‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 270 sur 359 · CHAPITRE X^IU · texte numérisé non relu

CHAPITRE X^IU

Vers ^665, parut dans le monde une femme d'un autre genre, moins brillante, mais probablement plus aimable. C'était madame de la Sablière. Mariée à l'âge de dix-sept ans avec un honune riche> spirituel et fort répandu ;

belle, spirituelle elle-même et bien élevée, sa société fut bientôt recherchée. Quelques écri-

* vains du temps l'ont qualifiée de marquise ; c'est sans raison. Elle était née dans la finance, et se nommait mademoiselle Hesselin. Son mari était Antoine Rambouillet, fils d'un financier, qui n'avait de commun avec les d'Angennes, marquis de Rambouillet, qu'une grande fortune, amassée dans les affaires du domaine, et dont il dépensa une partie à construire une maison dite ia Folie de Rambouillet, sur le terrain de Reuilly, autrefois séparé du faubourg Saint-Antoine, et dont il ne subsiste plus que la porte d'entrée.

Cette maison réunit bientôt la meilleure compagnie. Le duc de Lauzun en faisait partie. Quand il fut nommé colonel général des dragons, il prit le frère de madame de la Sablière pour secrétaire. C'était aussi un garçon d esprit. Lauzun l'employa utilement aux affaires poUtiques dont il était chargé. Quand mademoiselle de Montpensier conmiença à sentir de l'inclination pour Lauzun, elle sinforma de ses habitudes au comte de Rochefort, dont il était l'ami : et « elle apprit, dit-elle, que Lauzun al- « lait quelquefois chez une petite dame de la (avilie, nommée madame de la Sablière, 11 <« fallait, dit la princesse, que madame de la a Sablière fût bonne à quelque intrigue, parce a qu'elle était vieille, laide, et avait eu quelque a galanterie (1). » Rochefort avait, sans doute, ajouté ces particularités mensongères pour ne point inquiéter Mademoiselle; car, à cette époque, madame de la Sablière n'avait que vingt-trois ans, était d'une beauté remarquable, pleine d'esprit. Quant à la galanterie, sa première jeunesse se ressentit des distractions de son mari; et l'on cite sa réponse à son oncle, qui lui disait : a Quoi ! toujours et toujours des amours? Mais les bêtes même n'ont qu'un temps pour cela. » Elle répondit : C^est que ce sont des bêtes. Mais bientôt, à cette effervescence ou à cette légèreté que la mode favorisait, succéda une de ces passions qui pla-

(I) MémoireB de Mademoiselle, t. VI, p. 69.

cent les femmes hors des lois générales, sans les mettre au-dessus. Madame de la Sablière s'attacha de toute son âme au marquis de la Pare, qui ne devint pas moins amoureux d'elle. Son amour dura plusieurs années avec une telle exaltation, que personne, dans sa société la plus intime, n'eût osé lui adresser un mot de la plus légère galanterie.

Madame de Sévigné l'appelait la tourterelle la Sablière (1). Dans une lettre du 4 août 1677 à madame de Grignan, elle rapporte la réponses de son fils à quelqu'un qui doutait de la perse" vérnnce de la belle Sablière : « Elle aime tou- « jours son cher Philadelphe ; il est vrai qu'ace fin de faire vie qui dure, ils ne se voient pas « si souvent : au lieu de douze heures, par a exemple, il n'en passe plus chez elle que a sept ou huit. Mais la tendresse, la passion, a la distinction et la parfaite fidélité sont toutf jours dans le cœur de la belle ; et quiconque a dira le contraire aura menti. »

La tendresse de madame de la Sablière n'empêcha pas l'infidélité de la Pare. Madame de Sévigné écrivait à sa fille, Iel4juillet4680 : « Vous me demandez ce qui a fait cette solu- « tion de continuité entre la Pare et madame de a la Sablière : c'est la bassette ; l'eussiez-vous « cru? C'est sous ce nom que l'infidélité s'est « déclarée ; c'est pour cette prostituée de basée sette qu'il a quitté cette religieuse adora- « tion. . . Madame de la Sablière regarda d'abord « cette distraction, cette désertion; elle exa- (c mina les mauvaises excuses, les raisons peu « sincères, les prétextes, les justifications émet barrassées, les conversations peu naturelles, « les impatiences de sortir de chez elle, les « voyages à Saint-Germain où il jouait, les « ennuis, les ne savoir plus que dire. Enfin, « quand elle eut bien observé cette éclipse qui a se faisait, et le corps étranger qui cachait « peu à peu tout cet amour si brillant, elle prit « sa résolution. Je ne sais ce qu'elle lui a a coûté. Mais enfin, sans querelle, sans repro- « che, sans éclat, sans le chasser, sans éclairée cissement, sans vouloir le confondre, elle ee s'est éclipsée elle-même; et, sans avoir quitté ee sa maison, où elle retourne encore quelqueee fois, sans avoir dit qu'elle renoncerait à tout, ee elle se trouve si bien aux Incurables, qu'elle

(I) Lettre du 19 août 1676.

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