‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 264 sur 359 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

« madame de Montespan dans une concorde « qu'on ne devait point attendre d'une ri- « vale. »

II importe^ à la suite de cette histoire^ de déterminer approximativement Tépoque du changement du roi. Voltaire l'indique à Tannée 4669. C'est plus de deux ans trop tard. « Dès l'an i669, dit-il^ madame de la Vallière « s'aperçut que madame de Montespan pre- « naît de l'ascendant sur le roi. » Si la liaison . du roi avec madame de Montespan n'avait commencé qu'ai cette année, deux événements principaux de la période que nous parcourons perdraient leur caractère et leur importance^ savoir : la maladie dont est morte madame de Montausier^ et la représentation de VAmphitryon de Molière. Je prie donc qu'on me passe des détails qui n'ont d'autre intérêt que celui de fixer des dates contestées et nécessaires.

Les Mémoires de mademoiselle de Montpensier nous apprennent que jusqu'à la mort de la reine mère, arrivée le 20 janvier 1666, a le <E roi avait gardé quelques mesures de secret « sur son amour pour madame de la Vallière, a pour ne point donner de chagrin à la reine « mère; mais que quand il fut hors de cette «t appréhension, cette alfaire devint publi- « que; » et Mademoiselle ajoute que dans ce temps-là... madame de Montespan, qui était une des dames de la reine, a commença à aller a chez madame de la Vallière^ qui était ravie a de la voir chez elle pour amuser le roi. » C'est cet amusement du roi qui commença l'intrigue dont Bussy-Rabutin raconte si bien l'origine.

Les Mémoires de mademoiselle de Montpensier nous apprennent plus loin que, dans le commencement de la campagne de Flandre, au mois de mai 1667, le roi étant en marche pour l'armée, accompagné de la reine, de mesdames de Montespan et de la Vallière, dames de la reine, et d'elle. Mademoiselle, on s'arrêta trois jours dans une ville dont le nom est resté en blanc, et que là, s'établit la liaison intime du roi et de madame de Montespan. Mademoiselle explique très-distinctement la disposition qui fut faite pour assurer la communication secrète de Tappartement du roi à la chambre de madame de Montespan, et la manœuvre de Tun et de l'autre pour se trouver

ensemble le plus longtemps qu'il était possible. Cela précédait la prise de Douay, qui eut lieu le 24 juin 1667, et fut suivie de celle de Tournay, le 6 juillet suivant.

Après la prise de Tournay, le roi vint passer quelques jours à Compiègne. Pendant ce séjour, dit Mademoiselle, il voyait tous les jours madame de Montespan dans sa chambre, qui était au-dessus de celle de la reine.

De Compiègne, la cour revint à Versailles, et là, le roi, dit toujours Mademoiselle, continua les mêmes visites particulières à madame de Montespan.

Au commencement d'août, le roi retourne à l'armée; la reine le suit, accompagnée de madame de Montespan, dont elle était loin de suspecter la conduite. Elle fait un séjour à Arras, pendant lequel le roi assiège Lille, qui fut prise le 21 août 1667. Pendant ce temps^à (c'est-à-dire dans le mois d'août) , une lettre adressée à la reine, par la poste, lui découvre l'intrigue du roi avec madame de Montespan, et accuse madame de Montausier de la favoriser. Mademoiselle rapporte que la reine ne voulut point croire l'imputation faite à madame de Montespan, l'attribua à madame d'Armagnac, et néanmoins crut à la calomnie qui regardait madame de Montausier, celle de seconder les vues du roi, et lui en témoigna son mécontentement.

On peut donc tenir pour positif que, depuis le mois de mai 1667 jusqu'au mois d'août de la même année, Mademoiselle reconnut et suivit l'intrigue des deux amants.

Les faits postérieurs ont bien prouvé sa clairvoyance. En effet, on voit bientôt, dans la suite de ses Mémoires, le marquis de Montespan se déchaîner contre sa femme et contre le roi.

a Monsieur de Montespan, dit-elle, qui est a un homme fort extravagant, et peu content « de sa femme, se déchaînant extrêmement « sur Camitié que l'on disait que le roi avait a pour elle, allait par toutes les maisons faire « des contes ridicules. Un jour, il s'avisa de « m'en parler. Je lui lavai la tête. J'étais plus « en droit de le faire qu'un autre, parce qu'il a est mon parent. Je lui fis comprendre qu'il (c manquait de conduite par ses harangues, « dans lesquelles il mêlait le roi avec des cita- « tiens de la sainte Écriture et des Pères. Il

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