‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 287 sur 359 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

avait élc la pfemière idole ! Les bienfaits du roi, ses regards, unirent tous les sentiments de madame Scarron dans celui de la reconnaissance, et dans l'espérance confuse d'obtenir du monarque sa confiance , plus précieuse que ses plus grands bienfaits. Madame Scarron voyait dans l'estime et la confiance du roi, la pleine satisfaction de sa passion native et de celle que Tinstinct de la jeunesse y avait jissociée. Elle sentait d'avance que fixer les regards d un roi aimable et aimé des Français , d'un roi amant de la gloire, gage de leurs respects et de leur admiration, ce serait trouver tous les bonheurs en un seul. C'est ainsi que ses passions diverses n'en firent qu'une.

Un amour sage, élevé, éclairé, est d'une autre puissance que les amours fougueux, délirants, convulsifs; le foyer d'une passion élevée éclaire en même temps qu'il échauffe : elle mesure sa marche sur celle des circonstances qui assurent les espérances de succès. Une telle passion ne perd jamais de vue le but qu'elle veut atteindre; elle marche toujours, sans se presser, mais sans se détourner; elle sait attendre, mais ne néglige rien ; elle n'avance pas toujours d'un pas égal, mais ne recule j amais. Si elle n'avance pas vite , c'est pour se ménager le moyen d'aller loin. Ainsi marcha la passion de madame Scarron.

Persuadé que l'inclination du roi pour elle a été le premier motif de sa nomination à la place de gauvemante d'enfants naturels qu'il avait l'intention de reconnaître et d'élever au niveau de ceux de madame de la Vallière, je le suis aussi que le choix fut déterminé par un motif plus sérieux, et qu'il fut fait dans le même esprit que celui de madame de Montausier pour la place de gouvernante des enfants de France. Le roi trouvait dans madame Scarron une femme qui lui plaisait et une femme qui lui convenait. Pour la seconde fois, il choisissait en prince qui se res[)ecte, et veut assurer le respect public à sa famille; pour la seconde fois, il se décidait par l'estime; il rendait hommage aux principes d'honnêteté que sa conduite semblait braver. On voit, en cela, le fond de ce prince. La position de madame Scarron était honorable dans une société honorée. Elle était une des plus remarquables personnes de cette société d'élite qui avait remplacé la société de Hainbouillet. Elle avait fait connais-

sance avec madame de Montespan chez la maréchale d'Albret, et n'avait pa^ cessé d'avoir quelque relation avec elle. Elle étiiit intimement liée avec madame de Coulanges, madame de Sévigné, madame de Grignan, madame de la Fayette, avec toute la société de la Rochefoucauld. C'étaient mêmes idées, mêmes principes, mêmes habitudes; dans toutes, une vie régulière et décente, des mœurs chastes, un esprit orné, une raison cultivée, également opposée aux mœurs de la cour, à la pédanterie des précieuses outrées, et à la dévotion feinte ou réelle qui était le refuge de la galanterie repentante ou répudiée. Son mari lui avait fait cennailre mademoiselle de Lenclos, quand celle-ci était encore répandue dans la bonne compagnie; elle n'avait pas cessé d'avoir des relations de société avec elle; elle en avait d'habituelles avec mesdames d'Heudicourt, de Saint-Géran. Telle était la position de madame Scarron dans le monde. Sa nomination à la place de gouvernante fui donc honorable pour elle, pour la société dans laquelle elle vivait, et pour le roi qui Ty distingua. Ce fut un témoignage de l'honnêteté de mœurs, de la sagesse d'esprit, de la pureté de principes et de goût qui régnaient dans cette société, de la considération qu'y avait acquise madame Scarron, et du fonds de raison qui caractérisait Louis XIV.

Ici se place une observation essentielle : c'est qu'en 1669, quand le roi autorisa de premières démarches pour engager madame Scarron k se charger de ses enfants naturels, aucune apparence de dévotion ne se rencontrait dans la société qu'elle fréquentait; et j'ajoute qu'aucune apparence de dévotion n'avait atteint ni le roi, ni madame Scarron; de sorte que la gloire de sa désignation appartient tout entière à l'honnêteté des mœurs et à la bonne compagnie.

Je prends à tâche de fixer l'attention sur cette vérité et sur la date précise de 1669, parce que, postérieurement aux négociations, à la fin de 1669 et en 1670, nous voyons madame Scarron en correspondance suivie, et toute pieuse, avec un directeur spirituel, nommé Gol)elin, que quelques dévotes regardaient comme un saint, mais que madame Scarron traitait comme un sot.

Plusieui-s ont attribué cette piété de madame Scarron aux calculs d'une ambition hypocrite ;

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