‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 281 sur 359 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

ment l'objet de leur affection et de leur estime.

Le secret de la prodigieuse fortune à laquelle s'éleva madame de Maintenon n'a pas été pénétré par tous ceux qui se sont ingérés de nous l'apprendre; ce secret n'a pas été, comme tant d'écrivains Tont supposé, une excessive ambition de richesses, de vains honneurs, de grandeur et de pouvofr, aidée par une dévotion hypocrite, par une intrigue savante et quelques charmes, dont une coquetterie raffinée augmentait Pînfluence. On fait, trop d'honneur à un but si commun et à des moyens si vulgaires, en leur attribuant cette prodigieuse élévation : le charme de la figure, les grâces du corps, les agréments extérieurs ont, sans doute, attiré les premiers regards du roi' et excité ses premiers mouvements dlntérêt.

Sans doute, aussi, rexcellence de l'âme , la finesse et la supériorité de l'esprit, qu'exprimait la physionomie de madame de Maintenon et que confirmait sa conversation , ont rendu plus profondes les impressions que son extérieur avait pu faire. Elle avait, sans dessein, exercé sur le roi l'influence du don de plaire, qui lui était propre et naturel; don si supérieur à l'art, et qui s'en passe si bien, et dont l'art ne peut se passer. Mais plaire, mais char^ mer, avantages que le temps use si vite et si généralement, ne suffisent pas pour expliquer une fortune qui a été treize ans en marche avant de parvenir au terme qu'elle a atteint. Il fallait, encore, à madame de Maintenon cette haute et solide considération qui prouve qu'on s'est toujoui-s respecté, qui autorise à prétendre au respect des autres, à l'espérer, à l'im

poser, et peut, sans étonner le cœur d'un amant, défendre sa passion.

Mais ce n'était pas tout encore : ime longue résistance, sans blesser d'abord l'amant passionné, peut avec le temps le lasser, l'humilier, l'irriter. Il fallait donc que madame de Maintenon joignît à ses avantages un vif amour pour le roi ; il fallait que le prince se crût, se sentît aimé d'elle; qu'il reconnût en elle une disposition à lui céder aussi pressante que les sollicitations auxquelles elle résistait, une impatience, une souffrance égales h celle qu'elle causait par ses refus; il fallait qu'elle eût besoin d'être consolée de ses propres rigueurs.

C'était là le complément nécessaire des moyens de madame de Maintenon : il ne lui manqua pas, elle aimait le roi d'un véritable amour.

On a généralement méconnu ce sentiment dans la conduite de madame de Maintenon, quoiqu'il y perce sans cesse; on a même contesté à son ftme la faculté d'aimer. Cependant, sans amour pour le roi, tous ses charnaes et toute sa vertu seraient restés loin du succès; peut-être même, ces avantages eussent-ils tourné contre elle.

Les éléments de la grande fortune de madame de Maintenon furent le don de plaii-e par son extérieur et son esprit, son amour pour la considération, son amour pour le roi, et dans cet amour un pénible respect d'ellemême. Dans cette réunion est la source de ses titres et de ses moyens.

Qu'il me soit permis d'observer un moment la puissance de ces moyens combinés.

L'amour de la considération est, comme l'amour de la gloire, une passion peu définissable. La considération, comme la gloire, n'a ni bornes, ni contours, ni confins, ni domaines déterminés. La gloire promet beaucoup, et ne garantit rien. Elle offre des dons sans mesure aux plus longues distances de temps et de lieux, dans des pays ou vous n'irez jamais, dans des temps que vous ne verrez point, et ne vous asBure pas un verre d'eau pour le moment où vous aurez soif : et, cependant, on a foi dans ses promesses. La, considération, plu§ réservée, promet moins, mais elle sert mieux; elle s'étend moins, mais elle veille sur vous. Toutefois, l'une et l'autre vous donnent des espérances indéfinies; c'est, à peu près, comme si elles les donnaient infinies; et c'est ce qui fait qu'on les ambitionne non-seulement comme moyen, mais comme but. Si elles n'assurent pas toujours des jouissances, il semble qu'elles les représentent, et que le mot qui les exprime est l'abrégé de toutes* Madame de Maintenon était profondément pénétrée de cette valeur de la considération'; elle en avait fait sa première idole, la puissante et noble régulatrice de sa conduite; c'était son égoïsme, le principe qui pressait, retenait, dirigeait tous les mouvements de son âme, tous les actes de sa vi»i.

Mais son amour pour le roi, qui la pressait encore plus, était le charme qui rendait cet

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