‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 315 sur 359 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

«r jours sa reconnaissance par les pas qu'elle a fait faire (1).

a Madame de Richelieu a reçu des lettres du tf roi si excessivement tendres et obligeantes, a qu'elle doit être plus que payée de tout ce « qu'elle a fait. »

Le roi^ dont l'amour s'était ranimé par l'absence ,* par la contradiction , et par l'ivresse d'une campagne glorieuse^ était bien aise que sa maîtresse fût toujours considérée à la cour^ et rentrée en grAce près de la reine. Nous ne tarderons pas à voir si c'était pour que la prétendue pénitente fût dédommagée d'un sacrifice héroïque, ou pour qu'elle fût en position de continuer son ancienne vie^ en se couvrant d'un voile imposteur.

Puis-je me dispenser, dans un ouvrage qui a pour objet l'histoire de la société d'élite^ de faire remarquer dans ces lettres de madame de Sévigné, des 28 juin et 3 juillet, la conformité des principes d'honnêteté dont elle et ses amies étaient animées, avec les principes religieux de Bossuet. C'était dans cette honnêteté, toute morale, que résidait la grande puissance qui devait ramener un roi dissolu à des mœurs décentes ; car la religion n'agit sur Louis XIV qu'après l'ascendant de la morale, aidée par les charmes de l'esprit et de la raison. Comment ne pas admirer la profondeur de raison et d'honnêteté qui caractérise le jugement de madame de Sévigné sur la situation de madame de Montespan^et sur les avantages qu'elle en peut retirer I Et quel style, quelle transparence, quelle modestie dans les paroles qui voilent le fond de la pensée !

Les choses ne devaient pas tourner comme l'évêque de Condom, madame de Maintenon, madame de Sévigné, et leurs nobles amies, l'avaient entendu. Voici comment M. de Bausset, dans son Hiscoire de Bossuet, s'exprime sur ce sujet (2) ;

a Louis XIV n'était pas encore revenu de a l'armée. Il n'avait pas encore vu madame de a Montespan, et déjà il avait fait parvenir ses a ordres à Versailles, pour qu'elle s'y trouvât « au moment où il y arriverait.

« Bossuet, averti d'un changement si im-

(1) Sotts-enlendez : Dans les bonnes gr&ces de la reine, et n'oubliez pas que le roi était à Varmée, (2)T.n, p. 71.

a prévu , crut devoir tenter un dernier ef* a fort (I). Il se rendit au-devant du roi, à huit « lieues de Vei-sailles, et parut devant lui. Il a n'eut pas besoin de parler : la tristesse relia gieuse empreinte sur son visage révélait a toute la douleur de son âme. Aussitôt que <i Louis XIV Paperçut, il lui adressa ces paroles a accablantes : I^e me dites rien; foi donné « mes ordres pour qu'on prépare au château a un logement pour madame de Montespan. »

Madame de Sévigné, dans une lettre du 24 juillet, raconte à sa fille l'arrivée du roi. « Le roi arriva dimanche matin à Versailles; la « reine, nuidame de Montespan, et toutes les a dames, étaient allées, dès le samedi, repren- <c dre tous leurs appartements ordinaires. Un a moment après être arrivé, le roi alla faire ses a visites. La seule différence^ c'est qu'on joue a dans ces grands appartements que vouscona naissez. » (Cette différence était fort grande pour les relations dintimité.) a Nous avons fort a causé à Pomponne. Une de nos folies a étéde « souhaiter de découvrir tous les dessous de « cartes des choses que nous croyions voir et « que nous ne voyions point, tout ce qui se « passe dans les familles où nous trouverions (c de la haine, de la jalousie^ de la rage, du a mépris, au lieu de toutes les belles choses a qu'on met au-dessus du pa.nier, et qui pasa sent pour des vérités (2). Je souhaiterais un c( cabinet tout tapissé de dessous de cartes, au a lieu de tableaux... "Nous trouvions plaisant c( d'imaginer que de la plupart des choses que a nous croyions voir, on nous détromperait. »

26 juillet. « La cour s'en va à Fontainebleau, a c'est Madame qui le veut. Il est certain que « l'ami de Quantova (le rot) dit à sa femme et a à son curé, par deux fois : Soyez persuadés « que je n'ai pas changé les résolutions que a j'avais en partant; fiez-vous à ma parole, et « instruisez les curieux de mes sentiments (3). »

3i juillet. « On devait partir aujourd'hui « pour Fontainebleau, où les plaisirs devaient

(1) Manuscrit de Ledieu.

(2) Ceci est relatif à l'apparente amitié de madame de Montespan et de madame de Maintenon, dont le public ignorait encore les divisions. Une lettre subaéquente nous apprendra que la vérité, qui était comme à Pomponne le 24 juillet, s'est répandue à Paris dios le mois suivant.

(3) C'était le bon billet de Ninon à la Châtre.

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