LOUIS \H
Mais le fond de la question n'est pas ce qui doit nous occuper ici : ce sont les déclarations faites par Philippe de Poitiers ; c'est la profession de principes qu'il fait au nom de la noblesse et du clergé^ dont il était le défenseur ; c'est le sentiment dont il est animée et la chaleur avec laquelle il s'exprime : toutes circonstances propres à faire connaître les rapports existants, à la fin du quinzième siècle, entre les deux ordres d'exception et le conmiun état. Je vais transcrire textuellement les principaux passages de ce discours, qui nous a été conservé par Masselin, et dont le manuscrit repose à la bibliothèque du Rd. Cette citation fera voir à quel point la doctrine des gens du conseil était éloignée de Topinion, dès lors accréditée dans l'esprit de la noblesse même, concernant les droits du tiers état; et que le duc de Bourbon était un de ces hommes qui, surannés dès leur naissance, ont le malheur de vivre et mourir quelque cent années en arrière de leur siècle.
Le discours conunence ainsi :
a Je voudrais bien que l'avocat, qui vient de <c nous débiter tant de belles paroles, nous eût « dit plus clairement s'il croit que les députés <( du clergé et de la noblesse ont moins con- <( tribué au soulagement du peuple que les « députés du tiers état? Quelque hardi qui! <t soit, je ne pense pas qu'il osât avancer une « opinion si manifestement fausse et ab* o surde. »
Philippe de Poitiers tient pour offense la simple insinuation d'un doute sur le zèle des deux ordres d'exception, en faveur du commun état.
Il est si sûr qu'ils ont prouvé leur zèle, qu'il défie d'exprimer clairement ce doute.
On aime d'autant plus ce point d'honneur dans Philippe de Poitiers, qu'il manifeste le sentiment des deux ordres avec le sien.
Et il faut répéter ici que l'avocat Hennequin avait été injuste à leur égard : diabord, le cahier des états avait, été proposé, discuté, arrêté, rédigé en conunun. En second lieu, deux articles du discours prononcé au roi au moment de sa présentation, par M® Jean de Reli, chanoine de Paris, plébéien, élu et dépulé por ceux des trois états pour ce faire, prouvent que la noblesse et le clergé avaient fait cause commune avec le tiers état, non-seulement contre l'abus que l'on pouvait craindre du pou-
voir royal, mais aussi contre les grande et les prélats. Ils prouvent, et il est temps de le dire enfin, puisqu'ici la chose devient manifeste, ils prouvent qu'en i484 la noblesse, le clergé, le tiers état, n'étaient plus trois ordres distincts dans le système politique ; que les nobles et les ecclésiastiques se tenaient généralement pour gens de même aloi que les hommes du conunun état; qu'ils avaient senti le besoin de son appui pour se défendre des vexations dont il avait su se garantir ; que dès lors la nation^ sans être homogène, était une, et ne reeon* naissait, comme aujourd'hui, de distinction qu'entre les grands et... les forts.
Jean de Reli avait réclamé pour cette noblesse inférieure dont Philippe de Poitiers, chevalier sans seigneurie, et i)eut-être de fraîche date, faisait partie, contre les anciens sbi- GNEUBsqui refusaient d'acquitter les fondations faites en faveur des dmes du purgatoire^ et en faveur des indigents, dont ils étaient comme les assassins (comme néccUeurs et mvrdriers); il avait réclamé aussi contre les hauts et puissants seigneurs, qui opprimaient tes seigneurs d'un ordre inférieur, chose dénaturée, disait-il, et contre raison ; il avait réclamé ou déclamé, enfin, contre l'excessive dépense des grands^ qui était cause de la spoUation des petits; car, disait l'orateur, après prodigalité va ra^ pine, sa nourrice ^ et la suit partout. Voilà ce qui concernait les grands dans les^ doléances du clergé, de la noblesse et du commun état.
Voici ce qui concernait le haut clergé. Jean de Reli, chanoine de Paris, parlant au nom de cet ordre comme des deux antres ordres, s'était fortement élevé contrç les écarts du haut clergé, et particulièrement des abbés c(Hnmen* dataires. a Plus de règle, dîsaîl-il, plus de dis* a cipline religieuse dans les abbayes tenues en tt commende. £n cet ordre de la sainte Église, a il »'y a que désordres... On voit les laïques « meilleurs que les gens d^ Église^ etc. »
On ne s'étonnera pas, sans doute, du rapprochement des trois états à cette époqiie de notre histoire. Le brigandage était à son terme : la cour de Rome était odieuse et méf^sée ; la noblesse et le clergé du second ordre n'avaient donc rien de mieux à faire que de rentrer dans le sein du tiers état, dont ils étaient sortis. Sur baltemes dans deux classes qui voulaient les