‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 280 sur 359 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

des sottises^ mais je ne lui en ferai point.» Scarron était d'une famille parlementaire; il recevait che2 lui bonne compagnie. Sa femme en attira une meilleure encore^ se fit aimer et admirer par des personnes du premier rang^ qui l'attirèrent dans l^ur maison^ notamment le maréchal d'Albret; il était devenu amoureux d'elle n'étant encore que comte de Miossens; il la fit connaître à la maréchale^ dont elle gagna la confiance et la tendre estime.

A la mort de Scarron, sa veuve se trouva dans le besoin. Il n'est pourtant point vrai qu^elle fut réduite à la charité de la paroisse Saint-Eustache, comme le dit le duc de Saint- Simon, qui ne lui épargne aucun outrage. Les amis q\i'elle s'était faits dans le premier rang de la société lui restaient. Le maréchal d'Albret^ alors comte de Miossens, lui avait fait la cour^ et n'avait pas réussi; mais il avait conçu pour elle une estime et une tendresse qui ne finirent qu'avec sa vie, plus de vingt ans après. Le duc de Saint-Simon a lui-même remarqué madame Scarron dans la maison de cet ami, la meilieure et la plus grande maison de Paris, dit-il, et où abondait la compagnie de la cour et de la ville, la plus distinguée et la plus choisie. Madame d'Albret avait, aussi, la plus tendre affection pour madame Scarron, et voulait qu'elle fut toujours avec elle. Madame Scarron accompagnait habituellement la maréchale au spectacle. A la mort de Scarron, madame d'Albret et madame de Richelieu offrirent à Penvi un logement dans leur hôtel à sa veuve, qui préféra de se retirer dans un couvent.

U parait qu'après y être restée quelque temps, elle prit un petit logement rue Sainte Jacques, et qu'elle y fut meublée par ses amis. Elle parle, dans son xi« entretien, du temps où elle n'était meublée que de meubles d'emprvnt ; et dans le i v% on voit pourtant que les gens de sa société allaient la visiter. « Quoique a j'aie éprouvé de la pauvreté, et passé par des a états bien différents de ceux où vous me a voyez, j'étais contente et bienheureuse, j'é- « tais libre. J'allais à l'hôtel d'Albret ou de a Hickelieu, sûre d'y être bien reçue et d'y

çoise d'Aubigné qu'en 1658, à l'âge de vingt-trois ans, puisqu'il suppose que Scarron, mort en 1660, mourut deux ans après son mariage. (Vie deMuintenon, p. 41 .)

« trouver mes amis rassemblés , ou bien de les « attirer chez moi en les faisant avertir que je « ne sortirais pas (i). »

Quelques mois après la mort de son mari^ elle refusa d'épouser un homme de qualité, à qui ses amis lui conseillaient de s'unir. Dans ce temps-là aussi, le cardinal d'Estrées , célèbre par ses galantes magnificences, lui avait déclaré de tendres sentiments, auxquels elle refusa toute attention.

Ce fut dans cette situation qu'elle connut par expérience ce que vaut la considération. Ce fut alors que le désir de la conserver et de rétendre, devint en elle une passion qui a formé le trait saillant de soi^ caractère.

Nous verrons, en plusieurs occasions, qu'elle déclare cette ambition; qu'elle s'accuse d'être une glorieuse; que madame de Sévigné se sert de cette expression pour peindre son caractère. Elle était en effet une glorieuse; il est sûr qu'elle l'était, parce qu'elle devait l'être, parce que c'était une des conséquences nécessaires de la position où elle s'était longtemps trouvée dans le monde. Petite-fille d'Agrippa d'Aubigné, gentilhomme français, compagnon et familier de Henri IV, mais dénuée de toute fortune, son nom lui ouvrit les meilleures maisons; devenue veuve, sans parents, ce n'était pas assez de son nom pour s'y soutenir au rang que son nom lui marquait; il fallait y être aimable. Elle ne manquait d'aucun moyen da l'être; elle le fut, et au suprême degré. Il ne suffisait pas encore d'y être aimable, il fallait rêU*e pour la société entière, et ne l'être pour personne en particulier; il fallait aimer tout le monde, pour être aimée de tout le monde; ne pas avoir d'amant, pour n'avoir pas d'ennemis; ne pas faire un heureux, pour ne pas faire vingt jaloux et mille détracteurs. C'est à ce prix qu'élaitla considération pour elle ; celte considération qui, dans le monde, devait lui tenir lieu de la fortune, si nécessaire pour en concilier un peu aux femmes sans mérite; cette considération qui, sans doute, ne met pas absolument au-dessus du besoin, mais, du moins, aide puissamment à en sortir, en fait toujours sortir sans déshonneur, parce qu'elle intéresse l'honneur même d'un grand nombre de nobles amis à préserver de tout aviiisse-

(1) Mémoires de Maintenon, t. VI, p. 170.

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