CHAPITRE XXVI
^ tespan : ainsi, il faut que le roi jnc l'or-a donne. Voilà mon dernier mot. J*ai écrit, à a peu près, la môme chose à madame de Thian- « ges, et c'est une précaution que m'inspire la « prudence. Il y a trois ans que je n'aurais pas « eu cette délicatesse ; mais depuis , J'ai ap- « pris bien des choses qui me la prescrivent w comme un devoir. Et vous, me blâmerez- « vous aussi? »
Cette lettre, bien expliquée , jette un grand jour sur l'histoire de madame Scarron; tâchons donc de Pexpliquer clairement. Les personnes qui, jusqu'au U mars 167Ô, avaient parlé à madame Scarron de l'éducation qu'on voulait lui confier, n'étaient que des parents ou des amis particuliers de madame de Montespan. Le duc de Richelieu , le marquis de Louvois, étaient ses amis; le duc de Vivonne était son frère, madame de Thianges était sa sœur. Ces personnes n'avaient proposé que réducation d'enfants nés de madame de Montespan. On faisait Tnystère du nom du père; on voulait que l'éducation fût secrète. Tout cela était fort intelligible, et n'exigeait pas toute la sagacité de madame Scarron pour être fort clair dans son esprit. H s'agissait évidemment des enfants naturels du roi et de madame de Montespan. On faisait mystère de leur existence pour ne pas avouer un double adultère, parce que Ton craignait les avanies du marquis de Montespan , et parce que , les lois s'opposant à la reconnaissance d'enfants nés d'un commerce doublement adultère, il fallait avoir le temps de préparer, par quelques exemples, une éclatante infraction de ces lois en faveifr des enfants de madame de Montespan , qui ne devaient pas rester au-dessous de ceux de madame de la Vallière. Madame Scarron démêlait, certainement, ces particularités à travers les obscurités dont on essayait de les envelopper à ses yeux. Mais il était aussi trèsclair pour elle que c« qu'on lui proposait était un office de domesticité près de madame de Montespan; qu'elle serait à ses gages et à sa merci. Cette condition ne pouvait convenir à la petite-fille d'Agrippa d^Aubigné, le compagnon de Henri IV, qui osait dire de ce prince, sans le fâciier, quil était un ladre verd, parce qu'il n'était pas prodigue pour ses amis. Il était, aussi, très-clair pour madame Scarron que I issue de celte éducation clandestine d'enfants
réprouvés par les lois, qui, peut-être, ne seraient pas avoués par leur père , pourrait être de la dégrader, au moins de la déconsidérer aux yeux de cette noble société par qui elle était honorée et chérie.
Enfin, et c'était là le point le plus sensible, cet état de domesticité qu'elle accepterait dans la maison de madame de Montespan, la placerait au-dessous des regards du roi, de ces regards qu'elle avait trouvés si doux, et qu'elle se sentait autorisée à rappeler sur elle, par l'aveu secret de c« prince pour l'éducation de ses enfants naturels.
C'est dans ces considérations qu'il me semble raisonnable de chercher les vrais motifs des suppositions bizarres que renferme la lettre à madame d'Heudicourt, et des expressions pleines d'humeur sans conviction qui la caractérisent.
Et, d'abord, comment madame Scarron, certainement bien instruite des relations établies entre le roi et madame de Montespan, aurai t-«lle pu se persuader que madame de Montespan, séparée de son mari, avait d'autres enfants à faire élever que ceux de son commerce avec le roi?
Et ensuite, comment madame Scarron aurait-elle pu croire que si la maîtresse du roi avait eu des enfants d'un autre que lui, on se fût adressé à elle pour élever ces enfants destinés à être les rebuts de tout le monde; que les ducs de Richelieu et de Vivonne, et le marquis de Louvois, se fussent entremis pour procurer une gouvernante comme elle à d'ignobles bâtards?
Et les choses qu'elle dit avoir apprises depuis trois ans sur le compte de madame de Montespan, avaient-elles réellement occupé son attention? Ces choses étaient la liaison do la favorite avec Lauzun, des bras duquel elle avait passé, selon Biissy-Rabutin , dans ceiix^ de Louis XIV. H y avait deux ans que le bruit de c^tte liaison avait cessé, quand on proposa les deux enfants de madame de Montespan à madame Scarron, et l'un de ces enfants n'était pas encore né.
Ici je remarquerai encore une phrase, qui parait de peu de sens, et à laquelle j'en trouve beaucoup : a 11 y a trois ana que je n'aurais pas eu cette délicatesse. » Ces paroles signifient ; cr II y a trois ans, quand madame de