‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 279 sur 359 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

dans Fcsprit des enfants qui se succèdent, une idée fixe, autour de laquelle les premières notions et les premiers sentiments de morale se rangent et s'impriment en caractères ineffaçables (i).

D'Aubigné était d'ancienne noblesse, et connu pour tel (2).

La sœur de Constant d'Aubigné, madame de Villette, t^nte de Françoise, la tira de la prison de Niort; elle l'emmena dans son château, et réleva dans la religion protestante.

Constant d'Aubigné ayant été transféré au château Trompette, sa femme l'y suivit , et y fit venir Françoise, leur fille, pour la ramener à la religion catholique.

En 163), d'Aubigné sortit de prison; et n'ayant pas voulu abjurer, il alla à la Martinique. Il s'y ruina au jeu. Il y mourut. Sa veuve revint en France, laissant en gage , comme je Tai dit, sa fille, âgée de sept ans, à un créancier de son mari, qui se lassa bientôt de la nourrir, et la renvoya à sa mère.

Sa mère continua à Télever dans le culte qu'elle professait, et lui donna d'ailleurs la meilleure [éducation qu'elle put, dans l'état de pauvreté auquel elle était réduite. Elle lui faisait lire Plutarque. Mais ce n'était pas assez pour cette âme avide d^instruction, et pressée du besoin de s'agrandir.

Sa tante de Villette la retira une seconde fois chez elle, et la ramena au culte protestant, moins, il est vrai, par l'enseignement de sa doctrine, que par l'exemple de ses vertus et de sa piété.

Madame de Neuillaii, sa marraine, catholique zélée, se crut obligée de la tirer de la maison de sa tante hérétique : elle la trouva imbue des principes des protestants, et voulut la forcer à se convertir. Françoise résista. Madame de Neuillan n'épargna aucun moyen de l'humilier, pour la réduire à la soumission ; elle

(1) On verra qu'il se retrouva toujours quelque chose d'Àgrippa dans madame de Maintenon, si injustement accusée d'avoir favorisé la revocation de l'édit de Nantes.

(2) En 1706, madame de Maintenon écrivait à son frère, lettre CXVl de l'édition de Nancy : « Je n'ai pu « voir sans plaisir une généalogie de quatre cents ans,

• très-bien prouvée par des contrats de mariage. Il

• y a douze ans que M. d'Albret m'en avait dit quel- « que chose. »

chargea sa filleule des services les plus bas de sa maison, a Je conmiandais la basse-cour, a «dit depuis madame de Maintenon; et c'est « par ce gouvernement que mon règne a coin- « mencé. »

Madame de Neuillan plaç-a, ensuite, Françoise d'Aubigné au couvent des ursulines de Niort. Les ursulines ne la gagnèrent point au catholicisme.

Madame de Neuillan l'amena à Paris, et la confia aux ursulines de la rue Saint-Jacques, à qui elle croyait plus le talent de convertir qu'à celles de Niort. Là, on traita ce jeune esprit avec ménagement. Nulle contrainte pour les exercices du culte; on la laissa libre sur ce point. L'orgueil étant désintéressé, elle se laissa aller à ce que pensait et pratiquait le couvent , soit .par cette disposition à sympathiser avec des opinions générales, disposition qui formait un des traits de son caractère; soit par cette ambition d'estime, d'affection, de considération qui lui était propre aussi, et qui commençait à se développer en elle. Elle avait alors quatorze ans.

En se prêtant aux exhortations des personnes qui la pressaient de se convertir, elle disait : « J'admettrai tout, pourvu qu'on ne m'oa blige pas de croire que ma tante de Villette a sera damnée. »

Madame de Neuillan la faisait venir chez elle de temps en temps, et la conduisait dans quelques maisons de sa société , entre autres chez Scarron, où elle fit connaissance avec mademoiselle de Lenclos, qui n'était pas alors galante, et qui, née riche et noble, voyait encore la bonne compagnie.

Françoise perdit sa tante; quelque temps après, elle perdit sa mère. Madame de Neuillan, à la charge de qui elle restait, chercha à s'en débarrasser par un établissement.

Scarron l'épousa en 1651. Elle avait alors seize ans. Elle passa neuf années avec lui, dans une liaison qu'elle ne regardait pas conuoe un mariage. Depuis la mort de Scarron , elle écrivit à son frère : « Je n'ai jamais été mariée : « dans mon union avec Scarron le cœur entrait « pour peu de chose , et le corps, en vérité, « pour rien (1). » Et Scarron, avant de l'épouser, disait à ses amis : «Je lui apprendrai bien

(1) Suivant Auger, Scarron n'aurait épooscFran-

Page 1