CHAPITRE XXII
Année 1667 (suite de la septième période). — Madame de Montespan supplante madame de la Vallière. — Jalousie du marquis de Montespan. — Insulte à madame de Montausier.
Au milieu des fêtes mémorables de Tannée 1006, c'était toujours madame de la Vallière que la cour regardait comme l'heureuse maîtresse du maître. Ce fut, néanmoins, dans cette 4innéc qu'elle cessa d'être l'unique objet de SOS désirs. Bussy-Rabutin, dans ses Afmmrs des GauUs(i)y raconte comment il arriva que madame de Montespan^ sous les yeux, dans la société intime de madame de la Vallière, devint sa rivale préférée, longtemps avant que cette amante passionnée s'en doutftt, longtemps encore après qu'elle en eut la certitude; le roi se trouvant alors partagé entre la maltresse qu'il n'aimait plus, celle qu'il commençait à aimer, et la reine, dont il affligeait la tendresse, toutefois sans déserter sa couche. Celte complication fit que le public sut fort inexactement
l'époque où cessa l'intime liaison du roi avec madame de la Vallière, et ou devint exchisi¥e celle qu'il eut avec madame de Montespan.
Les Mémoires de Bussy-Rabutin préBenteat l'étrange tableau du roi faisant à la fob la désolation de la reine par les honneurs publics décernés à madame de la Vallière, et celle de madame de la Vallière par la faveur secrète accordée à madame de Montespan. « La pos- « session de madame de la Vallière commen- « çait, dit Bussy, à lui donner du dégoût, d malheur inséparable des longues posses* a sions... Elle cherchait à se déchai^sur « quelque bonne amie, du déplaisir qu'elle « avait de la tiédeur des feux du grand Al- « candre. Les avances de madame de Montesa pan à madame de la Vallière lui ayant plu, a il se lia une espèce d'amitié entre ces daa mes... Le grand Alcandre fut ra^i de h a voir tous les jours avec madame de la Valtf lière, qui en était charmée pareillement, a parce qu'elle entrait dans tous ses intérêts. « Elle blâmait le grand Alcandre de son indifa férence ; elle lui fournissait les moyens pour a le faire revenir, sachant bien qu'il est im- « possible de rapprocher des amants dégoûtés a l'un de l'autre. Le grand Alcandre, pour a avoir le plai^ de voir madame de Montesa pan, allait plus souvent chez madame de la « Vallière, et madame de la Vallière, se faia sant l'application de ses nouvelles assidoia tés, en aimait davantage encore madame de a Montespan... Mais entin... elle s'aperçut a bientôt de la vérité... elle se plaignit au a grand Alcandre, qui lui dit qu'il était de a trop bonne foi pour l'abuser davantage; « qu'il aimait madame de Montespan; mais « que cela n'empêchait pas qu'il ne Vaimàt « cmnme il devait, et qu'elle devait se contcn- « ter de ce qu'il /(Usait pour el/e...f^ou\eava, a pleurs, nouvelles plaintes... Mais le gr^ « Alcandre n'en étant pas plus attendri, lui dit « une seconde fois que *f elle voulait qu'il a continuât de raimer, elle ne devait rien exia ger de lui au delà de sa volonté; qu'il dési- « rait qu'elle vécût avec madame de Montespan a comme par le passé; et que si elle témoignait a la moindre chose de désobligeoni à cette a dame, elfe f obligerait à prendre des mesu- <t res. La volonté du grand Alcandre senit de (c loi à madame de la Vallière. Elle vécut avec