CHAPITRE XXXm
a tra-t-elle devant le roi sans préparation? il « faudrait qu'ils se vissent avant de se renccma trer en public, pour éviter les inconvénients « de la surprise. Sur ce principe^ il fut conclu a que le roi viendrait chez madame de Mon- « tespan ; mais pour ne pas donner à la méa disance le moindre sujet de mordre, on con- « vint que des dames respectables et df*s plus it graves de la cour seraient présentes à cette « entrevue, et que lé roi ne verrait madame de a Montespan qu'en leur compagnie. Le roi «vint donc chez madame de Montespan, a comme il avait été décidé; mais insensible a ment il l'attira dans une fenéire; Ils se para lèrent bas assez longtemps^ pleurèrent, et se « dirent ce qu'on a coutume de dire en pareil a cas. Ils firent ensuite une profonde réoërenceà 0 ces vénérables matrones, passèrent dans une a au(re chambre; et il en avint madame la dun chesse d'Orléans , et ensuite. M, le comte de « Toulouse. x>
Madame de Maintenon avait prévu ce retour. Elle n*ignorait pas la correspondance qui^ nonobstant le jubilé^ s'était établie entre le roi et sa maîtresse. Aussi^ dès le 27 juin^ exprimaitrclle à l'abbé Gobelin un redoublement de vocation pour la retraite, et d'éloignement pour la cour, a Je désire plus ardem- « ment que jamais, écrivait-elle, d'être hors « d'ici, et je me confvme de plus dans l'opi- « nion que je ne puis y servir Dieu. Je vous en a parle moins, parce qu'il me revient que vous a dites tout à Tabbé Testu. Voilà un trait de a ma sincérité naturelle. x> Madame de Maintenon, non-seulement parle moins de sa retraite, mais elle ne veut pas, surtout, qu'on en répande le bruit. Ce n'était pas le cas de faire remarquer la sincérité de son reproche. On s'en convaincra en lisant sa lettre 37®, sans date, à Gobelin : a Vous traitez trop sérieuse- « ment mon reproche. Je ne vous soupçonne « point d'avoir révélé ma confession à Tabbé « Testu; mais il a appris par vous le dessein a que j'ai de sortir de la cour; c'est au delà de « ce que je voulais qu'il sût. Je vous prie de tf ne pas vous laisser surprendre par l'abbé, « qui est intrigant, fin, et adroit (i). » -
Madame de Montespan, toute contente, fait à madame de Maintenon des amitiés protec-
(1) Cette lettre se rapporte à celle du 27 juiu 1676.
trices. Madame de Maintenon veut toujours se retirer; elle écrit de Versailles à Gobelin, le i 5 juin au soir : a J'ai prié madame la daa chesse de Richelieu de vous dire tout ce « qui s'est passé ici. On m'a montré de la ten- « dresse (mada$ne de Montespan triomphante a y était disposée) ; mais, à vous dire la vérité, « on ne m'a pas persuadée, et je ne saurais a renoncer au projet (de retraite) que j'ai fait a avec vous : j'y envisage une douceur exa tréme ; et, quelque bons traitements qu'on a me fasse ici, j'y aurai de grands duigrius. a Demandez donc bien à Dieu ce que je dois a faire; et après qu'il vous faura inspiré, cona duisez-moi oiê il vous plaira... Mes compli- « ments à M. le Ragois. Je vous crois trop bon a Français pour n'avoir pas été ravi de ce qui il s'est passé, o [Eavi ne peut être là qu'ironiquement.)
Remarquez que madame de Maintenon ne dit pas à Gobelin : a Donnez-moi sur-le^hamp « votre avis sur ma retraite; mais : Demandez « à Dieu ce que je dois faire, et prenez du « temps pour me transmettre sa réponse, » Observez aussi que, le même jour, elle écrit à madame de Saint-Géran, mais franchement, sans lui demander conseil ; elle lui dit positivement et vivement ce qu'elle sent: «Je vous a l'avais bien dit que M. de Condom jouerait «f dans cette affaire un personnage de dupe. H o a beaucoup d'esprit, mais il n*a pas celui de c( la cour. Avec tout son zèle, il a précisément a fait ce que Lauzun aurait eu honte de faire, a II voulait les convertir, et il les a raccommoa dés. C'est une chose inutile que tous ces a projets. Il n'y a que le P. de la Chaise qui a puisse les faire réussir. Il a déploré vingt « fois avec moi les égarements du roi ; mais « pourquoi ne lui interdit-il pas l'usage des sa- « crements? il se contente d'une demi-con. « version. Vous voyez bien qu'il y a du vrai a dans les Petites Lettres. Le P. de la Chaise est « un honnête homme; mais l'air de la cour « gâte la vertu la plus pure, et adoucit la plus « sévère. »
M. de Bausset , dans son Histoire de BoS' suet, voit avec peine que madame de Maintenon se soit montrée en cette occasion peu équitable envers Bossuet : « Conunent, dit-il, « avec autant d'esprit qu'elle en avait, ne « s'est-elle pas aperçue qu'accuser un évéque