‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 275 sur 359 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

poli (I) : i)ersonne ne les soufTrirait maintenant, ni dans un ouvrage de littérature, ni au théâtre, ni dans la conversation.

Bayle, qui, dans ses articles de critique historique, a souvent été obligé de les employer, fut accusé d'obscénité par Jurieu. Il se défendit par la nature de son ouvrage; mais il avoua que ces mots, dont on lui reprochait Tusage, étaient justement bannis de la conversation, et il souscrivit à leur réprobation.

Molière et Boileau ont, eux-mêmes, rayé dans leurs ouvrages quelques-uns de ces mots, d'après la critique qu'en avaient faite les gens du monde.

Boileau, en parlant de Régnier, avait dit :

Heureux si, moios hardi dans ses vers pleins de sel, 11 n*eùt jamais mené ses muscs au b....l !

Il a changé ces vers en ceux-ci :

Heureux si ses discours, craints du chaste lecteur, Ne se sentaient des lieux où fréquentait Fauteur !

Dans le Malade imaginaire , de Molière, le malade disait à un apothicaire : « Allez , mon- « sieur , on voit bien que vous avez coutume « de ne parler qu'à des es. » A la représentation suivante, il changea ainsi ce passage : a On voit bien que vous n'avez pas coutume de a parler à des visages, d

P. Corneille, dans sa querelle contre Scudéry au sujet du C/rf, répondit par un rondeau à un cartel que Scudéry lui avait proposé. Il finît ainsi ce rondeau :

Paris entier, ayant vu son cartel, L'envoie au diable, et sa muse au b....l.

Ce terme grossier, dit Voltaire, n'est pas tolérable (2).

Remarquons, à cette occasion, qu'avant le milieu du dix-septième siècle, le mot obscénité n'était pas français. Molière le prête à une précieuse, dans sa Critique de l'École des femmes, au sujet de la scène où Arnolphe interroge Agnès sur ce que son galant lui a pris : a II y a là, dit Gliraène, une obscénité qui n'est « pas supportable. » Élise est étonnée du mot: tf Comment dites-vous ce mot-là? — Obscénité,

(I) Voir la note à la suite de aH ouvrage. {2) Pièces n la suite du Cid.

«madame. -^ Ah! mon Dieu! obscénité : je a ne sais ce que ce mot veut dire , mais je le « trouve le plus joli du monde. » Pourquoi ce mot, aujourd'hui un peu vieilli, était-il nouveau du temps de Molière? C'est qu'il venait de se faire un changement dans la langue ; c'est que l'usage de la bonne compagnie en avait récemment banni nombre de mots et de locutions auxquelles il avait fallu donner un nom distinctif qui en marquât la réprobation. Jusque-là, les choses obscènes n'avaient été réprouvées que par la morale religieuse , qui les avait qualifiées d'impudiques. Quand Yàounéteté de mœurs se constitua aussi un tribunal et une juridiction, ce qui s'appelait impudicité à l'église, s'appela obscénité dans la société polie.

Et pourquoi Molière était-il mécontent de l'introduction du mot qui exprimait la réprobation de certains autres mots? c'est qu'il était mécontent de les voir éliminés de la langue. La bonne compagnie avait donc exercé sur la langue une autorité à laquelle l'autorité de Molière n'avait pu la soustraire.

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