‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 269 sur 359 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

on voit par une multitude de lettres adressées par le duc de la Rochefoucauld à madame de Sablé^ dans le temps qu^il complétait, conîgeait, soumettait à la critique les Maximes qu^il a publiées en 1665, que madame de Sablé les jugeait, et les modifiait très-judicieusement; on voit, de plus, qu'elle les soiunettait au jugement d'autres femmes célèbres, de ses amies, notamment à la maréchale de Schomberg, Marie d'Hautefort, alors âgée d'environ quaranle-neuf ans, anciennement l'objet de cette passion religieuse de Louis XIII, qui a été tant célébrée, et à son amie la comtesse de Maure; qu'elle rédigeait elle-même des maximes, ou , pour parler plus exactement, des observations sur la société e,t sur le cœur humain, observations dont il paraît que le recueil de la Rochefoucauld renferme quelquesunes; et, enfin, que cette dame avait de la fortune, une bonne maison, une excellente table, citée alors pour son élégante propreté ; qu elle donnait des dîners dans la maison qu'elle occupait à Auteuil; et que le duc de la Rochefoucauld allait souvent l'y voir. Cette dame, alors âgée, au moins, de soixante à soixante-cinq ans, d'une santé très-délicate, ne voyait du monde que chez elle ; et c'est» sans doute, pour cette raison, qu'il en est peu parlé dans les écrits concernant les grandes sociétés de cette époque.

Disons quelque chose de la comtesse de Maure, qui était l'amie de madame de Schomberg et de madame de Sablé.

On lit dans les Mémoires de mademoiselle de Montpensier, qu'en i658, pendant le séjour que fit la cour à Bordeaux, les beaux esprits ne bougeaient de chez la comtesse de Maure, Le marquis de Sourdis a fait d'elle un portrait merveilleux qui se trouve à la suite des Mémoires de Mademoiselle , parmi beaucoup d'autres portraits, dont la composition faisait partie des amusements de sa société. Mademoiselle a fait elle-même un autre portrait de la comtesse de Maure, sous le nom de reine de

la même date, elle serait née en tà85, au plus tard. Elle avait récemment eu la petite vérole. Voiture l'ayant revue quelque temps après, assure qu'il Ta trouvée aussi belle que quarante ans avant; si elle avait été belle quarante ans avant 1638, il faut qu elle soit née au moins quinze ans avant 1638, cVst àdire en 1383.

Miinie, dans l'histoire allégorique de la Princesse de Paphlagonie. a C'était une femme a grande, de belle taille et de bonne mine, a Sa beauté était journalière, par ses indisposi- <i tions. Elle avait un air distrait et rêveur, qui a faisait croire qu'elle méprisait ceux qu'elle a regardait ; mais sa civilité et sa bonté raca commodaient en un instant de conversation ce ce que les distractions pouvaient avoir gâté. « Elle avait de l'esprit infiniment , un esprit « capable, instruit , extraordinaire en toute a chose. Il fallait une grande i)oUtesse pour être a de sa cour ; car tout ce qu'il y avait d'hona néfes gens de tout sexe s'y rendait de tous a côtés,

«Elle ne vivait point comme le reste des « mortels; elle ne s'abaissait point à se régler a sur les horloges... Elle était ennemie du a soleil.... Elle ne sortait jamais en plein midi; a elle ne se levait qu'au coucher du soleil, elle « ne se couchait qu'à son lever.

« Elle craignait extrêmement la mort, et avait « ce sentiment conunun avec la prînce^e Pa^ a ihénie , son amie (madame la marquise de c< Sablé), qui avait des frayeurs de la mort au « delà de l'imagination.

a Leurs conférences ( de la comtesse de

« Maure et de la marquise de Sablé) ne se fai-

(c saient pas comme celles des autres. La ceinte

« de respirer un air trop froid ou trop chaud,

a l'appréhension que le vent ne fût trop sec ou

« trop humide, étaient cause qu'elles s'écri-

« vaient d'une chambre à l'autre. Si on trou-

« vait leurs lettres, on en tirerait de grands

«avantages... On apprendrait toute la poli-

« tesse du style et la plus délicate manière de

«parler sur toute chose... Elles ont su les

« affaires de tous] les États du monde, toutes

« les intrigues des particuliers, soit de galan-

.« terie ou d'autres choses, où leurs avis ont été

« nécessaires... C'étaient des personnes par

« les mains desqueH'es le secret de tout le

« monde avait à passer. La princesse Parthénie

« (madame de Sablé) avait le goût aussi délicat

« que l'esprit; rien n^égalait la magnificence

« des festins qu'elle faisait : tous les mets en

« étaient exquis, et sa propreté a été au delà

« de tout ce qu'on peut imaginer. C'est de leur

« temps que l'écriture a été mise en usage. On

« n'écrivait que les contrats de mariage ; à^

« Ifi/freSy on n'en entendait pas parler. »

Page 1