‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 282 sur 359 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

égoïsme intéressant, et excitait la sympathie de ramant quil maltraitait. C'était cet amour qui le vengeait, par la souffrance qu^il causait à l'objet aimé; cet amour de madame de Maintenon, qui demandait à Louis des consolations pour elle-même, sauvait sa retenue du reproche d'aversion, d'indifférence, d'orgueil, de défiance, d'artifice intéressé, de tous les griefs d'un amant malheureux. Il préservait le cœur du roi de toute inquiétude humiliante , et lui procurait même la merveilleuse jouissance de se montrer généreux consolateur de sa maîtresse en souscrivant tendrement à ses refus, el en lui exprimant le regret de lui en avoir causé le chagrin.

Qui pourrait se dire ce qu'il y a de charmes attachés à l'amour d'une femme qui plaît par son extérieur et par son esprit , et qui se respecte?

Il soumet les sympathies physiques à tant de sympathies morales et intellectuelles; il fait naître tant de désirs au delà du désir principal; il offre tant de points d'attaque et|de défense en même temps; il donne tant de jeu aux craintes et aux espérances; enfin, il arrête les progrès si près du but, et y rappelle si puissamment par l'effort môme qui en écarte, qu'il y a une distance infinie entre les sensations que l'art le plus exercé ou le naturel le plus facile et le plus aimable , peuvent donner à l'abandon, et les voluptés attachées à cette retenue mystérieuse qui domine les mouvements d'un cœur passionné. Non, rien n'égale la puissance d'une telle passion sur celui qui en est l'objet; rien n'atteint la profondeur des passions qu'elle inspire ; rien ne leur imprimera cette durée qui brave le temps, toujours si pressé d'amener leur fin.

Donnez à un soldat du talent, du courage, l'amour de la gloire, et une occasion : voilà un maréchal de France. Donnez à une femme le don de plaire, un peu d'amour, un grand respect d'elle-même affermi par l'ambition d'être con^'dérée, et voilà une impératrice de Russie, et une fenune légitime du plus puissant nn de l'Europe.

La première fois que madame ScaiTon vit le roi, elle fut frappée de sa beauté, de son air de grandeur. C'était lorsqu'il fit son entrée à Paris après son mariage, en 4660. Elle était alors âgée de vingt deux ans, et mariée à Scar-

ron. Elle écrivit une relation de cette entrée à madame de Villarceaux. Lorsqu'elle y vient à parler de la personne du roi , elle remplit trois pages de détails. Ces détails ont été remplacés par des points dans la lettre imprimée. On peut y supposer un peu d'exaltation, d'abord parce qu'ils ont été supprimés; en second lieu, parce qu'on trouve, dans le peu de lignes que les dévotes dépositaires des lettres de madame de Maintenon y ont laissées , une expression que je n'aurai sûrement pas été le premier à remarquer: «La reine, dit-elle, dut se coucher a hier au noir assez contente du mari qu'elle a cr choisi, »

Scarron avait une pension de 1,200 fr.; sa veuve, après en avoir inutilement sollicité la continuation près du cardinal Mazarin et du surintendant Fouquet, en obtint une de 2,000 fr. de la reine mère. Elle la perdit en 1666, à la mort de cette princesse.'

Elle en sollicita vainement du roi la continuation par des placets que rédigeait l'abbé Testu, qui se croyait l'héritier de Voiture. Elle prit alors la résolution d'aller en Portugal, où elle trouvait une place à la cour. Elle alla faire ses adieux à madame de Montespan , qu'elle avait connue chez la maréchale d'Albret, parente de la marquise. Madame de Montespan la détourna de son dessein , et se chargea de faire réussir près du roi la demande d'une pension.

La pension fut rétablie dans l'été de 1666, par la protection de madame de Montespan. Madame Scarron, annoncée au roi comme une femme agréable, fut admise à lui faire ses remercîments. Le roi lui dit ces paroles, qui me paraissent dignes de remarque : « Madame, je «vous ai fait attendre longtemps; mais j'ai a été jaloux de vos amis : j'ai voulu avoir seul a ce mérite auprès de vous. »

Le compliment, dit Auger, était délicat, mais il n'était pas sincère. C'est, dit-il, une singularité de plus dans la vie de madame de Maintenon , qu'elle a commencé par déplaire au monarque qu'elle a captivé.

Je crois, au contraire, et la suite apprendra qui d'Auger ou de moi a raison, que madame Scarron a plu très-sensiblement au roi dans sa première visite; que le compliment qu'il lui adressa non-seulement fut sincère, mais même inspiré par une secrète inclination pour elle, et

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