‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 277 sur 359 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

a anssi parié dans ses Mémoires^Bt qui ont été longuement décrits dans ceux de la princesse Palatine, d'après les monuments de l'époque : ce sont ces mêmes amours contre lesquels l'éloquence de Bourdaloue a tonné le jour de Noël 1687, dans un sermon prêché devant le roi y qui le lendemain exila plusieurs jeunes gens de la cour : fait cité dans V Abrégé chronologique du président Hénault. Il serait difficile, peut-être, de concevoir comment les mœurs de la capitale seraient revenues de leur débordement, lorsque le désordre de la cour avait passé toutes les bornes. Mais Fexcès de ce désordre même avait concouru à en amener le terme , et la société polie avait marqué le moment d'une réforme, pour les mœurs générales comme pour celles de la cour et du monarque même, dont l'exemple leur était si funeste.

Entre les femmes honnêtes , spirituelles et polies, que nous avons remarquées à la fin de la période précédente, une doit faire la gloire des autres et assurer leur triomphe. C'est Françoiêe d^Aubigné, qui fut depuis madame Scarron, et finit sous le nom de marquise de Maintenon.

En 4670 , son histoire et celle de la bonne compagnie se confondent avec l'histoire des mœurs de la cour et celle du roi lui-même. Il es^ ce me semble, curieux de savoir comment l'autorité de la société polie, la considération qu'elle donnait aux personnes qu'elle distinguait, celle qu'elle en recevait, celle qu'y sut acquérir madame de Maintenon, parvinrent, à l'aide des agréments personnels et par la conversation de cette femme célèbre, à opérer un changement total dans les mœurs de la cour; changement qui eût été trop heureux, si l'ambition des ministres n'eût jeté Tesprit du roi dans une extrémité opposée ; je veux dire dans l'aveugle dévotion. L'histoire de madamS de Maintenon comprend celle de sa société. Elle a de rintérêt par elle-même; il n'est pas indifférent à la morale de voir comment cette femme, née dans une prison, d'un père protestant, qui se ruina au jeu et mourut à la Martinique, où elle fut laissée en gage à un créancier par sa mère, obligée de venir chercher du pain en France; renvoyée à sa mère, à quatorze ans, par ce créancier, qui trouvait trop onéreux de la nourrir; devient à quarante-cinq

ans l'aoïie, la confidente d'un roi galant, pa^ vient à le détacher de ses maîtresses, ne voulant prendre la place d'aucune , et à quaniniehuit ans devient la femme de ce roi, phis jeune qu'elle de trois ans. La marche d'une teUe fortune m'a paru digne d'être étudiée. Elle ne peut être l'effet d'une ambition vulgaire, ni d'aucun des secrets qui sont à son usage, de l'hypocrisie, de Fintrigue, de la coquetterie; il faut en chercher la noble cause ailleurs.

Pour avoir une idée juste de madame de Maintenon, j'ai commencé par mettre en oubli tout ce que j*avais lu ou entendu sur son compte; les histoires de la Beaumelle, delaus de Boissy, de madame de Genlis, de madame Suard, d'Auger, de Voltaire même, et jusqu'à la biographie écrite par le biographe le plus exact que je connaisse, M. Monmerqué : j'ai, dis-je, écarté tout cela, pour étudier les documents épars dans les Mémoires de Saint-Simon , dans les diverses correspondances de madame de Sévigné et de madame de Maintenon elle-même (i).

Le duc de Saint-Simon a été un impitoyable détracteur de madame Scarron : et pou^ tant il n'a pu lui refuser quelques éloges. La violence de ses outrages ne le rendra que plus

(I) Ce travail n*a pas été de petite difficulté. Nooi avons deux éditions des lettres de Maintenon, roue de 17Ô6, l'autre de 1806. Dans ces deux éditions, om multitude de lettres qui étaient sans date dans le manuscrit, sont diversement ^.lacées par les éditeo». Ce n'est pas tout : plusieurs lettres sont décomposées, et les retranchements qu'on leur a fait subir fonneiit des additions à des lettres d*un autre temps, qui se rapportent à des faits d'une autre nature. Le mal est venu de ce que ces éditeurs ont été en même temps auteurs d'une vie de madame de Maintenon ; qu'ils ont composé leur biographie avant d'avoir assez étodié les lettres pour les mettre à leur véritable place; et qu'ensuite, ils ont arrangé les lettres dans l'ordre qui s'accordait ave«; leur composition, au lieu de composer d'après l'ordre des leUresbien vérifié. Si, par la méthode que j'ai suivie , j'ai découvert cae autre madame de Maintenon que celle dont nous avons été entretenus jusqu'à présent, je devrai celte satisfaction à un mérite que je n'ai la dureté de souhaiter à personne, mérite qui ne conviendrait point à des hommes dans l'âge de produire, et ne sied qu'à la vieillesse : c'est la patience. J'ai mis la mienoe à une grande épreuve en conférant toutes les dates exprimées avec les faits certains, et en tirant ensuite des faits certains la connaissance des dates omises.

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