‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 268 sur 359 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Années 1660 à 1670 (suite de la septième période).— Revue de la société polie, de 1660 a 1670. — Hommes et femmes célèbres de cette société.

L'intérêt attaché à madame de Montausier, dernier reste de la maison de Rambouillet , nous a fait anticiper d'une année sur la période de 1670 à 1680, et nous a fait assister à sa mort, arrivée le 13 avril 1671 ; à sa noiort, grand événement dans l'histoire des mœurs du (Sxseptième siècle.

Maintenant, il e3t nécessaire de revenir sur

d'honneur à la place de madame de Montausier, peu de temps après sa mort. Le comte de Grignan, alors gendre de madame de Sévigné, écrivit à madame de Richelieu une lettre de félicitation. Il avait été le beau-frère de madame de Montausier. Madame de Sévigné rapporte à sa 011e (Noël 1671) ce que madame Scarron lui a dit de la lettre de son gendre :

« Voilà madame Scarron qui a soupe avec nous. « Elle dit que de tous les millions de lettres que man dame de Riebelieu a reçues, celle de M. de Grignan « était la meilleure; qu'elle Fa eue longtemps dans « sa poche, qu'elle Ta montrée; qu'on ne saurait « mieux écrire, ni plus galamment, ni plus noble- « ment, ni plus tendrement pour feu madame df « Montansier. >»

CHAPITKE XXllî.

la sociéié des femmes d'éliie , durant les dix amiées que nous venons de parcourir, d'en reconnidtre Tétat, et de voir ses progrès.

Nous avons vu depuis 1645 jusqu'en 1660, quelles maisons s'ouviîrent à la haute sociéié, quand la maison de Rambouillet commença à se désunir. Nous avons vu à sa place s'élever la maison de mademoiselle de Montpensier, Hiôtelde LongueviUe, l'hôtel d'Albret, Phôlel de Richelieu, Thôtel delà Rochefoucauld^ Nous avons vu , dans ces maisons, mademoiselle de Pons, madame de Martel, madajjpe de Montespan^ madame de Chalais, qui fut depuis prin> cesse des Ursins, madame Scarron, qui fut depuis madame de Maintenon, madame Cor* nuel, madame de Coulanges. Ce fut chez la maréchale d'Albret que madame de Montespan, mariée en 1663, àr Tàge de ^ ans, fit connaissance avec madame Scarron. Elle fréquentait cette maison bien avant d'être en faveur près du roi; et les premiers amusements qu'elle essaya de lui donner chez madame de laVallière, furent aux dépens des personnes de cette société dont elle contrefaisait le langage et les manières.

tf On se moquait à la cour, dit madame de a Caylus, de ces sociétés de gens oisifs , uni- « quement occupés à développer un sentiment <c et à juger d'un ouvrage d'esprit. Madame « de Montespan elle-même, malgré le plaisir « qu'elle avait trouvé autrefois dans ces con- « versations, les tourna après en ridicule pour «divertir le roi (1). »

11 était fort naturel, sans doute, qu'à la cour, où tant d'intrigues étaient toujours en action, soit pour la galanterie ou pour la fortune, on regardât comme oisifs les gens qui faisaient leur plaisir de la conversation; et que le roi et madame de Montespan, dans les ébats d'un double adultère, eussent besoin de donner un« nom ridicule aux personnes spirituelles, de mœurs régulières et décentes.

Durant la période de 4660 à 1670, plusieurs des personnes que nous avons citées, d'autres encore, ouvrirent elles-mêmes leur maison.

Telles furent madame Gomuel et madame de Coulanges. Le cardinal de Retz, habituellement retenu chez lui par la goutte, y recevait la plus aimable et la plus spirituelle

(1) Souvenirs de Caylus.

société. Madame de Sévigné en était Tàme : elle était, aussi, fréquemment chez le duc de la Rochefoucauld, et dans une étroite liaison avec madame de la Fayette.

Le comte de Brancas réunissait , aussi , du monde aimable chez lui, malgré cette infinnité de distractions rxmtinuelles dont madame de Sévigné cite des exemples fort divertissants, et dont la Bruyère a rassemblé une étonnante collection, sous le nom de Ménalque^ dans ses Caractères.

Aux noms de la Rochefoucauld, du cardinal de Retz, de Brancas, et des femmes de leur société, je me hâte de dire que Molière et Despréaux, si follement accusés de diriger leurs traits satiriques contre elle, s'empressaient d'y lire leurs ouvrages. On voit, en 1672, M. de la Rochefoucauld prier madame de Sévigné de venir entendre chez lui une comédie de Molière. Au mois de mars de la même année, c'est elle-même qui écrit à sa fille qu'elle a ménagé au cardinal de Retz, pour le samedi suivant, la lecture des Femmes savantes eile Lutrin de Despréaux. Louis Racine nous apprend que ce même Despréaux lut sa satire sur le Festiriy publiée en 1665, chez le comte de Brancas, en présence de madame Scarron et de madame de la Sabliè!-e, dopt nous parlerons dans un moment.

Dans la même période, on revoit la société et l'esprit de cette madame de Sablé, qui était de la société de Rambouillet dans son premier éclat, à qui Voiture écrivait des lettres si flatteuses en 1638, qui le traitait, malgré ses louanges, avec une grande supériorité de raison, et lui reprochait c/at^oir un amour-propre de femme. Nos biographes n'en parlent point; mais les Mémoires de Tallemant des Réaux, qui viennent d'être publiés, la vengent de cet oubli, à la vérité de manière à faire désirer qu'un autre chroniqueur la venge de ses injures. Tallemant parle d'elle comme d'une insigne câlin, d'une intrigante fieffée, dune janséniste outrée, d'une gounnande, d'une visionnaire, d'une maniaque. 11 ne lui connaît que des vices et des ridicules (1). Cependant,

(1) Une note de Téditeur porte quelle est nce vers 1608, et morte en 1678. Segrais la fait nailre en 1602. Diaprés une lettre de Voilure, dont la date est incertaine, mais qui est placée entre d'autres qui sont de 1038, et qui peut, parcelle raison, ch-c présumée do

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