‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 267 sur 359 · CHAPITRE XXIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIIL

particuliers. La reine, première victime de l'infidélité conjugale, allait la voir et la conso^ 1er. On lit dans les Mémoires de Montpensier e qu'immédiatement après la mort de Maa dame (le ^ juin 1670), le roi et la reine ala lèrent à Saint-Cloud pour jeter de Peau bé- « nite sur le corps de Madame; de là, au « Palais-Royal pour rendre visite à Monsieur. « La reine y laissa aller le roi, pour aller dl- « ner aux Carmélites de la rue du Bouloy. « Elle alla à son retour voir madame de Mona tausier, qui était malade à Paris depuis a longtemps : l'origine de son mal venait d'une « peur qu'elle avait eue dans un passage der- « rière la chambre de la reine, d Mademoiselle continue à dissimuler que la véritable cause de la maladie de madame deMontausier lut la certitude, acquise inopinément, de la trahison dont la reine et elle avaient été les dupes, et la honte d'avoir inconsidérément protégé l'outrage fait à un mari malheureux. Cette faute avait eu pour cause l'honnêteté trop confiante de la duchesse, et c'était son honnêteté même qui en était accablée. Les visites que la reine lui faisait, durant sa maladie, prouvent assez combien elle en honorait la cause; peutêtre même qu'elle croyait avoir contribué à la déception de madame de Montausier, par son propre aveuglement sur madame de Mon tespan .

Pendant que la reine et le marquis de Montespan languissaient de jalousie, et que madame de Montausier se mourait d^humiliation, V Amphitryon de Molière, c'est-à-dire le malheureux Montespan, divertissait la partie corrompue de la cour et de la ville.

Le i3 avriH671, madame de Montausier mourut à l'Age de 64 ans. La nouvelle de cette mort, arrivée à la suite de trois années de retraite et de maladie, se perdit dans le mouvement, et dans le bruit de la cour et du monde. Son honorable cause n'était pas de nature à être comprise par le vulgaire; elle n'était pas non plus de celles qu'on divulgue. C'était, ou ce devait être, le secret du roi, de la reine, de madame de Montespan, de son malheureux mari; cependant elle fut, aux yeux de sa société choisie, un grave incident de cette scandaleuse union, de ce double adultère du roi et de madame de Montespan (1).

(1) La duchesse de Richelieu fut nommée dame

Combien cette mort fait perdre de son esprit et de sa gaieté à V Amphitryon de Molière! et quelle condamnation la pure vertu dont la société de Rambouillet avait été l'école, prononça par cette mort sur la conduite de Louis XIV ! Les admirateurs du génie de Molière ont besoin de chercher des excuses à son Amphitryon, dans son désir immodéré de plaire au prince, qui l'avait subjugué par sa gloire et ses bienfaits ; dans la corruption générale qui demandait au poète comique de faire rire le public aux dépens des époux malheureux; peut-être même dans l'espèce d'héroïsme auquel le poète avait voidu s'élever en se rangeant du côté des rieurs, lui à qui les déso^ dres de sa femme avaient coûté tant de larmes amères!

C'est dans les mêmes principes qu*il faut chercher l'esprit qui, deux ans après, lui a dicté les Femmes savantes, ouvrage dont il sera question dans la période suivante.

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