‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 307 sur 359 · CHAPITRE XXXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXL

a pas encore paru. » Sans doute^ on travaillait j à préparer Tesprit de la reine à If s recevoir , et on ne voulait pas quils parussent dans le nionde avant cette espèce d'adoption , d'un genre nouveau.

11 parait résulter de ces lettres , que les enfants habitaient encore la maison de Paris; que, cependant, Paîné, âgé de quatre ans, qui amusait déjà ses parents , était fréquemment amené à Saint-Germain ou à Versailles, par madame Scarron; qu'ainsi, le roi avait habituellement occasion de la voir, et n*avait plus besoin, pour s'en donner le plaisir , d'aller en cachette à Paris. Madame Scarron avait donc une raison de moins de tenir sa maison de Paris fermée; ce qui faisait qu'on la voyait un peu.

C'est aussi dans ces temps où les princes ne se montraient qu'à moitié, que le roi s'amusant à la campagne (à Clagny sans doute) à renverser à demi les fauteuils des dames, passa droit derrière celui de madame Scarron, en disant : Pour celle-là^ je n*oserais. Parole pleine de bienveillance et de considération (i).

Cependant, le 25 mai i674, madame Scarron écrivait de la cour, à Gobelin, une lettre qui demande un peu d'attention pour être entendue (2) :

a Je ne sais pas combien de temps je serai a ici (à la cour) ; j'y suis venue avec des dispoa sitions soumises qui durent encore ; et je a suis Tésolue y puisque vous Vavez voulu , de c< me laisser cx)nduire comme un. enfant, de a tâcher d'acquérir une profonde indifférence a pour les lieux et pour les genres de vie aux- « quels on me destinera, de me détacher de

(1) Cette anecdote ne peut être qu'antérieure à Tacquisition de Maintenon, puisque madame de Maintenon y est appelée madame Scarron, et ne peut être antérieure à l'époque où l'on a commencé à voir les enfants et la gouvernante à la cour.

(2) Cette lettre, du 26 mai, est évidemment mal placée parmi celles de I67ô, puisqu'on mois de mai 1675 madame Scarron était à Baréges. Elle est de 1674, durant le carême préch» pour la première fois par Bourdaloue, et de l'époque où les enfants étaient souvent amenés à Versailles, et où ils étaient près d'y demeurer. Cette lettre est certainement écrite de la cour, cela résulte de la dernière phrase : Le P, 'Bourdaloue fait ici des merveilles; la duchesse et moi nous le voyons tous les jours. Bourdaloue prêcha le carême de 1674. Ce fut le premier.

« tout ce qui trouble mon repos, et de chercher « Dieu dans tout ce que je ferai. Ce n'est pas « que je sois bien propre à une dévotion tout c< intérieure et toute de contemplation. Mes « premières vues m'y auraient peut-être con* « duite ; mais vous vous souviendrez, s^il vous a plaii, que vous voules que je demeure à la a cour, et que je la quitterai dès que vous me « le conseillerez... J'ai bien fait votre cour sur i< les soins que vous avez de nos enfants, et sur (f les dessins que vous avez imaginés pour les « fables d'Ésope; vous êtes fort bien avec eux. a Je crois aussi qu'ils mettent sur votre compte « la douceur qu'ils me trouvent présentement. « Dieu veuille que ce ne soit que sur le mien, c( et qu'en effet, la déférence que j'ai pour a vous, et l'envie de trouver du repos, ne soient « pas les motifs qui me fassent agir ! Le « P. Bourdaloue fait ici des merveilles; la a duchesse, et moi , nous le voyons tous les «Jours.»

Cette lettre est un exemple de ces entretiens où madame de Maintenon, sans malice, et peut-être en prenant le change sur elle-même, mue par un double instinct d'amour et d'honnêteté , se joue de Pesprit grossier de sou directeur, lui présente comme des griefs contre la cour, Pintérêt qui l'y attache, et comme dépit contre le roi, l'amour qu'il ressent et^ celui qu'il inspire, et se fait ordonner, conmie un sacrifice méritoire, de rester à sa cour. Ai-je besoin de faire remarquer cette promesse d'acquérir une profonde indifférence pour ces lieux de danger, et de se détacher de tout ce qui trouble son repos; promesse que suit la déclaration de son peu d'aptitude à une vie contemplative? Remarquerai-je le rappel de la volonté du directeur: vous voulez que je demeure à la cour? et enfin, ai-je besoin d'observer qu'à la suite de cette autre phi'ase,j> quitterai la cour quand vous me le conseillerez, accourt aussitôt celle-ci : j'ai bien fait votre cour sur les soins que votis donnez à nos enfants, ce qui veut dire : Je quitterai la cour quand vous me le conseillerez; mais je vous y établis si bien, que vous ne me le conseillerez pas?

Dans le mois d'avril, madame Scarron, sous le nom de marquise de Suger , conduisit, comme son fils, le duc du Maine à Anvers, près d'un empirique qui devait rétablir la jambe de cet

GHAPn HE XXXÎ.

enfant dans Tétat naturel. Alors elle n'était point encore assez bien avec le roi pour être mal avec madame de Montespan. Elle lui écrivait d'Anvers^ le 18 avril 1674 (i) : a Madame^ « noire voyage a été fort heureux^ et le prince «t se porte aussi bien que la marquise de Su- «ger, tous deux également inconnus, tous a deux très-fatigués^ tous deux fojrt surpris de <r ne pas trouver ici vos ordres. Nous les at- « tendons avec impatience. Il fait ie même « temps que nous avons eu dans la route, c'est- « à^re le plus beau du monde. Le prince est « assez gai. Il a bon appétit^ et dort tranquillec ment. Il est bien juste que je passe ici pour « sa mère, moi qui en ai toute la tendresse^ et a qui partage avec vous tous ses maux. »

A la même. Anvers , 20 avril i674 : « Matf dame^ le médecin visita hier le prince. Il « parla de fort bon sens sur son incommodité. « Il est tel qu'on vous Ta dit : fort doux^ simaple, point charlatan. Cependant^ je vous « avoue^ madame^ que j*ai de la peine à le lui «confier; mais il faut obéir. Il nous donne il encore cette journée pour nous remettre des a fatigues du voyage; demain^ il commencera a ses remèdes. Je souffre par avance de tout « ce que le pauvre enfant souffrira. C'est bien a à présent^ madame^ que vous auriez à me a reprocher de l'aimer avec excès. x>

Peu après le retour d'Anvers, les nouveaux princes furent^ enfin^ reçus chez la reine; alors on les établit^ avec leur gouvernante, à Versailles. Elle eut des entrées à la cour, et y trouva du contentement. Elle s'en exprime ainsi dans une lettre du 15 juin, à son frère : « La vie a que l'on mène ici est fort dissipée, comme tf vous savez, et les jours y passent fort vite. « Tous mes petits princes y sont établis^ et je a crois pour toujours : cela, comme toute autre a chose, a son bon et son mauvais côté :je a suis assez contfnte. Je me porte bien (2). »

C'est dans le même temps qu'eut lieu un premier don de i 00,000 fr., fait par le roi à la gouvernante. On en apprend le ipotif dans une lettre qu'elle adressa à la comtesse de Saint- Géran; lettre malheureusement sans date dans toutes les éditions des lettres de Maintenon.

(1) Cette lettre et la suivante sont datées de 1676 dans l'édition de Nancy.

(2) Xe/^r«,'édition de 1778, tl, p. 100.

a Vous voulez savoir, madame, ce qui m^a atr a tiré un si beau présent. La chose du monde <v la plus simple. On croit que je le dois à maa dame de Montespan ; on se trompe. Je le a dois au petit duc. Le roi s'amusant avec lui, a et content de la manière dont il répondait à « ses questions, lui dit : Vous êtes Inen raison* a nabte. — Il faut bien que je le sois, répondit « Tenfant : j'ai une gouvernante qui est la raies son même. — Allez lui dire, reprit le roi, « que vous lui donnerez ce soir 100,000 fr. a pour vos dragées. — La mère me brouille a avec le roi, son fils me réconcilie avec lui. Je a ne suis pas deux jours de suite dans la même a situation. x> La lettre finit par des plaintes sur Vassujetlùtsement, sur Vesclavage où elle est tenue, sur les obstacles qui s'opposent à cê qu'elle fasse rien pour ses parents et ses amis. Les ministres ne Técoutent point; elle ne peut rien, etc.

Madame Scarron prouve encore ici, ne fût-ce que par l'absence de toute expression de gratitude, qu'elle ne craint rien tant que le soupçon d'une secrète intelligence avec le roi. Cette appréhension qui conduit ou plutôt retient sa plume, toutes les fois qu'elle parle d'un bienfait du roi, est une des causes qui ont fait penser à un grand nombre de personnes que c'était une âme sèche, et uniquement capable d'ambition.

C'est dans le même temps encore, et probablement à ia suite du don fait par le roi , de son propre mouvement, que se rapportent les plaintes contenues dans deux lettres sans date, adressées par madame Scarron, l'une à l'abbé Gobelin, Pautre à la comtesse de Saint-Géran. Dans sa lettre à Gobelin, elle dit : a II se passe « ici des choses terribles entre madame de Mona tespan et moi : le roi en fut hier témoin ; et (c ces procédés, joints aux maladies de ses ena fants, me mettent dans un état que je ne peux tf soutenir. »

Dans la seconde, à madame de Saint-Géran, se lisent ces mots : a Tout ce que je souhaite- « rais serait de voir à madame de Montespan « un cœur fait comme le vôtre. Je serais la « plus heureuse personne du monde dans un (t pays où, pour peu qu'on ait de grandeur ^ on «en a toujours plus que de bonheur • . • J'ai beau « renoncer à tous mes goûts, à tous mes senti-

Page 1