CHAPITRE XXXI
o et je revins diner avec le roi. » La brouillerie avec le roi n'était donc pas bien déclarée; c'était de la froideur et de lembarras de la pari du roi^ et rien de plus, a On rendit « compte (madame de Montespan, sansdaufe) « à M. de Louvois de ce qui se passait. » Ceci prouve la crainte que la favorite avait de déplaire au roi, en donnant lieu à l'éloignement de la gouvernante, a On me Tenvoya le soir, « pour me faire entendre raison ( pour me détourner du dessein de me retirer). Il me pair rut qu'il entendait les miennes. i> Comment un ministre courtisan n'aurait-il pas entendu les raisons d'une femme qu*il savait ne pas déplaire au roi ? « Je les lui expliquai peut-être € avec un peu trop de sincérité : vous savez « qu^U ne m'est pas possible de parler autre- « ment. La conclusion fut que j'emploierais CM encore quelque temps à tftcher de me rac- « comraoder de bonne foi. Je lui promis ce « qu'il voulut. » n y a de la hauteur et du dédain dans la complaisance de ces paroles. «Et madame de Montespan et moi devons « nous parler ce matin; ce sera de ma part tf avec beaucoup de douceur (douceur esi ià M pour indulgence). Cependant , je demeure « ferme dans le dessein de la quitter à la fin de « L'année. »
Ce peut être à cette époque que le roi dit à madame de Montespan : «Si elle vous déplaît, renvoyez-la ; » ce qui, sous l'air d'une déférence ou d'une concession, était au fond un défi.
Une lettre écrite de Versailles, à Gobelin, sans date, lui annonce un nouveau don du roi. a J'avais, dit-elle, une grande impatience de « vous apprendre que le roi m'a encore donné « 400,000 fr,; ainsi, en voilà 200,000 que>'at a à votre service, » Je prie de remarquer ce mot à voire service : il veut dire : Pour vous aider à me trouver une terre à acheter, ce «qui montre que Gobelin était un véritable agent de madame Scarron (1). « Je ne sais si vous êtes «content de cet établissement (de celte dot « pour mon établisÉement) ; pour moi, je le suis,
(I) Elle le remercie plas bas, dans une lettre, du soiû qu'il prend de ses affaires, et de VexactUude de ses comptes. « Je vous remercie de tous vos soins pour • nos affaires, et de Texactitude de vos comptes. Il y <« eu a encore un sur Toscan dont j'ai besoin , car «« j'en veux dresser un contrat de onze mille ccus, en « bonne forme. »
« et je changerai bien de sentiment si jamais « je leur demande un sou. Il me semble que « voilà du bien pour la nécessité, et que le reste « n'est plus qu*une avidité qui n'a pas de bornes, c II pe faut point dire ce nouveau bienfait, j'ai « des raisons pour le taire ; madame de Riche- « lieu et l'abbé (Teslu) le savent. » Ces raisons étaient de ne pas exciter de nouveau la jalousie de madame de Montespan. « Je suis réso- « lue d'acheter une terre auprès de Paris. J'atc tends des nouvelles de M. Viette pour en aller « visiter uue \i)... M. le comte de Vexin se c porte un peu mieux, le duc du Maine fait pi- « tié. Je partage en mère ses maux. Il est entre c les mains des médecins et des chirurgiens : c la moitié suffit pour le faire mourir. Je ne c change point sur l'envie de me retirer. Je suis c inutile ici pour moi et pour les autres. On « nourrit très-mal cet enfant... On écoute mes c conseils, quelquefois on m'en sait gré, souc vent on s'en fâche, jamais on ne les suit, et c toujours on s*en repent. o
On voit par cette lettre que le nouveau don de 100,000 francs est encore du propre mouvement du roi ; qu'il est fait àl'insu de madame de Montespan, à qui il faut le cacher; et qu'alors, le comte de Vexin et le duc du Maine étaient fort malades. Cette dernière ciroonstance accrédite l'assertion de la Beaumelle , sur le nu>tif et l'occasion du nouveau bienfait du roi. Voici ses expressions : « Le roi étant « entré chez son fils, la trouva seule (madame (f Scarron) avec le duc, qui avait la fièvre, et « qu'elle soutenait d'une main , mademoiselle « de Nantes qu'elle berçait de l'autre > et le a comte de Vexin qui dormait sur ses genoux. « Les femmes de service avaient succombé « sous la fatigue. Madame Scarron avait passé « trois nuits près de ces^enfants malades, et a elle croyait n'avoir encore rien fait. Le roi « lui envoya 100,000 btaics. »
Cette situation durait encore au mois de septembre suivant, et s'aggravait par la maladie de mademoiselle de Nantes. Madame Scarron la décrit elle-même dans une lettre à Gobelin, du 8 décembre : a M. le duc de Maine a encore (C eu la fièvre double-quarte. M. le comte de
(1) Ici, rédition de 1806 marque par des poinls qu'il y a une lacune ; je la remplis par ce qui se trouve dans l'édition de Nancy.