CHAPITRE XiV
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plus d'argent fin que les i ^SOO^OOO fr. dti temps de Charies YU^ et^ parcmiséquent^ était nécessaire pour subvenir aux mêmes dépenses. C'était donc i,506;000 fr qu'Anne de Beaujeu demandait aux états.
Les états déclarent que « le peuple de France c( est prêt d'aider au roi de toutes lès manières « qui seront advisées par les trois états assem- <f semblés^ mais agrès qu'ils auront été duea ment informés (hs affaires dudit seigneur a roi. Hs requièrent être communiqué aux états « quels denier» sont nécessaires pour Centrete^ a nement des gem de gufrrey des pension^* y etc. « Os demandent que désormais^ en ensuyvant « la naturei/e franchise de France, et la docn trine du roi saint Louis, ne soient imposées a tailles ni aides, sans premièrement assembler « les trois états, éclairer les causes et néc**ssia tés, et qu^ les gens des trois élat.i y consen- « lent. »
La cour essaye de traiter la question avec seize députés qu'elle nomme dans les états. Les états rejettent cette méthode. Les seize députés nommés par la cour refusent leur concours.
Le connétable de Bourbon prend alors le parti de présenter aux états un tableau détaillé et motivé des dépenses militaires. Il offre de faire donner de plus amples explications par des capitaines expérimentés^ qui ont fourni le fond de son mémoire.
Les états ne se contentent point du tableau raisonné des dépenses de la guerre; ils demandent le tableau des recettes et dépenses du gouvernement, c'estrà-dire du produit des domaines^ tailles^ aides et gabelles^ et des dépenses de la maison du roi, des gages des officiers de justice et de finance^ et enfin des pensions ; ils pourvoiront aux besoins^ s'il y a insuffisance de revenus.
Les gens des finances apportent les rôles des recettes et dépenses. A peine les députés y ont jeté les yeux, que des clameurs s'élèvent de toutes parts. Les recettes sont dissimulées, les dépenses exagérées ! Les députés de Normandie, ceux des deux Bourgognes, offrent, du donudne royal dans leur provinœ, une somme double, triple de celle qui est portée en recette! La table de Charles VII, couvert de lauriers, blanchi dans les travaux, ne coûtait pas moitié de ce que coûte celle d'un prince qui n'a pas
quatorze ans ! La garde de c« prince est trois fois plus nombreuse que celle de Charles VII l Les officiers de finance sont innombnd)les, et plusieurs réunissent trois, quatre emplois! L'état des pensionnaires monte à neuf cents! etc.
Autre scandale. On remarque dans le rôle de la dépense un article de 1,200 livres (1) pour les préparatifs de la salle d'assemblée des états. L'entrepreneur Guillaume Poussinot, un vieillard présent à la séance, jette les hauts cris, demande audience, assure que son honneur est intéressé à relever cet article, et déclare qu'il avait d'abord disposé une salle à Orléans, qu'il a ensuite arrangé celle de Tours, le tout pour 560 livres (i), dont une partie lui est encore due!. .
Les états délibèrent. On écarte de la discussion des comptes manifestement infidèles. On se réunit à l'avis de voter pour Charles VIII la même somme qui avait été accordée au restaurateur de la monarchie, à Charles VU, c'està-dire 1,200,000 livres.
Sur cette offre, le conseil du roi est assemblé au Plessis-lez-Tours. La proposition des états donne lieu à de vives altercations entre les princes et les gens du conseil. Chacun voit l'abus dans les pensions de tous les autres, ou dans l'excès de ces pensions, auxquelles il attribue Textrême modicité de la sienne.
On convient, néanmoins, d'insister près des états. Le chanceliet vient leur faire une réponse péremptoire, sur le ton le plus modéré. Le roi, disait-il, en demandant 1 ,500,000 livres, au lieu de 3,500,000 livres que recevait son prédécesseur, ne demande réellement qu'une somme égale aux 1 ,200,000 livres qui se percevaient sous Charles Vil. On accorderait un quart moins à Charles VIII qu'à son aïeul, si l'impôt était borné à 1,200,000 livres; l'augmentation apparente n'est que dans la dénomination de la valeur des monnaies.
Il n'y avait point de réplique au fond de cette réponse, et rien jusqu'ici, dans l'expression, qui empêchât de raccueillu*; malheureusement le chancelier ajouta cette phrase : « Le « roi n'aurait-il pas eu cause et matière de
(1) 13,200 fr. d'aujourd'hui. Le marc d'argent était à 1 1 fr.
(2) 6,160 fr. d'aujourd'hui.
LOUIS XIÎ.
« maintenir le$ taxes en l'état qu'il les avait (c trouvées (1)?»
Ces paroles suffirent pour jeter les états dans lapins violente agitation. Quoi! s'écrie-t-on, le roi aurait cause et madère de maintenib des impôts non consentis ! Il poiura donc imposer 300,000 liv. au delà des 1,200,000 liv. que les états accordent! Il pourrait donc imposer le double, le triple !
Les nations se rassemblent séparément pour former chacune leur avis : elles sont d^opinions différentes sur la somme à voter. La seule nation de Paris consent d'ajouter 300,000 livres aux 1,200,000 livres qui étaient offertes, mais pour un an seulement. La nation de Normandie refuse opiniâtrement de rien ajouter aux 4,200,000 livres. Les autres natioAs varient du plus au moins; mais toutes s'accordent à ordonner que, quand le vote des états sera pré* sente au roi, Masselin, orateur'des trois ordres, réclamerait dans son discours contre les principes dangereux et faux qui ont été avancés par le chancelier. Remarquez qu'un seul orateur est chargé de parler au nom des trois ordres, et que cet orateur est un homme d'un commun état.
La cour prend le parti de négocier avec les membres les plus mfluents des nations opposantes. Le duc de Bourbon, et les membres les plus capables du conseil, se présentent à l'assemblée de la nation de Normandie. Les députés de cette province ne se rendent point ; plus ►entêtés que raisonnables, plus opiniâtres qu'éclairés, ils n'excéderont pas les 1,200,000 liv. consenties. As ajoutent (sages en ceci) qu'ils ne les accorderont même qu'à titre de don, ne pouvant consentir la continuation de la taille sans mériter Pexécration publique; ils déclarent que ceux qui entreprendraient de la lever, sans l'aveu des états, seraient coupables de concussion. Cette déclaration était très-fondée.
Les commissaires du conseil, choqués de ce discours, ne manquent pas d'opposer la doctrine la plus fausse à ce qu'il y avait de juste dans l'avis des Normands, et de l'exposer dans les termes les plus offensants. Un conseiller du prince s'écrie : « Vous voulez rogner les on-
(1) Garnier fait dire au chancelier : Le roi avait le droit de maintenir les taa^es, etc.
« gles au roi et lui compter les morceaux ! » — Trivialité dès lors banale.
a N'osant avouer ces* intentions criminelles, « vous mettez en avant des scrupules qui ne a vous tourmentent guère. » — Insolence de valets corrompus, qui ne conçoivent pas l'amour du bien public.
« Dans quel gouvernement le peuple est-il « dispensé de subvenir aux, besoins de l'État?»
— Dans aucun de ceux où FÉtat c'est le peuple ; dans tous ceux où l'État ce serait la cour.
— « Prétendez-vous former une république ? »
— Et vous, prétendez-vous méconnaître sous la monarchie le droit de propriété, d'où résulte celui de voter l'impôt?
a Votre dessein serait-il de rendre le peuple «avare?» — Non, mais de rendre la cour moins prodigue. « Indocile? » — Indocile au despotisme, sans doute. « Querelleur? » — On n'est pas querelleur parce qu'on n'est pas servilement prosterné. « Insensible au bonheur « de la patrie? » — La patrie, c'est la mère commune, dont les députés sont et dont les gens de la cour ne sont pas les représentants.
« Vous avez juré de défendre le peuple, et « non de le soustraire à l'obéissance. » — Ce n'est pas le soustraire à Tobéissance que de lui sauver la servitude et la spoliation.
« Vous avez juré de procurer le bien de la « patrie,' et non de saper l'autorité légitime et «les fondements de l'administration. » — L'autorité légitime n'est pas le pouvoir sans bornes. Les fondements de l'administration sont l'impôt librement voté, mesuré aux besoins de l^tat bien constatés et légalement reconnus.
« Nous voulons bien que vous sachiez que « plusieurs d'entre nous ont été d'avis que le «roi imposât 1,500,000 livres, sans attendre « votre consentement. » — Quoi! plusieurs, et pas tous ? Quoi ! malgré la contagion de la cour, vous n'avez pas été unanimes ? Plusieurs! et ce n'a pas même été le plus grand nombre ? 0 suprême puissance de la justice et de la raison!
« Nous ne croyons pas que personne ose « contester au roi le droit d'exiger de ses sua jets les secours absolument indispensables « pour la défense de l'État. » — Personne ne contestera au roi des secours que les représentants de tous auront jugés nécessaires, mais