‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 271 sur 359 · CHAPITRE XXIH · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIH

« y passe quasi toute sa vie^ sentant avec plai* « sir que son mal n'était pas conune celui « des malades qu'elle sert. Les supérieurs cr de la maison sont charmés de son esprit; « elle les gouverne tous. Ses amis vont la « voir; elle est toujours de très-bonne compa- « gnie. La Fare joue à la bassette. Voilà la fin « de cette grande affaire^ qui attirait l'atten- « tion de tout le monde. Voilà la route que a Dieu avait marquée à cette jolie femme... i>

Madame de Sévigné ne savait pas tout. La bassette n'était pas la seule cause du délaissement de madame de la Sablière. On voit dans une lettre de la Fontaine à mademoiselle Champmélé , de 1678^ que la Fare se partageait entre elle et le jeu. <x Tout sera bientôt « au roi de France^ dit la Fontaine ^ ei à tuoa demoùdle de Champmélé. Mais que font vos « courtisans ? car poiv ceux du roi, je ne m'en et mets pas autrement en peiné. Charmez-vous a Pennui, le malheur au jeu, toutes les autres a disgrâces de M, de la Fare ?... »

Je me suis un peu trop étendu , peut-être , sur les amours de madame de la Sablière ; mais de telles amours^ décrites par madame de Sévigné^ ne sont pas des longueurs.

X^ailleurs^ il s'agit ici de cercles, de conversations; et madame de la Sablière tient un rang considérable dans leur histoire : sachant ce qu'en pensait madame de Sévigné, nous entendrons mieux ce qu'en dit la Fontaine (i) :

Le nectar, que Ton sert au maître du tonnerre... C'est la louange, Iris. Vous ne la goûtez point; D'autres propos chez vous récompensent ce point :

Propos, agréables commerces.

Où le hasard fournit cent matières diverses ;

Jusque-là qu'en votre entretien La bagatelle a part : le monde n'en croit rien.

Laissons le monde et sa croyance.

La bagatelle, la science, Les chimères, le rien, tout est bon ; je soutiens

Qu'il faut de tout aux entretiens :

C'est un parterre où Flore épand ses biens; Sur différentes fleurs l'abeille s'y repose,

Et fait du miel de toute chose.

Voici l'idée que le poète nous donnera de la société de madame de la Sablière (2) :

(1) Fable !'• du livreX : les deux Rats, le Renard, et rOEuf ; Discours à madame de la Sablière, (î) Fable 16, liv. Xll : le Corbeau, la Gazelle, la

Je vous gardais un temple dans mes vm.... L'apothéose à la voûte eût paru :

Là, tout l'Olympe en pompe eût été vu Plaçant Iris sous un dais de lumière.

Les murs auraient amplement contenu

Toute sa vie I

Au fond du temple eût été son image, Avec ses traits, son souris, ses appas,

Son art de plaire et de n'y penser pas

J'aurais fait voir à ses pMs, des martdê Et des héros, des denU^ieux encore, Même des dieux : ce que le monde adore Vient quelqurfois parfumer ses autels.

Les mortels^ les héros^ les d^oii-dieux, les dieux dont parle la Fontaine^ comme composant la société de madame de la Sablière, étaient les Ghaulieu^ les Lauzun, les hocbefort, les Brancas, les la Fare, les de Foix, et, entre plusieurs étrangers illustres, Jean Sobieski, lequel fut depuis roi de Pologne, ùxbûielli disait d'elle et de Fabbesse de Fontevrault : « Elles entendent Horace comme nous entendons Vii^le. » Madame de Sévigné nous apprend (i) que Sauveur et Roberval, membres de FAcad^ie des sciences, lui enseignèrent les mathématiques, la physique et Tastronomie. Bayle lui rend ce témoignage, qu'elle était connue partout pour un des esprits les plus extraordmaîres, et pour un des meilleurs. Perrault et d'Olivet, l'un dans ses Homtnes illustres,'et dans son Apologie des femmes, l'autre dans l'Histoire de l'Académie ;FGai»' nelle, dans ses Œuvres diverses ; Amelot de la Houssaye, dans sa préface des Maximes de la Rochefoucauld, <Mit fait à l'envi son éloge. Avant sa liaison avec la Fare, elle se rencontrait habituellement en société avec mesdames de Sévigné, de la Fayette, Scarron, Goulanges. Louis Racine nous apprend qu'elle était chez le duc de Brancas quand Boileau y lut sa satire du Festin, en 1665. C'était l'année de son mariage. Elle eut depuis, en 1674, un démêlé littéraire avec le poète satirique, en qui se décela, d'une manière peu honorable, le genus irritabile,

La maison de madame de Goulanges était ouverte à moins de monde que celle de madame de Richelieu, mais elle recevait une so-

Tortue^ et le Rat. A madame de la Sablière. (Pabliêe en 1678.) (1) LellreôST.

Page 1