CHAPITRE XXlf
« a de Tespril et peu de jugement; il disait a quantité de sottises, et les débitait agréablece ment; il voulait faire entendre au roi, qu'au « jugement de Dieu , il lui serait reproché de tt lui avoir ôté sa femme. Le lendemain, étant « sur la terrasse avec la reine, j'appelai maa dame de Montespan pour lui dire que j a- « vais vu son mari qui était plus fou que ja- «mais; que je lui avais fait une violente « correction. Elle me répondit : // est ici, qui H fait des relations épouvantables, dans lesu quelles il mêle madame de Montausier, Elle « n^eut pas achevé cela', qu'on vint lui dire « qu'elle ( madame de Montausier ) la de- «mandait; que M. de Montespan venait de « sortir de chez elle. Nous nous séparâmes ; « elle s'en alla trouver madame de Montau- « sier. Je la suivis d'assez près pour m'étre « trouvée en tiers lorsqu'elle ( madame de « Montausier) lui conta que son mari était a venu lui dire mille injures, dont elle parais- « sait si outrée, qu'elle tremblait de colère sur « son lit. Elle me dit qu'elle louait Dieu de ce « qu'il ne s'était trouvé chez elle que ses fem- « mes, parce que s'il y avait eu des hommes, « elle l'aurait fait jeter par les fenêtres; qu'elle « avait été obligée d'en avertir le roi, qui le « faisait chercher pour l'envoyer en prison. « Cette affaire fit un grand bruit dans le « monde, parce que l'outrage était extraordi- « naire à supporter pour une femme qui jus- « que*là avait eu bonne réputation. M. de « Montausier était à Rambouillet; il n'apprit « pas cette affaire. »
Le duc de Saint-Simon a , aussi, parlé des avanies du marquis de Montespan; mais, né seulement en 1673, il n'en a parlé que plus de vingt années après, et sur des traditions fort suspectes; l'on verra même qu'il en a adopté de fabuleuses; il n'aimait pas M. de Montausier, et n'était pas fâché de trouver la duchesse de Montausier digne de reproches auxquels son mari n'aurait pas été étranger.
Après avoir parlé avec peu de ménagements de la condescendance de madame de Montausier à acheter la charge de madame de Navailles, si glorieusement chassée, disait-il, il ajoute : « Ce qui surprit bien davantage, ce « fut la protection que madame de Montau- « sier donna à madame de Montespan , au tf commencement de son éclat avec son mari ,
« pour les amours du roi, et l'asile que le roi « lui-même lui donna , en choisissant M. et « madame de Montausier pour retirer ma- « dame de Montespan chez eux , au milieu de la « cour, et l'y garder contre son mari. Il y pé- « nélra pourtant un jour ; et, voulant arracher « sa femme des bras de madame de Montau- « sier, qui cria au secours de ses domestiques, « il lui dit des choses horribles. » Tous les détails de ce récit sont inexacts. Le roi ne donna point asile à madame de Montespan chez M. et madame, de Montausier. L'appartement de madame de Montespan faisait partie de celui de la duchesse, qui, conune dame d'honneur, était chef des autres dames. Saint- Çimon dit, ensuite, que le marquis de Montespan trouva sa femme chez madame de Montausier, quand il vint faire avanie à celle-ci : et, au contraire, le récit de Mademoiselle prouve qu'alors, elle et madame de Montespan, étaient ensemble sur la terrasse du château. Enfin, Saint- Simon dit que madame de Montausier cria au secours de ses domestiques ; et, selon mademoiselle de Montpensier, madame de Montausier lui dit que si ses gens eussent été près d'elle, elle eût fait jeter le marquis par les fenêtres.
Il est vraisemblable que l'époque où mademoiselle de Montpensier raconte, comme récentes, les premières plaintes du marquis de Montespan contre sa femme et en même temps contre madame de Montausier, est la même que celle où des avis conformes furent donnés à la reine, c'est-à-dire l'époque du voyage de Compiègne, en 1667. Les yeux qui veillaient pour éclairer la reine n'étaient pas plus pénétrants que ceux du marquis de Montespan, depuis que sa femme, enivrée de la passion du roi, était devenue dédaigneuse et insolente pour ce mari jaloux. Ce serait donc -vers le milieu de l'année 1667, que Montespan se serait laissé aller à la fougue de sa jalousie, et aux plus violents outrages envers la duchesse de Montausier, comme complice de la séduction exercée par le roi sur sa femme.
Il est fâcheux, ce me semble, que Tordre chronologique amène, à la suite du premier éclat que fit l'intrigue du roi avec madame de Montespan, et de la colère du mari, lapremière représentation de la comédie d'Amphitryon ^ qui eut lieu le 13 janvier 1668.