‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 320 sur 359 · CHAPITRE XXXÏlî · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXÏlî

tère ; elle mettra en jeu tout ce que Tart de la galanterie aura de plus raffiné, d'abord pour nuire à sa rivale, ensuite pour plaire toujours plus qu'elle-même : elle disputera sa possession autant qu'il faudra pour en exalter le désir jusqu'à la passion. Elle aura ses impatiences, ses accès de jalousie, ses bouderies, ses colères; elle aura ses parures, ses artifices de toilette, ses illusions d'optique ; elle fera tout ce qu'a fait madame de Montespan, cet esprit toujours si vif, si brillant, si fécond en petits artifices, et jamais supérieur. Mais madame de Maintenon marchera autrement vers un i)ut plus élevé que ceux de la galanterie : ellcTeut être aimée, préférée, et respectée; t&che impossible à une femme galante. Elle ne veut point être maîtresse, mais amie d'un prince à qui il faut faire perdre l'habitude des plaisirs désordonnés, et apprendre ceux de Tamitié. Reprenons les faits dans Tordre où les documents les présentent.

Dans le mois de janvier, le roi eut l'occasion de dire un mot plus que galant à madame de Maintenon. Lui ayant demandé quel était l'opéra qu'elle préférait, elle se déclara pour Atys. Ahjsesi trop heureux, répondit le roi, en citant un vers de la quatrième scène du deuxième acte.

Au mois de mars, il partit pour l'armée de Flandre. On crut d'abord que madame de Montespan , qui devait aller à Bourbon, n'irait pas; ce qui persuadait que le retour du roi serait plus prompt qu'on n'avait cru.

En effet, madame de Montespan reste d'abord près de la reine : singulière situation pour toutes deux. Laquelle des deux fera la cour à l'autre ? sur quel pied l'épouse légitime, la mère de l'héritier de la couronne, serat-elle obligée à vivre avec la femme coupable qu'un double adultère met dans les bras du roi ? Verrons-nous l'impudence d'un côté, la résignation de l'autre, se tendre une main aussi familière que serait celle d une franche limiiié dans une parfaite parité de condition, devi^u et d'honneur ? Madame de Sévigné va nous appdrendre comment les choses se sont passées. Elle écrit à sa fille, le 29 avril 1676 : « La reine a été deux fois aux Carmélites avec « Quanta (madame de Montespan). Cette der- « nière se mit à la tête de faire une loterie ; a elle se fit apporter tout ce qui peut convenir

a à des religieuses; cela fit un grand jeu dans « la communauté. Elle causa fort avec sœur a Louise de la Miséricorde (madame de la Vala Hère ) ; elle lui demanda si tout de bon elle « était aussi aise qu'on le disait : iVo»,répondita elle, J« ne suis point aise, mais je suis con-- (c fente. Quanto lui parla fort du frère de Mona sieur (du roi) , et si elle voulait lui mander a quelque chose^ et ce qu'elle dirait pour elle, « L'autre, d'un ton et d'un air tout aimable, et « peut-être piquée dece style : Tout ce que vous a voudrez, madame, tout ce que vous voudrez, (T Mettez dans cela toute la grâce, tout l'esprit a et toute la modestie que vous pourrez ima-^ aginer(l). Quanto voulut ensuite manger ; c( elle donna une pièce de quatre pistolespour <i acheter ce qu'il fallait pour une sauce qu'elle a fit elle-même, et qu'elle mangea avec un « appétit admirable. Je vous dis le fait sans a aucune paraphrase, d

Les maîtresses de François I", de Henri II, les Châteaubriant, les duchesse de Valentinois, n'ont pas poussé Timpudence aussi loin.

Les complaisances de la reine suffisaient, sans doute, à l'orgueil de madame de Montespan , mais non à son amusement ni à sa vanité. Elle part pour aller se dissiper à Bourbon : c( Elle part seule, » dit madame de Sévigné à sa fille; « mais si elle avait voulu c( mener tout ce qu'il y avait de dames à la a cour, elle aurait pu choisir. »

Quelle était, pendant cette absence, la situation de madame de Maintenon? La cour s'était partagée entre elle et madame de Montespan; celle-ci avait pour elle les affidés qui comptaient sur l'habitude du roi jugée invincible ; l'autre, ceux qui comptaient sur son inconstance. Les gens du service, qui voyaient les choses de plus près, étaient généralement pour madame de Maintenon. Leurs empressements pour elle, après le départ de madame de Montespan , sont décrits dans la même lettre de madame de Sévigné. « L'amie a {madame de Maintenon) est encore plus a triomphante que celle-ci {madame de Mma tespan) : tout est conmie soumis à son em-

(1) Il est impossible de pousser l'impudence plus loin, que d'affronter tout ensemble, et la maîtresse qu*on a trahie et supplantée, et la reine qu'on a outragée et que Ton doit outrager encore.

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