénéchaussée de..,, sans faire mention d'ordre. Ainsi l'ap^ pel ne supposa point qu'ils eussent été nommés par ou pour différents ordres, ni même qu'ils fussent individuellement de différents ordres : il ne préjugea pas, non plus, qu'ils dussent se séparer par ordre pour délibérer.
Le chancelier Guillaume de Rochefort fait le discours d'ouverture, et commence par ces mots : Messeigneurs des états. Le secrétaire des états de 4467 avait aussi qualifié les états de messeigneurs ; mais ce n'était pas le chancelier de France ; et en 4433, sous le règne de Charles VI, le chancelier Juvénal des Ursins ne les avait pas traités avec la même décence. Il
(1) Voyez, à la suite de ce mémoire, le |îlan des élals tenus en l4Sf. .
avait commencé ainsi sa harangue : 7';é«-rrvé rends pères en Dtev, archevêques el évéques, trè's-haùls et très -puissants princes, ducs et comtes, ET TOUS AUTfics GENS d'Églisf, nobles et bourgeois des bonnes villes. Le progrès que la politesse avait fait dans la chancellerie montre assez le chemin qu'avaient fait, de Charles VI à Charles VIII , messeigneurs du tiers état, qui étaient compris dans messeigneurs des états.
Le discours du chancelier est tout à la fois affectueux , sage et noble. Les plus délicates bienséances y sont observées; les plus touchantes considérations y sont présentées en faveur du jeune monarque ; on y sent cette juste mesure de confiance et de réserve, d'égards et de dignité, qui est la marque d'une bonne conscience. Après avoir exposé le bien qui s'est faiit dans le peu de mois écoulés depuis la mort de Louis XI, le chancelier dit : « Le roi se propase de faire plvs encore. Dans « cette intention, il exige que vous lui décou- (( vriez les abus qui peuvent être échappés à sa « connaissance , et que vous ne lui déguisiez « aucun des maux qui njfiigent le peuple. Ne a craignez pas que vos plaintes soient imporc( lunes. Le roi aura égard à vos remontrances. « Et vous, princes, qui m' écoutez, je vous >up' « plie et vous adjure au nom de la patrie, notre « mère com:î une,d'oublier tout esprit de parti,