CHAPITRE XXVI
fut une première amorce , jetée par des espérances confuses de possession plus ou moins prochaine, à un cœur qu*il jugeait disposé à lui céder. De son côté, madame Scarron dut être émue des paroles du roi, de ces paroles qui ne purent être proférées sans l'accent et sans les regards qui en étaient laccompagncment naturel. Il me paraît présumable qu'elle ne les a pas entenduiîs sans émotion ; déjà la vue du roi Tavait frappée, et, peut être, disposée à. un sentiment profond. On peut, je crois, regarder la première entrevue du roi et de madame Scarron conmie Tépoque de la naissance d'un vif désir de se plaire réciproquement , désir qui n'a cessé de faire des progrès jusqu'à la certitude du succès, tout en traversant les nombreuses intrigues de galanterie, même d'amours, dont le roi fut occupé dix années.
En 1666, quand madame Scarron eut sa première entrevue avec le roi pour le remercier de sa pension, elle était âgée de trente et un ans : c'étaient trois ans de plus que madame de Montespan. Mais une vie toujours chaste et réglée lui avait conservé la fraîcheur de la jeunesse. Elle avait tous les traits du visage agréables et surtout la bouche, des yeux et un regard enchanteurs, une taille élégante, qu'elle conserva belle et noble jusqu'à cinquante ans. En 1650, quand elle parut dans le monde, à son retour de la Martinique, âgée de quatorze ans, on la citait sous le nom de la belle Indienne. A sa beauté elle joignait la grâce qui faisait passer dans ses traits, dans ses mouvements, dans sa parole, quelque chose de Tâme la plus douce, la plus sensible, et de l'esprit le plus sage et le plus délié.
Telle était madame Scarron quand elle reçut du jeune roi la réponse galante, dont il me semble qu'il serait raisonnable de suspecter le désintéressement plutôt que la sincérité, et dont on peut croire qu'elle fut émue, et, peutêtre, un moment enivréfe. Nous verrons, plus loin, ce qu'il faut penser d'un moment de froideur témoignée, plus tard, par le roi à madame Scarron.