‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 30 sur 359 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

bieo ceux qui n'auront été jugés tels que par des gens de la cour.

a Inutilement le roi serait-il revêtu du pouce voir suprême, s'il n'avait pas l'autorité de faire « plier sous le jôug du devoir ceux qui tendent o à s'en affranchir. » — Le devoir, c'est l'obéis-* sance à la loi , sans doute. Le pouvoir suprême est donc un pouvoir supérieur, non aux lois, mais aux réfractaires qu'elles rencontrent dans leur exécution.

« La seule considération qui nous ait empè- « ché d'accéder à cet avis a été l'intérêt du tf peuple, que vous entendez si mal. » — Pas si mal, à ce qu'il semble, puisqu'en ceci, du moins, vous l'entendez comme nous. « Et Tencc vie de prévenir les désordres, inséparables a d'une perception forcée f f> — Quelles paroles dites-vous là? Est-ce vous qui les proférez? Les entendez-vous bien? Ne voyez-vous pas que vous écrasez de leur poids tout l'échafaudage sur lequel vous êtes montés? Comment! vous reconnaissez qu*une perception forcée entraine des désordres inévitables ; que des désordres seraient inséparables d'une perception manquant de l'aveu des états! Cette perception serait donc un désordre elle-même. Il n'est donc pas vrai que Fautorité royale puisse la compter au nombre de ses prérogatives. La faculté d'imposer arbitrairement ne serait donc, pour la royauté, que le droit de se nuire à ellemême. Les députés n'attaquent donc pas plus les droits du trône quand ils s'élèvent conti*e la prétention d'établir un impôt arbitraire, que vous ne monti'ez l'absurdité de cette prétention, avouant que des désordres seraient inséparables de son essai.

L'orateur termine par quekpies phrases raisonnables :

a Le peuple vous désavouerait, dit-il, s'il «était instruit de l'odieuse quei*elle que vous « suscitez. B

Sans doute, le peuple n'aurait point avoué le refus des cent mille écus nécessaires pom* racheter la hausse nominale des monnaies depuis Charles Vil ; et, en cela, les orateurs du conseil avaientraison.

9 Qu'on prenne au hasard, ajoutent-ils, qua- « tre contribuables; s'il ne s'en trouve pas trois <f qui ne fassent éclater leur joie et leur recona naissance, nous consentirons que vous ayez « raison. » Voilà justement et uniquement ce

qu'il fallait dire ; des députés ne doivent pas être plus sévères que leurs commettants. C'est l'opinion générale qu'ils doivent exprimer : qu'ils l'éclairent quand elle hésite, c'est leur droit et leur devoir ; mais qu'ils attendent sa décision^ et ne prétendent pas la gouverner. Ils sont organes de la nation, et. non ses guides; ils sont ses représentants, et non ses magistrats. Si les gens du conseil s'étaient bornés à disputer pour leà 300,000 livres que leur contestaient les députés normands, nul doute que le refus obstiné de ceux-ci n'eût été désavoué par les autres nations ; mais l'orgueil et la servilité travaillaient encore plus les bons valets du conseil, que le besoin du trésor ne les pressait.

Les Normands n'en furent pas quittes pour les gourraades de l'orateur du conseil; il fallut recevoir celles du connétable duc de Bourbon, frère atné du sire de Beaujeu, mari de la régente, vieillard colère de son naturel,et offensé d'avoir pris en vain la peine de justifier les dépenses proposées pour l'état militaire ; ce qu'il avait fait de bonne grâce, il faut l'avouer, et d'une manière satisfaisante. « Je connais, dit-il « avec emportement, je connais le caractère et « les mœurs des vilains. S'ils ne sont opprimés^ <( ilfnvt qu'ils oppriment. Otez-leur le fardeau « des tailles, vous les rendrez insolents, mu- « tins, insociables. Ce n'est qu'en les traitant « durement qu'on peut les contenir dans le « devoir (i). »

Les Normands répondent ironiquement qu'ils vont faire part de ces arguments victorieux aux députés des autres nations, pour les déterminer à la soumission. Les députés des autres nations avaient cédé, tandis qu'eux. Normands, disputaient encore. Il fallut donc céder aussi.

Mais si les nations avaient cédé sur l'argent, et avec raison, elles s'étaient réservé d'attaquer l'opinion du chancelier, et d'établir les

(1) Garnier, d*aprè8 Masselin.

N'est-ce pas le discours du connétable qui a fourni à Racine le plus beau trait de celui que Joad prête aux flatteurs de cour, en s'adressant à Joas .'

BicDtAt ils vous diront que les plus suintes lois. Maîtresses du yil peuple, obéissent aux rois ; Qu*un'Foi n*a d*autre frdn que sa volonté même, Qu^il doit immoler tout à sa grandeur suprême, Qn^aux larmes, au travail, le penpie est condamné. Et d'un sceptre de fer veut être gouverné; Que s*U n'est opprimèj tét ou tard û opprime.

ÀA

i:ouis xit.

principes qui la condamnaient. Voici leur déliiMcation :

« Les états déclarent que, pour subvenir aux « gmÉH^afTaires du seigneur roi et soudoyer « ses gens d*armes, ils lui octroyerU pur wa- <( nière de don et octroy, et non autrement, et tt sans qu'on rappelle dorénavant tailles, uin* a don et octroy y telle et semblable somme que « du temps du feu roi Charles VII était levée et « cueillie, et ce, pourdetuc ans prochainement « venant tant seulewenf,

(c Item. .. pour lui complaire... lui accordent « 300,000 livres tournois, pour une fois seulece men', et sans conséquence de don et octroy, « pour son nouvel ctjoyeuxadvénementy etc.» Les deux articles qui suivent « supplient et rec< quièrent que le bon plaisir dudit seigneur a soit de faire tenir et assembler lesdits états i< dedans deux afis prochainement venant, en jtlieu et temps qu'il lui plaira; etqu^à celte a heure lesdits lieux et temps soient nommez, « assignes et déclarez.

« Car lesdits états n'entendent pas que doit re.snavant on mette sus aucune somme de « deniers tans les appeler, et que ce soit de a leur vouloir et consentement, en gardant et « observant les libériez et privilèges de ce « royaume (I). »

Masselin était chargé, comme nous Pavons dit, d'accompagner d'une harangue la présentation de cet arrêté au roi, et de réclamer contre la doctrine du chancelier. Les Normands ayant fait connaître les discours injurieux qui leur avaient été adressés, personne n'eut l'idée de modérer la véhémence à laquelle Masselin était naturellement disposé.

L'octroi de 1,500,000 livres ayant été rédigé, le sire de Beaujeu annonça que le roi se ren drait le lendemain à Tours, et tiendrait une séance. Un orage retint le roi au Plessis, mais les princes se trouvèrent à l'assemblée deséta*s. Masselin, qui s'étmt attendu à parler au roi, n'épargnait pas dans sa harangue « l'espèce a meurtrière des conseillers qui assiègent Vo- « re.ille des princes, et creusent un précipice « sous leurs pas; qui leur disent qu'ils peuvent « tout; qu'ils ne se trompent jamais; que leur « volonté est la règle suprême de la justice.

(1) Collection des clals généraux, t. IX, p. 387.

a Exterminez, disait-il au jeune monarque^ il extermmez promptement ces hommes con- (( tagieux qui gâteront votre cœur, infecteront « votre cour. » L'absence du roi ne changea rien à ces paroles; le duc de 'Bourbon et les gens du conseil reçurent en face la part qui leur en revenait.

Masselin passe ensuite aux droits de la couronne en matière d'impôts. « Si le prince, dita il, apprend qu'un tribut, même modéré, est « devenu inutile, il doit sur-le-champ en déii charger le peuple : il le doit; cest un devoir^ m non une grâce. Le peuple, dans une monar- « chie, a des droits et une vraie pbopbiété, « puisqu'il est libre et non esclave. »

Masselin, après avoir appliqué ces principes aux faits, termine par cette phrase : « Si nous m avons mis dans nos expressions de la force, « de rdpreté même, la matière l'exigeait : nous a ne pouvons nous en repentir. »

Quel fut le résultat de cette censure? La cour, non-seulement, s'empressa d'accepter l'octroi, à la condition dune convocation dans deux années, mais encore le chancelier crut devoir faire aux états une sorte d*excuse, au nom du duc de Bourbon et de l'orateur du conseil, qui s'étaient oubliés. Il le fit avec franchise, urbanité, noblesse, rejetant sur l'irritation trop ordinaire aux orateurs les paroles qui avaient pu blesser, a Le roi, dit-il, est content de votre a conduite. Cette nouvelle preuve de fidélité a vous assure à jamais sa bienveillance. Comme, (f dans les débats qui se sont élevés entre nous <c au sujet de l'impôt, nous avons rendu justice <c à vos intentions, de votre côté vous ne devez « pas vous offenser s'il nous est échappé des « expressions trop forte; et si nous avons fait a usage de quelques principes qui sont outbés « PEut-éTBE. Vous connaissez la méthode des <c orateurs; ils se servent de tous les moyens « qu'ils croient propres à servir leur cause, «sans s'astreindre à une exactitude scrupu-' a leuse. Aujourd'hui, ajoute le chancelier, que a nous sommes parfaiiement d'accord^ choisis- <c sez un certain nombre de députés qui puisce sent assister, en votre nom, aux délibérations a du conseil et à la répartition des sommes que a vous venez d'accorder au roi, en promettant " « d'ajouter, au bout de deux ans^ tout ce que les a besoins de CÉtat sembleraient exiger. » Ainsi les états étaient ajournés à deux ^n^^r

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