‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 321 sur 359 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

« pire; toutes les femmes de chambre de sa «voisine (elle était logée tout près dn ma* H dame de Moniespan ) sont à elle. L'une lui a tient le pot à pâte à genoux devant elle; « l'autre lui apporte ses gants ; l'autre Peu- « dort. » Ainsi se passaient les choses pendant Fabsence de madame de Montespan.

Mais quel était le rôle de celle-ci ? Elle se donnait des airs de reine à Bourbon. Madame de Sévigné nous étale les hommages dont elle est Pobjet, dans une lettre du 17 mai : « Ma- « dame de Montespan est à Bourbon^ où M. de a la Vallière avait donné ordre qu'on la vint ha- « ranguer de toutes les villes de son gouverne- « ment : elle ne l'a point voulu. Elle a fait « douze lits à l'hôpital ; elle a donné beau- « coup d argent; elle a enrichi les capucins; a elle souffre les vigiles avec civilité. M. Foua cfàti^Vabbé Fouquet) et sa nièce (la seconde «fille du surin fendant) , qui buvaient à Bourtt bon, l'ont été voir. Elle causa une heure avec « lui sur les chapitres les plus délicats. Maa dame Fouquet s*y rendit le lendemain. Maa dame de Montespan la reçut très-honnôte- « ment, l'écouta avec douceur, et avec une « apparence de compassion admirable. Dieu <c fit dire à madame Fouquet tout ce qui se « peut au monde imaginer de mieux, et sur « l'instante prière de s'enfermer avec son « mari, et sur l'espérance qu'il avait que la « Providence donnerait à madame de Montes- « pan , dans les occasions, quelque souvenir « et quelque pitié de ses malheurs. Enfin , sans « rïen demander de positif, elle lui fit voir les « horreurs de son état , et la confiance qu'elle (c avait en sa bonté, et mit à tout cela un air <f qui ne peut venir que de Dieu. Ses paroles « m'ont paru toutes choisies pour toucher un « cœur^ sans bassesse et sans importunité. »

Dans le môme temps, que fait le roi'f II signale saprésence à l'armée de Flandre par quelques exploits. Il fait sauter la citadelle de Liège le 31 mars. Il se rend au camp devant Gondé le 21 avril j et prend cette ville le 28. Il prend Bouchain à la fin de juin, et quitte l'armée le A juillet^ pour revenir à Saint-Germain.

Le 8 juillet^ madame de Sévigné écrit à sa fille : « Le roi arrive ce soir à Saint-Germain, « et, par hasard, madame de Montespan s'y « trouve aussi le même jour. J'aurais voulu « donner un autre air à ce retour, puisque

(c c'est une pure amitié. » Le surlendemain , madame de Sévigné écrit à sa fille les détails de l'arrivée du roi : c< Le bon ami de Quanto a avait résolu de n'arriver que quand elle ar- « riverait de son côté , de sorte que si cela ne « se fût trouvé juste le même jour, il aurait «couché à trente lieues d'ici. Mais enfin tout « alla à souhait. La famille de l'ami ( U fa- (C mille royale ) alla au-devant de lui ; on « donna du temps aux bienséances, mais beau- « coup plus à la pure et simple amitié, qui oc- « cupa tout le soir. On fit hier une prome- « nade ensemble, accompagnés de quelques « dames; on fut bien aise d'aller à Versailles « pour le visiter avant que la cour y vienne. Ce « sera dans peu de jours , pourvu qu'il n'y «ait point de hourvari... L'ami de Qtmnto « arriva un quart d'heure avant Quanta ; et « comme il causait en famille, on le vhit aver- « tir de l'arrivée. Il courut avec un grand em- « pressement, et fut longtemps avec elle. Il « fut hier à cette promenade que je vous ai « dite, mais en tiers avec Quanto et son amie « [madums de"- Maintenon] ; nulle autre per- « sonne n'y fut admise , et la sœur ( ma- « davie de Thianges) en a été très-affligée. La « fenmie de l'ami (la reine) a fort pleuré. On « dit sourdement que si son mari partait, elle « serait du voyage. »

Au moment où le roi allait revenir de l'armée de Flandre, et où la saison des eaux finissait pour nmdame de Montespan, on avait agité à la cour la question de savoir si madame de Montespan y reviendrait (I). Madame de Gaylus résume ainsi la discussion : « Pourquoi « non? disaient ses parents et ses amis, même «les plus vertueux ; madame de Montespan, « par sa naissance et par sa charge, doit y « être. Elle peut y vivre aussi chrétiennement « qu'ailleurs. M. Tévêque de Meaux fut de cet « avis. Il restait cependant une difficulté : « madame de Montespan, ajoutait-on, parat-

(1) C'est vraisemblablement ici la place du souvenir de madame de Caylus, qui se rapporte au rapprochement des deux amants , quoiqu'elle ait tixé au jubilé de 1676 la séparation, qui a eu lieu à la semaine sainte de 1675. Elle aura confondu les prédications du carême de 1675 avec ce jubilé de 1676, qui ajouta, sans douta, aux motifs de religion, ou de respect humain , ou d^hypocrisie , qu'avaient présentés ces prédications.

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