‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 317 sur 359 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

réges. Elle était informée de tout ce qui se passait. Elle se persuadait^ avec raison^ que la Uenveillance^ Tamitié même dont la marquise pénitente lui avait donné des témoignages au moment de leur séparation, laisseraient bientôt renaître les jalousies et les défiances de la marquise^ rentrée en faveur.

Le 27 octobre^ elle écrivait^ de Bagnères, à Fabbé Gobelin : a Ces agitations (elle parle de « celles que lui causait ia santé du duc du Maine) a ne sont pas les seules que je souffre. On me a tourmente du côté de la cour par des éclair- « cissements. Notre duchesse [madame de Bia ehelieu) me persécute pour y demeurer. Je « meurs d'envie d'en sortir; mais je voudrais <( n'y être point brouillée. Cela est difficile à c< accommoder^ et je passe ma vie dans des « troubles qui m'ôtent tous les plaisirs du a monde^ et la paix qu'il faudrait pour servir a Dieu. Voilà , à peu près , l'état où je suis . u assez indifférente^ d'ailleurs^ sur les événe- <c ments. Je crois que notre duchesse vous en « entretiendra; je voudrais que vous pussiez a tomber d'accord de quelque chose de précis. « Ma conscience est au même état où Vous « l'avez toujours connue, etc. »

Madame de Sévigné écrit à sa fille, le 3 novembre : «M. Boucherat a passé par Yéret. Il a a vu à Blois madame de Maintenon et M. du « Maine, qui marche : cette joie est grande. (( Madame de Montespan fut au-devant de ce a joli prince avec la bonne abbesse de Fonte- « vrault et madame de Thianges. Je crois « qu'un si heureux voyage réchauffera le cœur a des deux amies. x>

40 novembre. « Rien ne fut plus agréable t que la surprise qu'on fit au roi; il n'atten- « dait M. du Maine que le lendemain ; il le vit « entrer dans sa chambre, marchant, et mené « seulement par la main de madame de Main- « tenon : ce fut un transport de joie. M. de a Louvois alla voir en arrivant cette gouver- « nante; elle soupa chez madame de Riche- « lieu, les uns lui baisant la main, les autres « la robe ; et elle, se moquant d'eux tous , si a elle n'est bien changée; mais on dit qu'elle <( l'est. Madame de Coulanges revient : je n'en t( ai jamais douté. »

18 décembre. « Je suis étonnée de ce qu'on « m'apprend de madame de Maintenon. On <x dit qu'elle n'est plus si fort l'admiration de

« tout le monde, et que le proverbe a fait son « effet en elle : mon amie de Lyon (madame a de Coulanges) m'en parait moins coifTée. a La dame d'honneur même n'a plus les mêa mes empressements , et cela fait faire des « réflexions morales et chrétiennes à ma ped tite amie » (probablement madame de Vinsj belle-sœur de M. de Pomponne).

Les amies de madame de Maintenon, pc^rsuadées de sa faveur, croyaient trop facilement qu'elle en était enivrée; elle était ^ au contraire, très-occupée de ce qu'elle voyait de triste dans sa situation. Elle était l'objet des secrètes et tendres sollicitations du roi, et ne vouiaitpas y répondre; et madame de Montespan était de nouveau rendue aux habitudes de ce~ prince , pour qui le plaisir était un besoin. Une lettre que madame de Maintenon écrit à Gobelin, de Versailles, sans date, mais qui est de peu de temps postérieure à son retour des eaux, exprime la tristesse qu'elle éprouvait alors : a îl est vrai que j'ai été dans une extrême (c tristesse les premiers jours que j'ai été ici; « mais il me semble que j'en ai un peu moins a présentement... Je me fais des retraites a plus ou moins sévères, selon l'état où se- « ront mes affaires ; j'avais dans la tête trois a affaires, dont il y a déjà deux de faites : ce <c sont des avis que j'ai demandés et obtenus, tt et sur lesquels le roi me donnera quelque a somme : je ne sais pas encore ce que ce sera. u L'autre est un mariage pour mon frère. Je « deviens la plus intéressée créature du monde, « et je ne songe plus qu'à augmenter mon « bien ; mais ce n'est pas sans scrupule, et j'ai « de la peine, du côté de la cour, à presser « des gens de me faire des grâces, quand je >« pense que ce n'est que pour les quitter* Ceif pendant je m'y trouve plus résolue que jac( mais, et rien ne me parait si difficile que de Q demeurer dans l'état où je suis. »

Cette lettre est l'expression d'une mélancolie profonde. Elle est d'une femme souffrante qui,bien qu'exempte de jalousie, ne peut supporter l'aspect d'une liaison désordonnée, et si opposée à tous les avantages qu'elle espérait de sa raison, de sa vertu, et de ses soins pour le jeune prince dont elle était chargée.

C'est cette mélancolie qui lui rendait insup^ portables des empressements adressés à sa faveur apparente; c'est cette sorte de tristesse

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