CHAPITRE XXIV
Suite de 1660 à 1670 (continuation de la septième période). — Influence de la société polie sur les moeurs générales et sur le langage. — Mots qu'elle éllmiBe de la langue.
Nous venons de passer en revue une nombreuse société qui n'est pas moins en opposition avec celle de la cour qu'avec les précieuses ridicules de la ville. Quels furent ses moeurs^ son esprit, son langage dans la période de 1660 à 1670? quel empire exercèrent sur elle les mœurs de la cour, Tesprit et le langage des hommes de lettres alliés de la
cour ; ou quel empire exercèrent-elles sur ces mœurs, cet esprit et ce langage? quels furent les avantages remportés, quels furent les sacrifices consentis de part et d'autre? quel fut, en un mot, le résultat du conflit dont ce temps fut témoin ?
Les réponses sont renfermées dans ce qui précède.
Toutes les fenunes que nous avons citées étaient honnêtes, spirituelles, aimables, de bon goût, exemptes de pruderie et d'afTectation. Madame de Sévigné en était le modèle. Toutes n'étaient pas, comme elle, sans faiblesse ; mais celles à qui on pouvait en reprocher étaient audessus de la galanterie, par une de ces passions que leur durée, leur sincérité, leur empire sur la réflexion et la volonté, font pardonner. Elles n'en étaient pas moins l'opposé des comtesse de Soissons, de^ princesse Orionna, des duchesse de Mazarin, des comtesse d'Olonne, des maréchale de la Ferté, et autres héroïnes célébrées parBussy-Rabutin dans ses Amours des Gaules.
Que pouvait sur des femmes d^élite l'exemple des femmes perdues? Entre les premières et celles-ci, était tout Tîntervalle qui sépare l'aversion et le dégoût, du penchant à imiter et à ressembler.
Que pouvaient sur elles ces tableaux satiriques qui représentaient des habitudes misérables auxquelles elles étaient absolument étrangères, l'affectation dont elles étaient exemptes, et que leur excellent ton rendait si choquante par le contraste?
Elles laissèrent user le cynisme de ces tabteaux, cynisme que ne sauvaient pas la gaieté et la verve du poète comique. Par cela seul qu'elles en détournaient leur attention, elles en éloignaient les esprits bien faits, conune aujourd'hui le dégoût du public pour les abominables farces, qu'on appelle le théâtre moderne, en amène sensiblement la chute et l'oubli.
Que pouvait sur elles le prestige de la coiu*? Pour elles, la cour était sans prestige. La plupart d*entre elles en faisaient partie; elles ne la voyaient pas avec les misérables préventions d'une bourgeoisie toujours émerveillée de ce qui vient de ce côté.
Et tandis que les mauvaises mœurs et le langage grossier constataient leur impuissance