CHAPITRE XXXt
a merUs, an m'accuse de choses horribles. » Plus loin : « On fera la Saint-Hubert à Yillersa Gotterets; on m'a donné 400 louis pour mes « habits. »
Ces lettres sont postérieures à rétablissement des enfants à Versailles^ c'est-à-dire à 1674. En effets pour que le roi fût témoin d'une querelle^ et pour que tnadame Scarron pût trouver quelque peu de grandeur dans sa situation^ et pour qu'elle fût du voyage de la SaintrHubert^ et que le roi lui payât ses habillements^ il fallait qu'elle fût en permanence à la cour, et qu'elle y eût sa place.
Que pouvait-ce être que ces choses horribles imputées par madame de Montespan à madame Scarron? qu'était-ce que ces choses terribles qui se passaient entre elles? Les choses terri-' bies, c'étaient des scènes de jalousie; les choses horribles qui étaient imputées à la gouvernante, c'était d'employer l'art, le manège, l'intrigue d'une femme galante, pour séduire le roi ; tandis qu'elle renonçait pour la paix à tous ses goûts, à tous ses sentiments.
C'est dans le même temps, encore, que madame de Montespan, d'accord avec madame de Richelieu, cherche à l'éloigner de la maison du roi en la mariant à un vieux due, assez malhonnête homme et fort gueux (1). «Ce ma- « riage, 9 dit-elle dans une lettre du 44 juillet, à Gobelin, « ne s'achèvera pas... J'ai assez de «c déplaisirs et d'embarras dans une condition « singulière et enviée de tout le monde, sans a en aller chercher dans un état qui fait le « malheur des trois quarts du genre humain, a Cependant , je n'ai pas rompu la négocia- « tion. »
Madame Scarron, riche de 100,000 fr., conçut l'ambition de posséder une petite terre. Elle ne désirait pas moins, peut-être, d'être séparée de madame de Montespan, que celle-ci d'être séparée de madame Scarron. Et, dans la même lettre, où elle parle de ce mariage projeté, elle dit à Gobelin : a J'ai une extrême en- « rie d'acheter une terre, et n'y puis parvenir. « J'ai prié M. de Montchevreuil de s'informer « de ce qu'il y avait à vendre. Voyez-le... point « d'affaire plus importante pour mon repos. Si « vous voyez madame de Richelieu, exciieirlà à « presser les gens de qui je dépens à songer
(1) Les commentateurs citent le duc de Villars.
a un peu à mon établissement. Ils no nie pa* « raissent pas aussi pressés de m'établir que (t je le suis de les quitter. U faut s'éclaircir do « leurs vrais sentiments à mon égard, eu leur a proposant quelque chose de présent et de a solide... Je veux que madame de Richelieu c voie la froideur et l'indifférence de madame « de Montespan sur tout ce qui regarde mes a afiaires essentielles. »
Une lettre, datée de Versailles, le 6 août, au même abbé Gobelin, ne laisse aucun doute sur la brouillerie des deux dames, et sur sa cause, et sur la mauvaise humeur qu*en avait prise le roi, fatigué de leurs altercations : a Les « froideurs qu'on {le. roi et sa maitreste) a (C pour moi ont augmenté depuis votre départ, a Mes amis, vous savez quels amis, s'en sont a déjà aperçus, et m'ont fait des compliments a sur ma disgrâce, d Cette apparence de disgrâce s'explique aisément. Le roi avait donné une marque de bienveillance à madame Scarron, la maîtresse le trouvait mauvais; elle maltraitait la gouvernante en particulier, et la calomniait dans l'esprit du roi ^ à qui elle reprochait de la rendre insolente et insubordonnée. Le roi, ou pour apaiser la favorite, ou pour la tromper , ou parce qu'il se persuadait qu'en effet cette glorieuse s'enorgueillissait de sa faveur, peut^tre aussi par un peu de disposition à prendre de l'humeur contre une résistance obstinée à des avances qu'aucune autre femme n'avait jusque-là rebutées, se laissait aller à une légère bouderie, à l'expression d'un léger mécontentement. C'est là ce que supposent les premières lignes de la lettre du 6 août. Ce qui suit s'accorde avec Tfaiterprétation que j'en ai donnée. « J'en parlai hier au matin à madame a de Montespan, et je lui dis que je priais le a roi, et elle, de ne point regarder la mauvaise a humeur où je leur paraissais être, comme « une bouderie passagère contre eux; que « c'était quelque chose de plus sérieux; que a je voyais , à n'en pouvoir douter, que j'éa tais très-n^l avec elle, et qu'elle m'avait « brouillée avec le roi. » Brouillée avec le roi! ce mot suppose qu'elle avait été en bonne intelligence avec lui ; l'indifférence ne se brouille point. « Elle me dit sur tout cela de très-maua vaises raisons, et nous eûmes une conversa- « tion assez vive, mais pourtant fort honnête a de part et d'autre. Ensuite, j'allai à la messe,