‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 278 sur 359 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

croyable dans ce qu il dit d'honorable pour elle; et cette violence, trèi^ropre par ellemême à décréditer ses imputations^ Test encore davantage par le motif qui Texcite. Son animadversion pour madame de Maintenon provenait de l'élévation du duc du Maine au rang de prince du sang, élévation qu^il attribuait en partie au dévdoppement précoce et extraordinaire donné par madame de Maintenon à l'esprit naturel que Penfant tenait de sa mère. Le duc de Saint-Simon voyait, non sans raison, dans cette élévation d*un bâtard doublement adultérin, une atteinte portée aux droits de la pairie, à ceux des princes du sang, à ceux de la nation. Il se persuadait que Tabos du pouvoir, qui avait tiré du non^tre cet enfant, pour en faire on prince du sang et l'appeler an trône an défaut de princes légitimes, n'aurait qu^un pas à faire pour lui assurer la couronne au préjudice de tous les princes du sang, excepté le Dauphin et sa postérité. Il pensait, aussi, que le roi n'avait pas le droit de disposer de la couronne, et que, la dynastie régnante venant à finir, c'était à la nation seule qu'il appartenait d'en élire une auhre. Telles étaient les causes de l'aversion du duc pour madame de Maintenon. 11 la tenait, en quelque sorte, pour la complice d'un grand attentat, par les soins qu'elle avait donnés à l'éducation du duc du Maine. D'après ces observations, il est facile de comprendre tout ensemble l'exaltation du duc de Saint-Simon et son injustice. Voyons d'abord les imputations qu'il môle à ses griefs :

a Que penser, dit-il, d'une créole publique, a veuve à l'aumône de ce poëte cul-de-jatte « (Scarron),et de ce premier fruit d'un double <M adultère (le duc du Maine] rendu à la con- « dition des autres hommes, qui abusent de a ce grand roi au point qu'on le voit (1)? »

Madame de Maintenon ne fut ni créole , ni créole publique, ce qui signifie femme publique, ni à l'aumône.

Elle est née le 27 novembre 1635, dans la prison de la conciergerie de Niort, où son père était renfermé.

Son père, (instant d'Aublgné, était protestant; et sa mère, Jeanne de Cardillac, fille du

(I) Mémoires de Saint-Simon y t. XI, p. 23 K

conunandant du chAteau Trompette , était catholique.

Elle fut tenue sur les fonts baptismaux par François de la Rochefoucauld et la comtesse de Neuillan, fenmie du gouverneur de Niort.

Son aïeul était ce Théodore-Agrippa d'Aubigné, célèbre par son esprit et sa bravoure, par ses écrits et ses actions ; illustré par la confiance et l'amitié de Henri IV, prix d'un dévouement sans réserve, et par la familiarité que le [urince lui permettait avec lui, au risque de voir quelquefois Agrippa sortir des bornes du respect, et se permettre les saillies d'im camarade (i). 11 vécut et mourut zélé protestant, sans que la conversion de Henri le détachât de ce prince.

11 était fils d'un protestant d'un grand caractère, qui lui fit jurer, sur les cadavres suspendus aux potences d'Amboise, sous peine de sa malédiction, de ne point épargner sa tête pour venger les généreuses victimes de la plus abominable trahison. Le nom d'Agrippa fut joint à celui de Théodore, non, comme on l'a tant de fois répété, parce que sa mère était morte en lui donnant le jour, et qu'il était xgrèpariusy mais par l'analogie de sa condition de posthume et de proscrit avec celle du RcMnain Marcus Julius Agrippa, surnommé le Posthume, lequel fut proscrit par Tibère et tué à l'âge de vingt-six ans; cet Aprippa était petit-fils d'Auguste, et le dernier de sa descen dance mâle; le père de d'Aubigné voulut que le nom de ce Romain rappelât à son fils sa propre condition et son serment.

Ce nom, ce serment, les souvenirs de persécution religieuse attachés à ces circonstances, avaient fait sur l'âme du jeune Agrippa une de ces impressions qui, dans les familles, se transmettent de*génération en génération, forment.

(t ) • Une nuit qu'il étoit couché dans la garde-robe « de son mattre avec le sieur de la Fosse, il lui dit à

• plusieurs reprises : J^otre maître est wn ladre verd,

• et le phu ingrat mortel qu*U y aU sur la sur/ace de

• la terre. La Fosse » qui sommeilloit, lui demanda

• ce qu'il disoit. Le roi, qui avoit entendu d'Aubigné, « dit : Vous n'entendez pas qu'il vous dit que je suis « un ladre verd? De quoi d'Aubigné resta un peu u confus. Mais son maître no lui en fit pas pour cela « plus mauvais visage le lendemain ; aussi, ne lui en « donna-l-il pas un quart d'écu davantage. » Récit de d'Aubigné.

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