CHAPITRE XXXV
c4e des mœurs de la cour sur la société d'élite^ dont madame de Maintenon avait fait partie. On peut en juger par la correspondance de madame de Sévigné avec madame de Grignan.
Le libertinage du roi inspirait un dégoût général dans cette société : « Quand la débauche « et le dévergondage sont poussés à un certain «point de scandale» je suis persuadée» dit a madame de Sévigné^ que cet excès fait plus « de tort aux hommes qv^aux femmes. » Elle s'exprime ainsi à l'occasion d'un marquis de Thermes, qui l'avait fort assidûment visitée aux eaux de Vichy, et qui n'osa la revoir à Paris, « étant là sous le joug de la maréchale de a Gastelnau, sa jalouse maîtresse, qui avait si « bien renoncé aux bienséances^ lq[ue, malgré et son veuvage, elle ne prenait pas la peine de (S cacher ses grossesses... Mais laissons Thera mes sous sa férule,» dit-elle en finissant; « il If y aurait encore Wen des choses à dire d'une a autre vieille férule qui ne fait que trop pâti raitre sa furie, »
Madame de Maintenon était revenue, à la fin de septembre ou au commencement d'octobre, de Baréges. Ce voyage semblait d'abord n'avoi . oint eu de succès, et elle s'en affligeait à Maintenon. Mais il se trouva, dit madame de Sévigné, que le duc du Maine, remis de la fatigue du voyage, se portait mieux qu'on ne pensait. Le 20 octobre, elle écrit cette nouvelle à sa fille , en disant : « Il n'y a plus de <c chagrin présentement; mais tout est si peu « stable, qu'avant que vous ayez cette lettre, il <c y aura eu des nuages et des rayons de soleil . »
Madame de Sévigné voyait de loin , voyait juste, et du premier coup d'œil. Il arriva, en effet, que le roi, entre une femme qui l'exc^ dait de ses feintes ardeurs, et une autre qui le lassait par ses résistances, s'abandonna à son humeur avec toutes deux : Tune avait à souffrir des infidélités sans déguisement, l'autre des froideurs passagèrement affectées. Et les deux fenunes, ayant toujours quelque raison de s'accuser l'une Pautre de ce qu'il y avait de fâcheux dans leur situation , étaient continuellement en guerre ouverte Pune contre l'autre, ou dans un état de défiance qui n'était pas la paix.
Dans la continuelle fluctuation didées et de sentiments à laquelle madame de Maintenon était condamnée depuis deux années ou environ.
il n'est pas étonnant qu'elle ait donné lieu plusieurs fois au renouvellement des plaintes que madame de Couianges faisait aumoisde septembre 1675, pour la première fois, sur le changement de son amie à son égard, et à l'application de l'ancien adage, que les hotineurs changent les mœurs (1).
Dès le 14 septembre 1676, madame de Sévigné écrivait à sa fille : « On prétend qu'elle (c n'est plus ce qu'elle était, et qu'il ne faut « plus compter sur aucune bonne tète, puisa que celle-là n'a pu soutenir le tourbillon cr de ce bon pays. » Mais cette imputation réitérée de changement ne tarda pas à éU*e dissipée, par une visite d'affection que madame de Maintenon alla faire à madame de Couianges, qui était malade. Un an plus tard, le 12 novembre 1677, dans le premier éclat de sa faveur, elle écrivait à mademoiselle de Lenclos, pour l'engager à continuer ses conseils à son frère, qui en avait grand besoin. « Les « avis d'une amie aimable, lui disait-elle, pera suadent plus que ceux d'une sœur sévère. » Elle ajoutait : «Croyez-moi, ma belle demoi- « selle, car vous ne cesserez jamais de l'être, c( les intrigues de la cour sont bien moins a agréables que le commerce de Pesprit. Mes a compliments à nos anciens amis. Madame tt de Couianges, et moi, nous célébrâmes hier a votre santé à Maintenon , et n'oubliâmes pas « la chambre des élus. » Plus tard , en 1678 et 1679, Pintimité s'étant établie entre le roi et madame de Maintenon, les relations qu'elle avait conservées avec les personnes de son ancienne société, en souffrirent réellement et durablement. Alors elle cessa d'écrire à son frère sur tout autre sujet que l'ordre et l'économie d'une maison. Plus de lettres à madame de Saint-Géran, sa confidente et son amie; plus de lettres àGobelin, son directeur; du moins, on n'en trouve plus aucune dans les recueils de sa correspondance (2). Sa réser\'e,
(i) Voyez les pages 614 et suiv , ci-dessus.
(2) Les documents fournis jusqu'ici par sa correspondance sur ses progrès dans l'estime et l'affection du roi, manquent tout à fait; et, par une fatalité trè»fàcheuse, madame de Grignan étant venue passer \1ngt-deux mois avec sa mère, à Paris, depuis la fin d'octobre 1677 jusqu'en septembre 1679, nous nous trouvons aussi privés des informations que madame de Sévigné était à portée de recueillir, et qu'elle aurait continué à transmettre à sa fille.